— Publié le 2 juin 2026

Sans Nice sur la carte, des regrets et des questions du côté de la région Sud

Alpes françaises 2030 Focus

Renaud Muselier en a gros sur la patate. Le président de la région Sud œuvre depuis trois ans pour que les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver reviennent en France. Il les a obtenus, en 2024, sur le principe d’un partage équitable des épreuves entre sa région et les voisins d’Auvergne-Rhône-Alpes. Mais son projet s’est peu à peu écroulé ces dernières semaines, jusqu’au verdict du COJOP vendredi soir : Nice n’accueillera pas le pôle glace, si stratégique, laissant la région Sud avec le seul pôle du Briançonnais pour vivre les Jeux en 2030. Il s’est longuement exprimé face à la presse ce lundi pour revenir sur ce qu’il considère comme un déchirement. Le ton était donné dès l’invitation transmise à la presse, intitulée « Nice perd les Jeux : anatomie et conséquences d’une déroute ».

« On ne recompose pas une carte olympique contre les règles du CIO »

« Ça peut paraître paradoxal, mais je suis extrêmement positif et confiant pour les Jeux olympiques d’hiver 2030 », a-t-il lancé pour démarrer son intervention. Pendant vingt minutes, il a tenu à « rappeler les faits », revenant sur la chronologie du projet, parti de sa conviction que « les Alpes du Sud méritaient enfin d’accueillir les Jeux d’hiver ». Une opportunité pour la région d’accélérer ses projets d’aménagement, de désenclavement, de mobilités et de booster son attractivité. « L’histoire retiendra que si nous avons mis cinq ans à construire ce dossier, Monsieur Ciotti l’a détruit en deux mois », a-t-il lâché, amer de voir l’équilibre entre les deux régions hôtes voler en éclats de la sorte. « Sur le partage, nous avions 52 médailles. On en aura 33 sur le pôle de Briançon, donc on en perd 19 avec Nice. »

« Personne n’a abandonné Nice par confort ou punition. Personne. Depuis l’élection du nouveau maire, les équipes techniques ont tout tenté, absolument tout tenté », assure-t-il, en glissant que ces réunions se sont tenues « sans aucun élu, sans aucun membre du cabinet ». Vingt réunions ont eu lieu en deux mois « pour sauver Nice et jusqu’au 29 mai, le travail a continué ». Toutes les hypothèses ont été examinées mais aucune n’a donné satisfaction. « Il n’était plus possible de maintenir les épreuves de glace à Nice. Malgré ce que certains ont pu laisser croire, on ne recompose pas une carte olympique contre les règles du CIO et les fédérations internationales. On ne peut pas vouloir la lumière des Jeux et s’étonner ensuite des règles qui les rendent possibles. Ce qui vient de se produire est un gâchis, immense. »

L’épineux sujet de la contribution financière de la région

Avec le refus du maire Eric Ciotti d’aménager temporairement l’Allianz Riviera et l’absence d’alternative crédible, ce sont 75 matchs de hockey sur glace, 150 épreuves de curling, 16 sessions de patinage artistique et 9 épreuves de short-track qui s’envolent. Le retrait du pôle glace pourrait priver Nice et la région d’un impact global compris entre 800 millions et 1,1 milliard d’euros. Nice n’aura pas de Complexe omnisports olympique, « un équipement indispensable pour une ville qui réalise déjà des prouesses dans les sports de glace, avec des champions comme Adam Siao Him Fa et une équipe de hockey en Ligue Magnus », souligne Muselier. « Nice devait être le cœur urbain des Jeux. Le cœur populaire, le cœur médiatique. La déception est immense car l’histoire olympique ne repasse jamais deux fois. Mes regrets sont grands. »

Le pôle glace devrait ainsi être rapatrié à Lyon. Les solutions présentées par Marseille, Gap et Grenoble ont été expertisées, mais aucune ne répondait aux critères. Il a donc fallu arbitrer entre Paris et Lyon, et « ça a été vite réglé ». Le président de la région Sud se concentre désormais sur le Briançonnais, avec Serre Chevalier et Montgenèvre comme sites de compétition, et le Fort des têtes de Briançon comme village. Un appel d’offres est en cours pour la rénovation du Fort, « des gens ont répondu et on est dans l’enveloppe budgétaire », précise Muselier.

Il ne désespère pas de garder la cérémonie de clôture au sein de sa région, mais l’équation est complexe. « Je ne suis pas sûr qu’on trouve les solutions », confie-t-il par rapport aux critères de capacité d’accueil, de coûts et de recettes. Un autre sujet sera rapidement mis sur la table : celui de la participation financière de la région Sud. « Des engagements ont été pris, je ne sais pas si c’est remis en cause. C’est l’étape qui arrive. C’est un problème complémentaire sur lequel on travaille. (…) Il y a une clé de répartition qui a changé. Je ne me désengage pas par rapport au Nord, je veux simplement que l’on voit ça de façon sérieuse. » Tout en laissant entendre qu’il serait compliqué de contribuer à hauteur de ce qui était prévu.