— Publié le 22 novembre 2016

Aux Jeux, les derniers deviennent les premiers

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La série continue. Répétitive et monotone. Désespérante. Le CIO a publié lundi 21 novembre une nouvelle liste d’athlètes convaincus de dopage après ré-analyse, très a posteriori, des échantillons des Jeux de Londres en 2012. Une énième liste. Un énième contingent de tricheurs dont les noms seront rayés comme un vieux trait de craie des palmarès olympiques, pour s’en aller prendre la poussière dans les oubliettes de l’histoire.

Cette fois, la liste dévoilée par  le CIO compte 12 noms. Ils appartiennent à deux sports, deux des cancres de la lutte antidopage: haltérophilie et athlétisme. Neuf leveurs de fonte, 3 athlètes. Parmi eux, 7 médaillés des Jeux de Londres. Tout sauf du menu fretin, donc. En tête de cortège, la Russe Yuliya Zaripova, sacrée championne olympique du 3.000 m steeple. Refrain connu: les 12 dopés de la semaine appartiennent tous à des pays d’Europe de l’est, issus de l’ex bloc soviétique. Une poignée de Russes, deux Moldaves, deux Ukrainiens, un Géorgien, un Kazakh, une Arménienne, une Biélorusse.

A elle seule, l’histoire de la Russe Yuliya Zaripova pourrait suffire à résumer la pagaille ambiante. Révélée par sa médaille de bronze en 2008 aux championnats d’Europe de cross-country, elle se classe à la deuxième place du 3.000 m steeple des Mondiaux de Berlin en 2009. Le titre revient à l’Espagnole Marta Dominguez. Avant d’être attribué rétroactivement à la Russe, l’an passé, après le contrôle positif de sa rivale hispanique.

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Victorieuse sur la même distance aux Mondiaux en 2011 à Daegu en Corée du Sud, puis aux Jeux de Londres en 2012, Yuliya Zaripova pourrait prétendre à une place au panthéon d’une discipline encore récente dans sa version féminine. Mais sa médaille d’or en 2011 à Daegu, puis son titre olympique en 2012 à Londres, lui ont été retirés. Il lui reste son titre mondial en 2009, récupéré sur tapis vert après la disqualification pour dopage de Marta Dominguez. Mais peut-on vraiment y croire?

Edifiant. Mais le pire reste ailleurs. En haltérophilie. Un sport dont il est permis de se demander ce qu’il fait encore dans le programme olympique, à une époque où le CIO a entrepris de « protéger les athlètes propres » en faisant la chasse aux tricheurs. Au dernier pointage, sans doute provisoire, 48 haltérophiles ont été sanctionnés pour dopage après ré-analyse des échantillons des Jeux de Pékin 2008 et Londres 2012. Dans le lot, 6 médaillés des JO de Londres.

L’exemple de la catégorie des moins de 94 kilos, chez les messieurs, en dit long sur la perte totale de crédit des résultats d’un sport où rien ne change, sauf les noms des tricheurs. Aux Jeux de Londres, 6 des 9 premiers de cette catégorie de poids à l’issue de la compétition ont été pris par la brigade antidopage. Selon un aisé calcul, une médaille de bronze devrait donc prochainement être remise en grandes pompes à un Polonais, Tomasz Zielinski, classé à la… 9ème place au terme de l’épreuve. Sur le moment, sa performance avait été analysée comme un échec et une déception. Aujourd’hui, elle en fait un médaillé olympique.

Seul ennui: Tomasz Zielinski a été renvoyé prestement à la maison, pendant les derniers Jeux à Rio de Janeiro, par les officiels de sa fédération. L’haltérophile polonais avait été contrôlé positif à la nandrolone un mois plus tôt aux championnats nationaux. Difficile pour le CIO, avec un tel état de service, de lui envoyer par FedEx une médaille de bronze olympique accompagnée d’un mot de félicitations signé par Thomas Bach. Autant descendre dès maintenant d’un cran et aller chercher le 10ème des Jeux de Londres, Aliaksandr Makaranka. Aïe, il est Biélorusse.