— Publié le 23 avril 2026

Hydroneige, un cas d’école de la vision des Jeux d’hiver 2030

Alpes françaises 2030FOCUS Focus

Depuis son entrée en fonction comme président du comité d’organisation, Edgar Grospiron rappelle un point essentiel du projet des Alpes françaises : « 2030 doit préfigurer ce que sera la montagne en 2050. » Au-delà de l’événement sportif et festif, les Jeux d’hiver doivent ainsi servir de plateforme pour évoluer, se réinventer et dessiner l’avenir des territoires de montagne, en proie à d’importants changements en raison du réchauffement climatique. Edgar Grospiron a déjà pu faire passer le message aux acteurs locaux, notamment l’été dernier, en invitant les entrepreneurs de la French Tech Alpes à profiter des Jeux pour démontrer leur capacité à innover. Un Livret des Solutions Innovantes et Durables des Entreprises a d’ailleurs été édité pour faire connaître des solutions déjà opérationnelles et accélérer le développement d’innovations prometteuses dans les régions hôtes. Parmi celles-ci, Hydroneige, développée à Annecy.

Une énergie verte et locale

Le principe ? Utiliser les infrastructures existantes du domaine skiable pour produire de l’hydroélectricité. Plus précisément les infrastructures dédiées à la production de la neige de culture, qui ne servent que quelques mois dans l’année. « Les enneigeurs et les conduites d’eau sont généralement utilisés entre novembre et fin janvier. Quand il n’y a pas de production de neige de culture, autant valoriser ces installations », explique Grégory Macqueron, responsable de l’activité Turbinage Réseaux d’eau chez Hydrostadium. La solution Hydroneige, avec l’installation d’une turbine et des travaux limités, permet aux domaines skiables d’ajouter une corde à leur arc avec une source d’énergie verte et locale. L’électricité produite peut ensuite être revendue à EDF au tarif en vigueur pour les énergies renouvelables, ou être consommée sur place. À Serre-Chevalier, où le premier dispositif est en service depuis 2022, les deux options sont utilisées.

« Sur l’installation Hydroneige de Chantemerle, Serre-Chevalier valorise sa production principalement en autoconsommation. La turbine tourne majoritairement pendant la fonte nivale, au moment où le domaine skiable est à l’arrêt. Cependant, une consommation résiduelle persiste puisque des installations électriques sont maintenues sous tension, par exemple pour le chauffage des bâtiments. Cela leur permet de réduire leur coût de fourniture d’électricité, et le surplus non consommé est revendu au prix de marché de l’électricité. » Sur l’installation Hydroneige de Villeneuve, mise en service en 2023, la totalité de la production est revendue. La rentabilité est estimée entre cinq et sept ans.

Un exemple de turbine, ici installée aux Arcs.

« Montrer que le territoire a de l’avenir »

Trois projets Hydroneige sont déjà opérationnels, deux à Serre-Chevalier (Hautes-Alpes) et un autre aux Arcs (Savoie). La perspective des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 constitue effectivement un accélérateur de particules. « Il y a un enjeu de montrer que ce sont des Jeux dont on maîtrisera l’impact énergétique, confirme Grégory Macqueron, qui a déjà étudié une soixantaine de projets, y compris dans des stations pressenties pour accueillir des épreuves olympiques. Les domaines skiables ont besoin de réfléchir à leur gestion de l’énergie. D’ailleurs, le métier de responsable énergie commence à apparaître en interne chez les gestionnaires des domaines skiables. »

Ce qui traduit la volonté d’optimiser la consommation énergétique, avec des installations (remontées mécaniques, etc.) moins énergivores, mais aussi avec une énergie plus verte (photovoltaïque, hydroélectricité). « Les stations ont besoin de montrer que le territoire qu’ils exploitent a de l’avenir, abonde Stanislas Lequiller, directeur général d’Hydrostadium. Ajouter un usage de production d’électricité renouvelable à des installations existantes, c’est montrer que l’on sait exploiter au mieux ce qu’on a entre les mains, et donc aller dans le sens de ce qui est souhaité pour Alpes 2030. » Serre-Chevalier l’a compris : en combinant l’hydroélectricité, deux éoliennes et des panneaux photovoltaïques, elle a fixé l’objectif de produire 30% des besoins électriques du domaine grâce aux énergies renouvelables par rapport à 2018. Une montagne plus écoresponsable, comme le veut le comité d’organisation des JOP 2030. « Dire que les Jeux vont sauver les sports d’hiver ou qu’ils vont sauver la montagne serait une erreur, expliquait Edgar Grospiron l’an passé, mais ils peuvent être un catalyseur. »