Le combiné nordique a fait partie du programme de tous les Jeux olympiques d’hiver depuis Chamonix 1924. La décision du CIO de l’écarter pour les Alpes françaises 2030 sonne donc comme un tremblement de terre. La Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) avait répété sa confiance ces derniers mois, soulignant les progrès réalisés dans différents domaines. Cela n’a cependant pas suffi pour convaincre le reste du Mouvement olympique.
Au fond de la classe
Le CIO avait envoyé un sérieux avertissement à l’issue des JO 2022. Il a passé le combiné nordique (et tous les autres sports) au crible à travers 14 indicateurs : audiences télé, réseaux sociaux, billetterie, intérêt du grand public, etc. Le verdict du CIO est sans appel. « Selon la plupart des indicateurs de popularité, le combiné nordique s’est classé en dernière position parmi toutes les disciplines », aussi bien à Sotchi 2014, PyeongChang 2018, Pékin 2022 et Milan-Cortina 2026. En Italie, le combiné « occupait la dernière place dans 11 des 14 indicateurs de popularité évalués. Par ailleurs, cette discipline se heurte encore à des obstacles en matière d’universalité et de participation aux Jeux olympiques. » Notamment l’ultra domination de quelques nations – seuls cinq CNO ont remporté des médailles sur les quatre derniers JO.
Des arguments que la FIS a du mal à entendre. « La décision prise par le CIO est extrêmement décevante, a réagi Lasse Ottesen. Je ne trouve pas les mots, j’ai du mal à comprendre le raisonnement qui la sous-tend. Le combiné nordique est au cœur du ski nordique et fait partie des Jeux olympiques d’hiver depuis 1924. C’est pourquoi la décision prise aujourd’hui est si difficile à accepter et encore plus difficile à comprendre. » Le tout frais président de la FIS, Alexander Ospelt, a aussi exprimé sa déception : « C’est une décision très difficile pour la FIS et pour nos fédérations nationales. Le combiné nordique fait partie des Jeux olympiques d’hiver depuis leur toute première édition, en 1924, et constitue un pilier du ski nordique à tous les niveaux, notamment en matière de formation des athlètes. »
« Nous continuerons et nous reviendrons »
La FIS a mis des moyens, via le Fonds de développement du combiné nordique, afin d’améliorer son CV et d’élever le niveau général. Elle a particulièrement poussé pour accélérer les progrès chez les femmes et l’an prochain, pour la première fois, il y aura autant d’épreuves masculines que féminines aux Championnats du monde. La FIS a introduit un format plus compact en Coupe du monde pour coller aux attentes actuelles. Elle a aussi enregistré une croissance spectaculaire sur les réseaux sociaux avec « une audience de plus de 80 millions de personnes la saison dernière, soit une hausse de 262 % par rapport à l’année précédente », et un nombre d’interactions presque multiplié par deux.
La FIS assure qu’elle continuera de soutenir pleinement ses athlètes. « Notre parcours ne s’arrête pas là ; nous continuerons à nous développer, à nous battre, et nous reviendrons », promet Ottesen. « Le fait que le combiné nordique ne figure pas au programme des Jeux de 2030 ne change rien à notre soutien à cette discipline, qui fait partie intégrante du calendrier de la Coupe du monde de la FIS et des Championnats du monde de ski nordique de la FIS. Au contraire, c’est une raison supplémentaire pour nous de la soutenir encore plus fermement », complète le secrétaire général Urs Lehmann.
En Allemagne, l’un des pays les plus engagés pour le maintien du combiné, le président de la DOSB Thomas Weikert a fait part de sa déception pour les athlètes « qui, pendant des années, ont travaillé avec une discipline, une passion et un dévouement exemplaires pour réaliser leur rêve olympique et qui doivent désormais accepter cette décision. Parallèlement, il faut reconnaître que le CIO doit adapter le programme olympique afin de garantir la pérennité des Jeux. Il est donc d’autant plus important aujourd’hui de collaborer avec toutes les parties prenantes pour créer de nouvelles perspectives pour le combiné nordique et assurer son avenir sportif à long terme. »
Alexander Ospelt pense déjà à 2034 : « Après avoir pris connaissance de la nouvelle méthodologie du CIO en matière de programme olympique, la voie à suivre pour la FIS est claire : nous prendrons en compte les défis soulevés par le CIO, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les surmonter et nous travaillerons d’arrache-pied pour que le combiné nordique fasse son retour aux Jeux olympiques d’hiver en 2034. » Le CIO a confirmé que les commentaires concernant les 14 indicateurs de popularité pris en compte ont été communiqués à toutes les FI afin qu’elles puissent travailler dessus.

