Institutions - 10/05/2018

Le teqball, un profil et des moyens de sport olympique

Paradoxe: les Jeux olympiques peinent à susciter les convoitises parmi les métropoles, en Europe notamment. Mais la liste des sports candidats à une entrée dans le programme s’allonge comme un reçu de carte bancaire un premier jour des soldes.

A SportAccord 2018, le mois dernier à Bangkok, le plus remarqué du lot en a surpris plus d’un. Le teqball, une invention hongroise, a créé l’événement en installant une table de jeu parmi les stands du hall d’exposition, au Centara Grand & Convention Centre de la capitale thaïlandaise. Sa fédération internationale, la FITEQ, avait invité une poignée de joueurs à enchaîner les démonstrations. L’opération a fait mouche.

Gergely Muranyi, directeur de la production média de la FITEQ, explique posément: « Nous sommes un sport jeune, et une fédération plus jeune encore. Mais nous ambitionnons d’accéder un jour aux Jeux olympiques. Nous sommes patients, mais nous ne faisons pas mystère de notre volonté de convaincre l’équipe de Paris 2024. Pour cela, nous avons rencontré Tony Estanguet (le président du COJO Paris 2024) et Etienne Thobois (le directeur général). »

Au palmarès de la jeunesse, le teqball se connaît peu de concurrents. Étonnant mélange de football et de tennis de table, disputé sur une table de ping à la forme légèrement arrondie, il a été présenté pour la première fois au public en juin 2014. A Budapest, sa terre de naissance.

En avril 2017, ses fondateurs hongrois ont officiellement créé la FITEQ, Fédération internationale de teqball. En français dans le texte. Peu commun. « Le français est, historiquement, la langue de la diplomatie sportive, explique Gergely Muranyi. Le teqball est un sport jeune, certes, mais attaché à une certaine tradition. » Bien vu.

Sur le papier, ses chances de pousser un jour prochain la porte des Jeux semblent minces. Son retard face aux postulants plus installés dans le paysage – squash, surf, escalade, baseball/softball… – le condamne a priori à patienter dans le couloir. Sa jeune équipe le sait. Mais elle ne s’interdit pas de bousculer la hiérarchie.

A ce jour, la FITEQ compte seulement 5 pays membres: Japon, France, Malte, Portugal et Canada. Mais une trentaine de fédérations nationales sont actuellement en cours d’inscription. Une première Coupe du Monde a été organisée en juin 2017 à Budapest. La deuxième se déroulera en octobre prochain à Reims. Robert Pirès, l’ancien joueur d’Arsenal et de l’équipe de France, en sera le parrain. Il compte parmi la cohorte d’ambassadeurs du teqball, avec Carlos Puyol, Christian Karambeu, Gianfranco Zola, William Gallas ou encore Landon Donovan.

Ludique et technique, accessible et abordable (une table coûte 2 000 à 2 500 euros), le teqball se présente comme « un complément du football », débarrassé des contacts et des risques de blessures.

La FITEQ affiche des bureaux à Budapest et Los Angeles, mais un siège social à Lausanne. A un jet de pierre du CIO. Une position stratégique. Elle revendiquait en février dernier plus de 250 000 fans sur Facebook. En début d’année, elle avait touché près de 8 millions d’internautes sur les réseaux sociaux.

Suffisant pour se dessiner un profil de sport olympique? L’avenir répondra. A l’heure où le CIO s’escrime à rajeunir tout à la fois son public et son image, le teqball possède certainement quelques atouts. Malgré sa jeunesse, la discipline ne manque pas de moyens. Son trio de fondateurs, tous d’origine hongroise, compte un certain Gyuri Gattyan. Peu connu en dehors de son pays, cet homme d’affaires et mécène a fait fortune grâce à un site de webcam et streaming. Selon Forbes, il serait aujourd’hui le troisième homme le plus riche de Hongrie.

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