Paris 2024

Aloïs Forlande : « Paris 2024 m'a inspiré pour créer un personnage »

— Publié le 3 août 2026

Aloïs Forlande a écrit le livre Tim et Cléo (Les Trois Colonnes), dont l’histoire se déroule en plein Paris, alors que la capitale se prépare à accueillir les Jeux olympiques et paralympiques 2024. L’auteur se confie sur ce projet et sur son expérience des Jeux, qui l’ont d’ailleurs inspiré pour créer un personnage. Un autre exemple d’héritage.


Comment est né ce livre ?

Tout est parti d’un atelier d’écriture et d’une séance d’écriture automatique : on part d’une image et on écrit sans jamais relever le stylo, on part sur une idée et on continue. C’est un petit peu absurde mais ça m’a beaucoup plu. Dans le texte que j’ai produit ce jour-là, il y avait une histoire d’amour entre deux voisins. Cette histoire est restée dans ma tête et j’ai voulu en faire un roman d’amour un peu bizarre.

Pourquoi mettre les JO de Paris en toile de fond de cette histoire ?

C’est vraiment dû à la période où j’ai écrit, en 2023. On parlait énormément des JO. Je trouve ça plus facile d’écrire sur ce qu’on connaît. Je suis un passionné de sport donc assez rapidement, dans mon histoire d’amour, j’ai introduit des éléments qui y étaient liés. Le rapprochement entre la Coupe du monde de rugby en France et les JO de Paris, ça donnait une atmosphère spéciale.

Comment vous décririez cette atmosphère ?

À Paris, c’était très joyeux : une joie s’exprimait, une attente, presque une folie. Vouloir faire la cérémonie d’ouverture dans un lieu complètement ouvert, c’était une idée complètement folle. Dans mon bouquin, le ministre de la Police a pas mal d’importance d’ailleurs. C’était une atmosphère joyeuse, que l’on ne retrouvera probablement pas.

Les JO étaient aussi un marqueur temporel important pour votre récit ?

Oui, ça permettait de nourrir le récit, tout à fait. Ce n’est pas non plus un bouquin sur les Jeux olympiques, ça se finit avant. Je ne voulais pas décrire les Jeux olympiques. C’était plus la toile de fond, l’atmosphère, que la véritable intrigue du bouquin. L’intrigue, c’est de savoir à quel moment Tim et Cléo vont enfin se rencontrer et vivre leur histoire.

Comment vous avez vécu ces Jeux ?

Même avant que ça commence, j’étais plutôt enthousiaste. Je suis allé voir des matchs de rugby à VII au Stade de France, et du tennis fauteuil à Roland Garros. En faisant des stades tout près de la tour Eiffel, en utilisant le Grand Palais pour l’escrime, la ville s’est ouverte aux Jeux olympiques. Dans le livre, je parle aussi des JO de 1924 avec le rugby et la fameuse finale contre les États-Unis. Ça, c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. J’aime le rugby actuel mais j’aime bien lire aussi des choses sur le rugby à ses débuts. La finale des JO 1924, c’est vraiment quelque chose d’à part. L’affiche est bizarre, les États-Unis n’étaient pas du tout un peuple de rugby. Les Anglo-saxons avaient boycotté les Jeux donc il n’y avait que des petites nations, et le XV de France n’a pas supporté d’être challengé par les États-Unis. On s’en est sorti en balançant des coups de poing et des coups de pied. C’était une finale très violente, d’où la longue période sans rugby aux Jeux olympiques après.

Vous traduisez aussi les critiques croissantes autour de ces grands événements avec ceux que vous appelez les anti modernité.

C’est quelque chose qui m’est venu comme ça. J’avais envie d’une voix dissonante par rapport à la voix moralisatrice du gouvernement. C’est peut-être aussi moi qui suis parfois un peu rétif au monde moderne.

Est-ce que ces Jeux vous ont inspiré en tant qu’auteur ?

J’ai été marqué par le cécifoot. Ce qu’ils arrivent à faire avec un sens en moins, j’ai trouvé ça assez incroyable. En plus on a gagné la médaille d’or donc c’était vraiment super ! Ça m’a fait réfléchir et j’ai eu envie d’utiliser la cécité pour créer un personnage. Dans ce sens, Paris 2024 m’a inspiré. Je suis en train d’essayer d’écrire un polar et il y a une personne aveugle parmi les personnages.

Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur le personnage du marathonien Ronan Marthon, omniprésent dans votre livre ?

C’est assez curieux, c’est un personnage qui ne veut pas mourir. Je l’avais imaginé pour un autre projet de livre, qui ne s’est pas fait, mais j’avais ce marathonien en tête. En écrivant, il m’est revenu et j’ai réussi à l’intégrer à l’histoire. Je trouvais que ça collait bien. On a eu un grand champion de marathon, Alain Mimoun, et pour moi, le vainqueur du marathon, c’est presque au-delà du sport. Il y a la notion de souffrance. J’avais besoin d’un personnage qui gagne un marathon donc j’ai imaginé qu’un Français avait gagné en 1960 à Rome. C’est aussi pour ça que j’ai changé le nom des villes, Rome devient Rolme. Je voulais signifier au lecteur que ce n’était pas historique.

La figure du marathonien vous inspire ?

Oui, et il y a aussi la dimension de la mémoire. Le fait que ce marathonien ne se souvienne plus de ses exploits et confonde sa propre histoire avec celle de son père rugbyman, ça m’intéressait. Je trouve ça terrible d’avoir autant marqué les gens et de soi-même ne plus se souvenir de rien. Ça me fait penser au rugbyman Sébastien Chabal, qui a déclaré qu’il n’avait quasiment plus aucun souvenir de sa carrière, alors qu’il a à peine 40 ans. La mémoire, c’est fondamental, dans le sport comme dans l’ensemble de la société.