L’idée n’en est plus simplement une. Dimanche, la première édition des Enhanced Games aura lieu à Las Vegas. Une cinquantaine d’athlètes concourront en athlétisme, en natation et en haltérophilie. L’organisation promet une nouvelle ère, qui repousserait les limites de la performance, avec l’autorisation de prendre des substances interdites dans le cadre habituel. Et le Mouvement olympique, extrêmement hostile à ce concept, regardera ça avec minutie, pour espérer mieux le contrer.
Une poignée de médaillés olympiques au rendez-vous
En natation, l’Américain Hunter Armstrong, double médaillé olympique à Paris (l’or avec le relais 4×100 m nage libre, l’argent avec le 4×100 m 4 nages), le Britannique Ben Proud, vice-champion olympique du 50 m nage libre et multiple champion du monde, ainsi que l’Australien James Magnussen, triple médaillé olympique, feront office de têtes d’affiche. Sur la piste d’athlétisme, les projecteurs seront braqués sur Fred Kerley, champion du monde du 100 m en 2022 et médaillé de bronze aux JO de Paris. Des pointures, qui ont sciemment décidé de se retirer du Mouvement sportif pour se consacrer à un événement rémunérateur : chaque record du monde sera récompensé par un chèque d’un million de dollars.
« Pour gagner autant, il m’aurait fallu quelque chose comme cinq ou six carrières », expliquait le nageur grec Kristian Gkolomeev, grassement récompensé l’an dernier grâce à un chrono de 20,89 secondes en 50 m nage libre. Certains ont choisi de venir, mais sans booster de performance : c’est le cas de la sprinteuse Tristan Evelyn. « Étant donné que le modèle des Enhanced Games n’oblige pas les athlètes à suivre leur programme médical, je suis reconnaissante d’avoir l’occasion de remporter des gains considérables en tant que sprinteuse non dopée », a-t-elle commenté. La Commission antidopage de la Barbade a tout de même condamné son choix, en rappelant que les Enhanced Games allaient à l’encontre de l’intégrité du sport et de la santé des athlètes.
« Dangereux et irresponsables »
Les athlètes présents à Las Vegas ont peu de chances de revenir dans le circuit traditionnel. World Aquatics a menacé de suspension tout athlète, entraîneur, médecin ou personne impliquée dans les Enhanced Games. L’Agence mondiale antidopage est montée au créneau en qualifiant ces Jeux de « dangereux et irresponsables », et a assuré qu’elle « encouragera les organisations antidopage à contrôler les sportifs impliqués avant, pendant et après cet événement, afin de protéger l’intégrité du sport légitime ».
L’AMA « appelle également tous les gouvernements et les organismes chargés de l’application de la loi à évaluer si les sportifs qui admettent avoir pris des substances améliorant la performance – ou les médecins qui fournissent ou administrent ces substances – pourraient enfreindre les lois pénales ou les règles professionnelles, que ce soit dans leur propre pays ou quel que soit le lieu de l’événement ».
L’événement sera diffusé par la plateforme de streaming nord-américaine Roku, mais aussi sur YouTube. « Nous avons décidé de ne pas vendre nos droits médiatiques. Nous voulions que ces Jeux soient aussi accessibles et faciles à regarder que possible. Pas d’abonnement, pas de restrictions géographiques. Ce qui était vraiment important pour nous, c’était de maximiser notre audience », explique le cofondateur Max Martin à FOS. « Décidé de ne pas vendre nos droits médiatiques…. peut-être parce que personne n’était intéressé », a ironisé l’ancien directeur du marketing du CIO, Michael Payne, sur X. Révélateur d’un certain scepticisme.

