— Publié le 24 septembre 2026

« Les villes avec une grosse visibilité mais moins d'influence doivent mener un travail de longue haleine »

Interview Focus

L’agence Burson vient de dévoiler son classement 2026 des villes sportives, avec un nouveau leader : New York, qui a mis fin au règne de Paris. Que faut-il retenir de ce rapport ? Greg Curchod, co-responsable clients de Burson pour l’Europe, répond aux questions de Francs Jeux.


Qu’est-ce qui a permis à New York de détrôner Paris ?

Cela tient moins à l’affaiblissement de Paris qu’à une dynamique new-yorkaise, portée par un écosystème très actif toute l’année, avec de grandes équipes dans différents sports. Il y a aussi de la perception. Les questionnaires étaient ouverts jusqu’à fin juin, on était en pleine Coupe du monde, New York était dans les esprits et avait une forte visibilité. La ville en a profité, mais il faut surtout retenir que New York est présente tout au long de l’année, avec des équipes professionnelles et des événements.

L’écart de points était important entre New York et Paris ?

Non, c’est toujours très serré. Les cinq premières villes sont dans un mouchoir de poche, c’est pour ça qu’il est difficile de tirer de grandes conclusions sur les mouvements dans le top 5.

De manière plus générale, quels sont les grands enseignements de ce cru 2026 ?

Je pense que le plus intéressant, c’est qu’il y a peu de villes qui cumulent visibilité et influence. Ce ne sont pas les villes qui parlent le plus fort qui sont en haut du classement. L’inverse est plus probable : les villes qui n’ont pas une grosse visibilité mais qui ont des liens constants dans le monde du sport se comportent très bien. Un exemple marquant, c’est Lausanne, qui a plutôt peu de visibilité mais qui est là toute l’année au niveau du réseautage, ce qui lui permet d’être haut placée. Pour améliorer son classement, c’est plus facile de travailler sur la visibilité que sur son influence, c’est la bonne nouvelle pour ces villes. Les villes qui bénéficient d’une grosse visibilité mais qui ont peu d’influence, ou moins, par exemple Miami, doivent mener un travail de longue haleine. Aujourd’hui, il vaut mieux être fort en matière d’influence et un peu plus faible en visibilité parce que c’est là que des places peuvent se gagner plus facilement.

Combien réussissent véritablement à combiner visibilité et influence ?

Cinq villes se distinguent particulièrement par leur capacité à figurer simultanément parmi les meilleures en matière d’influence auprès des acteurs du sport, de visibilité médiatique et de présence dans les conversations en ligne : New York, Paris, Los Angeles, Londres et Madrid. Elles occupent toutes une place dans le top 5 du classement général et figurent également parmi les villes les mieux classées dans les indicateurs d’influence ou de visibilité. Cette convergence n’est probablement pas un hasard. Ces villes concentrent plusieurs attributs qui façonnent aujourd’hui la puissance sportive : organisation d’événements internationaux majeurs, présence d’acteurs économiques et médiatiques influents, héritage sportif reconnu et capacité à générer des conversations à l’échelle mondiale.

Il semble que la Coupe du monde de la FIFA a eu un impact assez inégal sur les villes hôtes.

Les villes qui progressent le plus sont celles qui avaient plus à gagner, qui étaient en milieu ou en bas de classement : Vancouver, San Francisco, Atlanta, Houston, Toronto, Guadalajara… Celles qui étaient déjà assez haut placées, New York, Los Angeles, ont des progressions moindres. Il y en a même qui reculent : Philadelphie, Miami, Dallas. On a arrêté le questionnaire fin juin donc on n’a pas pu prendre en compte l’entièreté de l’effet de la Coupe du monde, mais on voit que le tournoi a eu un gros impact sur les villes qui avaient le plus à gagner et qui pouvaient progresser.

On constate une montée spectaculaire de Dakar, qui intègre le top 50 avant même les JOJ. Comment vous l’expliquez ?

Cela montre que la ville gagne en réputation, avant même la compétition, et qu’elle sait exploiter la phase de préparation. Il y a un festival chaque été, Dakar en Jeux, depuis quatre ans. La ville a bien dosé l’effort avec des annonces d’influenceurs, des initiatives gouvernementales, etc. Ces villes qui savent occuper le terrain avant les événements en maximisant le pre legacy, l’héritage avant événement, en bénéficient au classement. C’est ce que Paris avait aussi très bien fait. Le CIO encourage beaucoup les programmes avant les Jeux, cela permet d’avoir un impact beaucoup plus fort. En termes de visibilité internationale, l’intérêt est croissant avant les Jeux, pendant les Jeux, puis il décline très vite.

La France place trois villes dans le classement, et elle en ajoutera une quatrième, Nice, en 2027. C’est une belle performance ?

Lyon gagne 19 places, Marseille en gagne 10. C’est difficile à expliquer, les professionnels du sport à qui on parle ont des échanges avec les villes dont on n’est pas au courant. Il y a parfois des échanges en amont sur de futures candidatures, ce qui peut expliquer certains mouvements. En tout cas, en règle générale, la France se porte bien. Les répondants ont choisi Nice parmi les cinq villes qui intègreront le classement en 2027. On en a beaucoup parlé dans le cadre des Jeux d’hiver 2030. Il y a une part de perception dans le classement donc je pense que Nice a bénéficié du bruit autour des JO, même si ça s’est terminé de manière négative. On a beaucoup plus parlé de Nice dans le sport international cette année, cela lui a donné une visibilité.