La première édition des Jeux olympiques de l’eSport avait été annoncée pour 2025. Puis pour 2027. Mais il faudra encore attendre, et pour une durée indéterminée. Jeudi dernier, la présidente du CIO Kirsty Coventry a clairement indiqué que l’eSport n’était, à l’heure actuelle, pas une priorité. Le projet n’est pas officiellement enterré, mais le brouillard s’épaissit un peu plus.
Un dossier dépoussiéré après l’été ?
Depuis son arrivée à la tête du CIO il y a onze mois, Kirsty Coventry a souhaité mettre un maximum de dossiers sur la table, pour consulter, dialoguer et prendre la meilleure direction. En tête de liste : le processus de sélection des hôtes des Jeux olympiques et la protection de la catégorie féminine. Neuf groupes de travail ont été créés dans le cadre de l’initiative “Fit for the Future” pour s’attaquer aux dossiers considérés comme prioritaires. Ils portent sur le programme olympique, la protection de la catégorie féminine, les partenariats commerciaux et marketing, la protection des principes de l’Olympisme, la livraison des Jeux olympiques, les JOJ, les Olympic Q-Series, bâtir un monde meilleur grâce au sport, ainsi que l’autonomie, l’éthique et la bonne gouvernance.
Et l’eSport, que Thomas Bach voyait comme fondamental pour que le CIO suive « le rythme de la révolution numérique » ? Rien. Kirsty Coventry n’en a pas parlé d’elle-même jeudi dernier, suite à la réunion de la commission exécutive. C’est une question d’un journaliste qui l’a poussée à évoquer le sujet, ce qui est peut-être révélateur. Pour l’heure, le CIO « se concentre sur son cœur de métier » et l’eSport ne fait pas partie des sujets prioritaires, a-t-elle expliqué, en ajoutant : « Le dossier est entre les mains de mon cabinet. Le projet est tout à fait d’actualité, mais tout est une question de calendrier et du moment où nous serons prêts à le soumettre à la commission exécutive. Ce sera après juin. »
« Toucher de nouveaux publics et explorer de nouvelles voies »
L’eSport est arrivé dans le paysage olympique sous la présidence de Thomas Bach, qui en a largement vanté l’intérêt : près de trois milliards de personnes pratiquent les sports électroniques et le gaming, plus de 500 millions s’intéressent spécifiquement à l’eSport, et, « ce qui est encore plus pertinent pour nous : une majorité d’entre eux a moins de 34 ans », soulignait-il. En ont découlé les Olympic Virtual Series, en 2021, puis la Semaine olympique de l’eSport, à Singapour, en juin 2023, et l’annonce, en 2024, des premiers Jeux olympiques de l’eSport en Arabie saoudite.
Mais depuis, aucune véritable avancée à signaler, plutôt des coups de frein, voire une marche arrière. Début 2025, Thomas Bach avait assuré qu’il existait « une feuille de route très claire pour les tout premiers Jeux olympiques de l’eSport » et qu’il « n’y avait pas d’obstacles » à ces Jeux. Cet automne, le partenariat avec l’Arabie saoudite, partenaire clef du projet, a cependant été stoppé. Des incertitudes planaient encore sur la sélection des jeux et les processus de qualification.
De toute évidence, l’arrivée de Kirsty Coventry n’a pas permis de débloquer les choses. Dans son manifeste de candidate, elle citait pourtant les Jeux olympiques de l’eSport parmi « des exemples qui offrent des opportunités passionnantes pour toucher de nouveaux publics et explorer de nouvelles voies, tout en restant fidèles à nos valeurs olympiques et en augmentant nos revenus ».

