— Publié le 16 janvier 2020

A l’UCI, les femmes montent en tête de peloton

Institutions Focus

Qui l’eut cru ? Longtemps montré du doigt pour son habitude de laisser les femmes sur le bord de la route, le cyclisme change de culture. La parité des sexes y est désormais élevée en priorité.

Dernière illustration : l’obtention par l’Union cycliste internationale (UCI) du label EDGE, le standard de référence international pour la certification des organisations en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Costaud.

Mieux : l’UCI se pose en modèle dans le mouvement olympique. Elle est la première fédération sportive internationale à entreprendre cette démarche, et surtout la première à obtenir ce niveau de reconnaissance.

Derrière les textes et les intentions, où en est aujourd’hui la féminisation du cyclisme, de son organisation et de sa pratique ? Amina Lanaya, la directrice générale de l’UCI (photo ci-dessous), a répondu aux questions de FrancsJeux.

FrancsJeux : Que représente le label EDGE pour l’UCI ?

Amina Lanaya : La certification EDGE reconnaît notre engagement, dans le domaine de notre gouvernance interne, en faveur de la parité hommes-femmes sur le lieu de travail. L’UCI a été auditionnée en septembre dernier par un organisme de certification indépendant, FLOCert, sur la base de données statistiques, de nos règlements et des réponses de nos collaboratrices et collaborateurs à un questionnaire sur le sujet. A l’issue de ce processus, nous avons obtenu le premier niveau de certification EDGE. Nous nous sommes donnés jusqu’en 2021 pour atteindre le deuxième niveau. Cela passera par la mise en pratique de politiques en faveur de la flexibilité, de l’égalité salariale, de la prévention des abus et de la valorisation de la diversité. Etant la première femme à la direction générale de l’UCI dans les 120 ans d’histoire de la fédération, je fais une priorité de ce thème et de l’engagement de notre organisation à parvenir à des résultats concrets dans les deux prochaines années.

L’UCI est la première fédération internationale à obtenir une telle reconnaissance. Quelle importance accordez-vous à ce statut ?

Le niveau 1 a été obtenu par seulement 200 organisations dans le monde. La feuille de route stratégique de l’UCI, l’Agenda 2022, en ligne avec le programme du CIO, insiste sur notre engagement à promouvoir l’implication des femmes dans le cyclisme (sport et gouvernance), l’égalité des chances, la parité sur le lieu de travail, et à lutter contre toutes les formes de discrimination. Depuis 2019, une charte reprend les axes de notre politique en faveur de l‘égalité entre femmes et hommes dans l‘administration de l’UCI. Mais nous voulons aussi étendre cette politique à l’ensemble des instances du cyclisme. Nous avons modifié nos statuts afin de fixer des exigences quant à la représentation minimale de chaque sexe au sein des organes dirigeants de l’UCI, des confédérations continentales et des fédérations nationales.

Dans les faits, quelle est aujourd’hui la réalité de l’égalité entre les hommes et les femmes dans le cyclisme ?

Elle se joue sur plusieurs tableaux. Sportif tout d’abord. Le prize money respecte l’égalité des sexes aux championnats du monde et dans les classements généraux des Coupes du Monde. Aux Jeux olympiques, les quotas de participation sont égaux pour trois de nos cinq disciplines : VTT, BMX racing et BMX freestyle. Nous discutons actuellement avec le CIO pour parvenir à la parité totale aux Jeux de Paris 2024. Nous avons pris aussi des mesures significatives dans le cyclisme sur route professionnel féminin, avec l’introduction d’un salaire minimum. Depuis 2018, les cérémonies protocolaires reflètent également ce souci d’une représentation équilibrée et respectueuse des hôtes et des hôtesses. Enfin, nous avons renforcé la protection des coureuses avec de nouvelles dispositions prévues dans notre code d’éthique.

Malgré tout, le cyclisme féminin souffre encore d’une médiatisation très inférieure à celle des hommes…

Le cyclisme féminin est devenu très attractif. Aux derniers Mondiaux sur route, les audiences de la course en ligne élite femmes ont été proches de celles de l’épreuve masculine. Même chose en VTT et en cyclo-cross. En termes de retransmission, nous progressons aussi. En 2018, l’UCI Womens’ World Tour a attiré 147 millions de téléspectateurs pour 1 430 heures de diffusion. En 2020, nous allons encore plus loin, avec un minimum de 45 minutes de retransmission pour toutes les épreuves de la série. Enfin, il faut savoir que l’athlète cycliste le plus populaire sur les réseaux sociaux est une femme, la Colombienne Mariana Pajón, double championne olympique de BMX. Il reste du travail à faire, mais nous allons dans la bonne direction pour donner au cyclisme féminin la visibilité qu’il mérite.