— Publié le 16 avril 2026

Mona Brorsson : « Il faudra toujours sensibiliser les athlètes à la lutte antidopage »

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La Journée Franc Jeu de l’Agence mondiale antidopage sera célébrée ce vendredi. Lancée en 2014, elle avait mobilisé plus de 100 pays l’an dernier autour de la promotion du sport propre. Membre du Conseil des athlètes de l’AMA, la Suédoise Mona Brorsson, ancienne biathlète, nous parle de son engagement et de l’importance de ce type d’événements.


Pourquoi avez-vous rejoint le comité des athlètes de l’AMA ?

J’ai pris ma retraite sportive en mars 2024 et avant ça, j’étais pleinement concentrée sur mon sport. Je souhaitais faire plus, mais j’avais peut-être peur que ce soit dur de combiner les deux. Quand j’ai arrêté et que le comité des athlètes de l’IBU m’a demandée s’ils pouvaient me proposer pour rejoindre le comité des athlètes de l’AMA, j’ai immédiatement dit oui. C’était ma chance de pouvoir rendre au sport et aux autres athlètes. Je suis très heureuse de l’avoir fait, ça ne fait qu’un an, mais j’ai déjà appris énormément. C’est passionnant.

Comment travaillez-vous ?

Nous avons plusieurs réunions en présentiel chaque année, et d’autres à distance. Actuellement, nous posons les fondations de ce que nous voulons faire au cours des deux prochaines années. La tâche principale est de communiquer avec les athlètes, les écouter, recueillir des informations.

Après votre élection, vous parliez de l’importance de réduire la distance entre l’AMA et les athlètes.

Exactement. Quand j’étais athlète, je connaissais l’AMA, mais pour moi, c’était une grosse organisation, j’avais le sentiment que l’on ne pouvait pas avoir d’impact. Quand cette opportunité s’est présentée après ma retraite, c’était une évidence de dire oui. J’ai l’impression de pouvoir vraiment faire quelque chose pour le sport. En fait, j’ai pris conscience que c’était beaucoup plus accessible que ce que je pensais. Maintenant, c’est à moi de faire comprendre ça aux autres athlètes : le conseil des athlètes est là pour eux, nous voulons communiquer avec eux, ils ne doivent pas avoir peur de nous joindre.

Vous avez l’impression d’avoir déjà eu un impact au cours de votre première année au sein du comité ?

Oui, je pense ! Quand je suis arrivée, je n’étais pas surprise, mais impressionnée : c’est un groupe d’athlètes tellement talentueux, qui veulent faire une différence. Au début, j’étais un peu timide, je me demandais si j’avais ma place avec eux. Mais pendant les Jeux, j’ai passé quelques jours à Cortina, au village, pour rencontrer les athlètes, leur partager des informations. C’était génial. J’avais le sentiment d’être utile, d’aider à réduire la distance entre les athlètes et le comité.

Dans ces moments, quelles sont les informations que vous recherchez ?

La première chose que je demande, c’est : « comment on peut t’aider ? » En tant qu’athlète, il faut que ce soit fluide, simple, on ne veut pas y penser. Avec le système de localisation, vous devez soumettre votre emplacement pendant toute votre carrière : « comment ça se passe pour toi ? comment peut-on améliorer les choses ? » Nous voulons aussi aider les athlètes à comprendre que ce n’est pas un système parfait, mais que c’est peut-être le meilleur que nous avons aujourd’hui. Nous sommes là pour les écouter, faire remonter leurs remarques, en discuter.

Quel sera votre rôle lors de la Journée Franc Jeu ?

Nous serons présents sur les réseaux sociaux pour montrer que cela commence avec nous. Nous voulons mettre l’accent sur la responsabilité individuelle des athlètes. Cela demande un effort collectif de naviguer à travers ce système mais au final, vous êtes toujours responsable de vos propres actions. C’est le message que nous voulons passer. Cela peut paraître modeste, mais nous avons vu que ce genre d’actions touche beaucoup de gens. Chaque levier de sensibilisation autour de la protection et de l’intégrité du sport compte pour nous.

Cela peut paraître surprenant qu’en 2026, il y ait encore besoin de sensibiliser les athlètes.

Oui et non. Il faudra toujours sensibiliser, l’éducation est l’un des piliers de ce travail. Il y aura toujours des jeunes athlètes. Et même si tu es là depuis 10 ans, tu te concentres sur ton entraînement, tes compétitions, et à certains moments, on peut commettre des erreurs. C’est important d’avoir des piqûres de rappel et de continuer de faire passer ce message. C’est tellement triste de voir des cas de dopage, des contaminations, des erreurs… Nous continuons l’effort éducatif pour faire en sorte que cela fasse partie de la culture du sport. C’est un gros travail, qui doit être mené dès le plus jeune âge, mais il faut aussi éduquer les parents, les entraîneurs, les fédérations, etc. Cela ne s’arrête pas là, le physio, le diététicien, le nutritionniste, sont aussi concernés. Énormément de gens sont impliqués et doivent avoir un certain niveau de connaissances. En tant qu’athlètes, tu es responsable de ce que tu donnes à ton corps, mais tu dépens aussi de l’équipe autour de toi.

Pendant votre carrière, vous avez le sentiment d’avoir été suffisamment sensibilisée ?

Je suis assez satisfaite, j’ai été sensibilisée assez jeune, autour de 15 ans, et j’ai pu voir à quel point cela m’a été utile. Il y a quelques années, une des mes amies est tombée malade alors que nous étions à l’étranger. Elle avait une grosse fièvre, elle toussait, alors nous sommes allées à la pharmacie. De retour à l’hôtel, on a réalisé que nous avions frôlé la catastrophe. Grâce au travail d’éducation, elle s’est souvenue, au dernier moment, qu’il fallait vérifier les composants du médicament. Cela s’est bien fini, mais cela aurait pu être une énorme erreur car elle aurait enfreint les règles. C’était assez effrayant de réaliser à quel point nous étions proches d’un désastre. Récemment, il y a eu un cas de test positif en biathlon, (Rebecca) Passler, à cause du médicament pris par sa mère. Si j’embrasse ma grand-mère et qu’elle prend des médicaments, est-ce que cela peut m’affecter ? Et si j’utilise une lotion pour la peau ? Il y a beaucoup de cas délicats. Il faut des règles claires pour que les athlètes puissent se concentrer sur leur sport, sans s’inquiéter du reste.