Institutions - 10/10/2019

Pour Youri Ganous, la Russie a encore triché

Menace de gros temps sur le sport russe. Pas la première. Et, sauf improbable bouleversement dans l’alignement des planètes, sûrement pas la dernière. Elle touche au dopage. Elle s’annonce houleuse.

A en croire Youri Ganous, le patron de l’Agence russe antidopage (RUSADA), les données issues du laboratoire de Moscou, extraites en début d’année non sans mal par une équipe d’experts de l’AMA, auraient été intentionnellement manipulées. Il en a fait l’aveu dans le cadre d’une interview au magazine allemand Der Spiegel.

« Les modifications apportés aux données sont tellement importantes et significatives qu’il ne peut s’agir d’un accident, a suggéré Youri Ganous. Les données ont été modifiées ou antidatées d’une façon ou d’une autre. Quelqu’un a essayé de cacher l’information de façon très importante. Il est également possible que les noms des athlètes aient été affectés. » La manipulation concernerait des données par milliers.

Visiblement peu sensible aux conséquences de ses déclarations, Youri Ganous explique que les changements apportés ne se rapportent pas seulement aux données des contrôles effectués en 2015. « Les plus récents remontent au mois de décembre 2018, voire au mois de janvier 2019. » Une information qui éclaire d’un jour nouveau les difficultés rencontrées par l’équipe d’experts de l’AMA pour avoir accès au laboratoire antidopage de Moscou et à ses millions de données.

Le directeur général de la RUSADA se projette déjà vers l’avenir. Il l’imagine sombre. « Les sanctions pourraient être très sévères, car ce ne sera pas la première fois que la Russie enfreint les lois, avance-t-il. La participation aux Jeux de Tokyo 2020 et de Pékin 2022 est dans la balance. »

Par un étrange hasard, l’interview donnée par Youri Ganous au Spiegel est publiée le jour même où le ministre russe des Sports, l’ex escrimeur Pavel Kolobkov, a annoncé fièrement que son pays avait répondu pleinement à toutes les questions posées par l’AMA concernant des « incohérences » constatées dans les données du laboratoire antidopage de Moscou.

« Nous sommes sûrs d’avoir répondu à toutes les demandes, a assuré Pavel Kolobkov. Et nous serons à l’avenir tout aussi prêts à collaborer pour sortir au plus vite de cette situation. » Cool.

L’Agence mondiale antidopage avait accordé, fin septembre, un délai de trois semaines à la Russie pour s’expliquer sur une série d’incohérences constatées par ses équipes d’experts pendant leur patient et laborieux travail d’analyse des données électroniques des contrôles de l’ancien laboratoire de Moscou.

Moscou a tenu les délais. Mais il n’est pas certain que sa ponctualité change radicalement le cours des choses. L’AMA a précisé, dans un communiqué, que les réponses fournies par les autorités russes seront examinées par des « experts légistes ».

La suite s’annonce floue. L’AMA a précisé ne pas avoir établi de calendrier pour la suite des travaux. Seul indice : son comité de révision de la conformité (CRC) doit rencontrer ces experts le 23 octobre. La réunion s’annonce technique. Mais elle pourrait déboucher sur une nouvelle volée de sanctions. A neuf mois des Jeux de Tokyo 2020, les athlètes russes ne sont sans doute pas arrivés au bout de leur calvaire.

ActualitésVoir toutes les actualités