— Publié le 2 mars 2017

Un projet Singapour-Malaisie pour l’avenir des Jeux

Candidatures Focus

La réalité n’a échappé à personne: l’avenir à court terme du mouvement olympique se joue en Asie. Le continent se prépare à un triplé historique et inédit: PyeongChang 2018, Tokyo 2020, Pékin 2022. La suite? Mystère. Mais le futur plus lointain pourrait, lui aussi, se construire à l’est.

Invité à s’exprimer devant le Congrès de l’AIPS Asie, mercredi 1er mars à Kuala Lumpur, en marge du Forum international du sport, Tunku Imran (photo ci-dessus) a fait sensation en dévoilant l’idée d’une candidature olympique commune de son pays, la Malaisie, et de son voisin immédiat, Singapour. Une idée qui pourrait, selon lui, aller comme un gant au mouvement olympique depuis l’adoption de l’Agenda 2020 du CIO.

Président du Comité olympique de Malaisie, membre du CIO et de la famille royale, Tunku Imran avait évoqué pour la première fois un tel scénario à FrancsJeux, en août 2015 à Kuala Lumpur, au soir de la 128ème session de l’organisation olympique. Il en avait alors parlé comme d’une “idée”, en souhaitant qu’elle devienne rapidement un “projet”.

“Pour Kuala Lumpur, organiser les Jeux pourrait s’avérer un peu trop indigeste, avait expliqué Tunku Imran. Mais nous pourrions faire cause commune avec Singapour. Diviser par deux les dépenses, les infrastructures et les épreuves. Une ville pourrait avoir la cérémonie d’ouverture, l’autre la clôture. Selon les équipements et le niveau des athlètes, une ville aurait la natation en première semaine, l’autre l’athlétisme en deuxième. Sur le plan touristique, le projet serait séduisant. Singapour et Kuala Lumpur sont distantes de 300 kilomètres, il suffirait pour les relier de construire un « bullet train ». Si nos deux gouvernements pouvaient se mettre d’accord, une telle candidature serait compétitive. Aujourd’hui, l’Agenda 2020 permet un dossier commun à deux pays.”

L’idée a fait son chemin. Le dirigeant malaisien l’a suggéré mercredi 1er mars 2017: “Il est encore trop tôt pour élaborer, mais je peux vous dire qu’une discussion a eu lieu entre deux personnes. Si le CIO parvenait à réduire le coût d’une candidature, ou à en modifier la procédure, j’ai le sentiment que cette solution prendrait tout son sens.”

A l’époque où il s’en était ouvert à FrancsJeux, le projet semblait peu réaliste. La course aux Jeux d’été en 2024 s’annonçait intense et disputée. Budapest, Hambourg, Los Angeles, Paris et Rome fourbissaient leurs armes. Le CIO pouvait envisager la suite avec confiance. Depuis, quatre de ces six dossiers ont été balancés sans ménagement dans les oubliettes de l’histoire. Le mouvement olympique en vient aujourd’hui à se demander qui veut encore des Jeux.

Dans un tel contexte, l’idée d’une candidature commune entre deux pays voisins s’avère plus pertinente que jamais. “Kuala Lumpur et Singapour sont déjà très bien pourvues en hôtels, aéroports et transports, détaille Tunku Imran. Je ne suis pas prêt aujourd’hui à demander à mon gouvernement de dépenser pour les Jeux des sommes colossales qui pourraient être consacrées à d’autres priorités. Et je sais que Singapour pense pareil, ils ne veulent pas s’engager sur une candidature trop coûteuse”.

Aujourd’hui, le projet n’est donc pas d’actualité. La Malaisie se concentre sur l’organisation des Jeux d’Asie du sud-est, prévus à Kuala Lumpur du 19 au 31 août 2017. A Singapour, le comité national olympique a déjà réagi aux propos de Tunku Imran, assurant par la voix de son porte-parole qu’une candidature olympique était actuellement hors de propos.

Mais demain? Que se passera-t-il si la course aux Jeux d’hiver de 2026 se réduit elle aussi, comme une peau de chagrin, pour finir avec une ou deux candidates? En avançant ainsi ses pions, le prince malaisien est peut-être en train de dessiner les contours de l’avenir des Jeux et de leur processus de candidature.