
Photo : FIFA.
La Coupe du monde 2026 bat son plein en Amérique du Nord. Assurément l’événement sportif de l’année, avec un format élargi à 48 équipes, un total de 104 matchs à jouer, des revenus jamais vus et des audiences étourdissantes. Ce dont la FIFA parle moins, en revanche, c’est de l’empreinte environnementale de son tournoi, avec 16 villes hôtes aux États-Unis, au Mexique et au Canada, et de longs déplacements en avion, pour les spectateurs comme pour le président Gianni Infantino, qui a déjà parcouru plus de 60.000 kilomètres et émis plus de 500 tonnes de CO2 depuis le début du tournoi. Ce contexte a inspiré une chronique à Jean-Loup Chappelet, parue dans Le Matin Dimanche (Lausanne) le 28 juin et que Francs Jeux partage à son tour. L’impact environnemental de cette Coupe du monde « sera majeur, probablement le plus fort parmi tous les événements sportifs jamais organisés », prévient le professeur honoraire à l’Université de Lausanne.
« Il a été démontré par de nombreuses études que l’impact environnemental d’un événement (notamment sportif) résulte aux trois-quarts de l’impact des transports vers et durant l’événement. Il y aura relativement peu de spectateurs non-résidents venant de l’étranger vu le coût des billets et les restrictions de visa américain. Par contre, les spectateurs déjà sur place se déplaceront sans doute en avion entre 16 villes nord-américaines fort distantes les unes des autres, de Mexico à Toronto, de New York à Los Angeles, de Miami à Seattle, etc.
De plus, la FIFA, qui supervise l’événement, a aujourd’hui pour tradition de l’organiser pendant un mois sur un pays tout entier (Afrique du Sud en 2010, Brésil en 2014, Russie occidentale en 2018, etc.) Cette année, il aura lieu sur trois pays et en 2030 sur trois continents et 6 pays (Argentine, Uruguay, Paraguay, Espagne, Portugal, Maroc). En 2034, seule l’Arabie saoudite sera concernée (quand même 4 fois la superficie de la France). De plus, le nombre d’équipes dans la phase finale est passé de 32 (de 1998 à 2022) – soit 64 matchs– à 48 aujourd’hui et peut être plus dans le futur. Le nombre de matchs a donc presque doublé de 2022 à 2026 et les revenus de la billetterie plus encore puisque presque tous les matches sont à guichets fermés et le prix des billets a pris l’ascenseur.
L’impact environnemental, notamment des transports, est proportionnel à la longueur de l’événement et au nombre de spectateurs, équipes, matches, etc. On peut donc affirmer que la Coupe du monde 2026 aura grosso modo deux fois plus d’impact que la précédente à moins que les organisateurs locaux ou la FIFA aient pris des mesures pour limiter les transports intra- et inter-villes, ce qui ne semble pas être le cas.
On peut ainsi dire que la Coupe du monde aura deux fois plus d’impact environnemental que les Jeux olympiques qui se déroulent sur 17 jours (au lieu d’un mois et une semaine) et dans une ville/région (au lieu d’un pays tout entier) avec, pour Paris 2024, environ 3 millions de touristes (ayant dormi au moins une nuit sur place et se déplaçant en métro) dont seulement 1,6 million venus de l’étranger (probablement en avion) selon les statistiques de l’Office de tourisme de Paris.
Le malheur pour l’impact environnemental est que beaucoup d’autres événements croissent plutôt que se stabilisent, en augmentant leur fréquence, le nombre de participants, les sites de compétition, les capacités, etc. Et on ne voit pas ce qui peut les freiner dans leur quête d’augmenter leurs revenus. La prolifération événementielle ne peut pourtant pas continuer indéfiniment ! »

