Institutions - 19/12/2017

Justin Gatlin encore rattrapé par l’ombre du dopage

Après la Russie, les Etats-Unis. Pour l’IAAF, les dossiers s’entassent, mais ils ont toute la même odeur. La dernière affaire de dopage concerne l’un des personnages les plus connus de l’athlétisme mondial. A coup sûr le plus controversé. Le sprinteur américain Justin Gatlin, sacré champion du monde du 100 m l’été dernier à Londres, se retrouve depuis lundi au cœur d’une inédite affaire de trafic de produits dopants.

A l’origine de la polémique Gatlin, une enquête du quotidien britannique The Telegraph. Dans son édition du 18 décembre, il révèle le stratagème d’une équipe de ses journalistes pour piéger l’athlète américain, suspendu pour dopage en 2001 et 2006, double champion du monde sur 100 et 200 m en 2005 à Helsinki.

Prétextant le tournage d’un film mettant en scène un athlète, les cinq reporters anglais ont approché plusieurs membres de l’entourage de Justin Gatlin lors d’un camp d’entraînement en Floride. Ils ont expliqué avoir besoin de se fournir en produits dopants pour aider leur acteur dans son entraînement. L’ex entraîneur du sprinteur, Dennis Mitchell (photo ci-dessous, à droite), et un puissant agent de l’athlétisme, Robert Wagner, ont foncé tête la première dans le piège. Ils ont proposé aux Britanniques de les fournir en hormones de croissance et en testostérone.

 

 

Selon le quotidien, le système mis en place par les deux hommes se révèle très bien huilé. La filière du dopage remonte jusqu’à un médecin, autrichien comme Robert Wagner. Son rôle consiste à fournir les ordonnances à un faux nom. Montant de l’opération imaginée par les journalistes anglais: 250 000 dollars. Juteux commerce.

Seul ennui, pour le coach et pour l’agent: l’équipe du Telegraph a utilisé pendant son enquête une caméra cachée. Les conversations ont été enregistrées. Dennis Mitchell et Robert Wagner expliquent au cours des différents échanges avec la fausse équipe de cinéma que le dopage reste une pratique courante dans l’athlétisme mondial. Ils assurent également qu’il reste très facile de contourner les contrôles.

Plus ennuyeux, les deux hommes laissent entendre que Justin Gatlin continue à se doper. « Vous pensez que Justin ne le fait pas ? Vous pensez que Dennis (Mitchell) ne le faisait pas ? » suggère Robert Wagner.

A peine l’enquête publiée à la Une du Telegraph, Justin Gatlin s’est trouvé une ligne de défense. Il a expliqué via ses avocats, désormais rompus aux dossiers dopage, que Dennis Mitchell n’était plus son entraîneur. Les avocats ont rappelé que le champion du monde du 100 m, sacré en août dernier à l’âge de 35 ans, avait été testé un nombre incalculable de fois depuis 5 ans. Vrai. Ronaldo Nehemiah, l’agent officiel de Justin Gatlin depuis le début de sa carrière internationale, a précisé que son protégé avait travaillé avec Robert Wagner à seulement 2 ou 3 reprises. Vrai également.

Interrogé par le quotidien, Sebastian Coe a jugé l’affaire Gatlin « extrêmement sérieuse ». Le président de l’IAAF a assuré que la nouvelle « Unité indépendante d’intégrité » allait s’en emparer et mener à son tour l’enquête. L’agence américaine antidopage (USADA) a également annoncé vouloir creuser le sujet.

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