Candidatures - 04/06/2013

Denis Oswald, idées larges et paroles chocs

Il n’a pas été le premier à se déclarer. Mais Denis Oswald, le président de la Fédération internationale d’aviron, a choisi d’être celui qui lancerait les « hostilités » dans la course à la succession de Jacques Rogge à la tête du CIO. Le Suisse a tenu une conférence de presse, à Lausanne, la ville de l’institution olympique. L’occasion d’exposer ses idées, de présenter son programme et même, surprise, de lancer quelques flèches.

Au rayon des propositions, Denis Oswald prône l’élargissement. A un programme olympique souvent jugé proche de ses limites, il oppose le projet d’accepter l’entrée de nouvelles disciplines. Mais à condition, précise-t-il, de réduire la taille de certains sports déjà présents. En clair, diminuer la part de chacun pour augmenter le nombre de convives.

« L’approche que je fais est de ne pas se limiter à 28 sports. Je pense qu’on pourrait réduire la dimension de certains sports, par exemple en tenant compte pas seulement de leur universalité, mais de l’universalité des disciplines à travers les grands sports, précise Denis Oswald. Certaines disciplines ne sont pas forcément universelles, il n’y a que quelques pays qui peuvent faire des médailles et je pense que si on faisait une revue de cette manière là, on pourrait arriver à réduire le nombre d’épreuves, réduire le nombre d’athlètes, ce qui créerait de la place pour d’autres sports. »

Prudent, le président de la FISA ne cite pas de nom. « Je ne veux pas prendre un sport en particulier, mais il y a des disciplines qui sont assez similaires et que le même athlète peut gagner », consent-il à expliquer. La natation, par exemple, où les cumulards sont nombreux et le programme de plus en plus chargé.

Au passage, Denis Oswald égratigne ses confrères de la commission exécutive et critique ouvertement, une rareté au CIO, leur décision d’avoir proposé l’exclusion de la lutte à partir des Jeux de 2020. « C’est un sport de base qui ne nécessite pas beaucoup d’équipements, un sport qui est aussi naturel pour l’homme que de courir ou de lancer quelque chose. Que la Fédération, la FILA, n’avait pas fait les efforts qu’on attendait d’elle, c’est vraisemblable. Mais je pense qu’il y avait d’autres moyens de lui donner un avertissement qu’en l’excluant. »

Denis Oswald va plus loin, il pronostique à visage découvert le retour de la lutte dans le programme. Une prédiction qui rejoint les rumeurs entendus ici et là depuis quelques jours. « Si, comme cela devrait être le cas, la lutte revient dans le programme, on n’aura pas atteint le but qu’on voulait atteindre, c’est-à-dire avoir un nouveau sport dans le programme », suggère le Suisse.

Lancé comme un sprinteur, Denis Oswald ne craint pas de bousculer certains des dirigeants les plus visibles du mouvement sportif. En tête, l’Autrichien Marius Vizer, le président de la Fédération internationale de judo, récemment élu à la tête de SportAccord. Le Suisse réfute son projet d’organiser des Jeux Mondiaux : « Je pense que les Jeux olympiques doivent rester uniques et que nous devons empêcher la naissance de manière un peu chaotique de toutes sortes de compétitions qui pourraient rentrer en concurrence. Ces compétitions, si de manière réaliste pouvaient exister, ce dont je doute fortement, ne seraient pas une véritable menace pour les Jeux, mais pourraient diminuer leur signification, diminuer leur prestige et pourraient créer des problèmes. »

Enfin, Denis Oswald penche pour une forme de rééquilibrage des forces au sein du CIO. Son intention, s’il est élu en septembre prochain : redonner plus de responsabilités aux membres de l’institution, en réduisant le pouvoir de la commission exécutive. Une proposition qui devrait lui valoir pas mal de sympathies au sein d’une institution où les « simples membres » se sentent parfois devenus rien de plus que des machines à voter.

Denis Oswald sera-t-il le futur président du CIO ? La bataille ne fait que commencer. Elle sera âpre et s’annonce incertaine. Surtout, le Suisse le sait et le dit : « Elle ne se jouera seulement au mérite, c’est aussi partiellement une décision politique. »

 

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