— Publié le 7 décembre 2016

Rio 2016, les « plus parfaits des Jeux imparfaits »

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Il ne pourra pas être reproché au CIO de tourner le dos à l’innovation et à la créativité. Au premier jour de la dernière réunion de l’année de sa commission exécutive, mardi 6 décembre à Lausanne, l’organisation olympique a inventé une nouvelle expression. Un concept encore inédit destiné à résumer en une poignée de mots le bilan des Jeux de Rio 2016.

Résolu à positiver un événement enveloppé avant même sa première épreuve par la critique, les craintes et polémique, le CIO a assuré que les JO en terre brésilienne avaient été « les plus parfaits des Jeux imparfaits. » La formule ne manque pas d’audace. Elle suggère aussi que le mouvement olympique a connu bien pire au cours de son histoire. Quand? Où? Mystère.

Christophe Dubi, le directeur des Jeux olympiques au CIO, l’a expliqué: « Les Jeux ont marché. Ont-ils été parfaits? Non. Les organisateurs ont dû faire face à des difficultés considérables. Mais, à la fin, ils méritent un coup de chapeau. Ce qu’ils ont réussi à proposer a été extraordinaire. »

Même son de cloche, très élogieux à défaut d’être dithyrambique, chez Mark Adams, le porte-parole du CIO: « Souvenez-vous de la situation avant les Jeux, nous devions tous mourir du virus Zika, être empoisonnés par l’eau ou agressés dans les rues de Rio. A l’arrivée, nous découvrons que ces Jeux de 2016 ont été les plus universels et les plus suivis de l’histoire. »

Des mots? Pas seulement. Déterminé à consentir tous les efforts pour ne pas décourager les volontés de candidature aux prochains événements olympique, le CIO a étalé devant les médias, mardi 6 décembre, une série de faits et de chiffres assez longue et fournie pour faire taire les sceptiques. Avec une idée fixe: apporter la preuve tangible que les Jeux de Rio 2016, tout en étant « imparfaits », auront marqué à leur façon l’histoire du mouvement olympique.

Premier critère de mesure: la visibilité. Selon les données du CIO, les Jeux de Rio ont été les plus « consommés » de tous les temps. Ils ont été vus par la moitié de la population mondiale. Neuf téléspectateurs brésiliens sur 10 ont avoué avoir regardé les compétitions. Les diffuseurs ont proposé 350 000 heures de retransmission, contre près de 200 000 heures pour Londres 2012. En Chine, la finale messieurs du tournoi de badminton a été plus suivie que n’importe quelle épreuve des Jeux de Londres 2012. Aux Etats-Unis, NBC a proposé 3,4 milliards de minutes de diffusion en continu via ses vidéos en ligne – dont 2,71 milliards en direct – soit 1,2 milliards de plus que pour toutes les précédentes éditions des Jeux cumulées. Enfin, plus de 7 milliards de vidéos officielles ont été visionnées sur les réseaux sociaux.

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Le sport, maintenant. Là aussi, la perfection a parfois été atteinte dans l’imperfection. Le CIO relève, dans son document en forme de bilan, que le golf et le rugby à 7 ont fait un retour réussi aux Jeux après une longue absence. Le pays hôte, le Brésil, a remporté 19 médailles, dont sept en or, son meilleur résultat de l’histoire. Usain Bolt et Michael Phelps ont une nouvelle fois raflé la plus grosse part du gâteau. La taekwondiste Kimia Alizadeh (photo ci-dessus) est devenue la première femme iranienne médaillée olympique. La tireuse américaine Kim Rhode est entrée dans le livre des records comme la première athlète à décrocher une médaille à six éditions consécutives des Jeux. Des athlètes d’Ukraine et de Russie se sont pris dans les bras sur le podium. Plusieurs représentants de la Corée du Sud ont été vus en train de prendre des selfies avec leurs voisins de Corée du Nord.

L’héritage, enfin. Dans ce domaine, le CIO ne craint pas de présenter une sérieuse volée de chiffres, même s’il est largement trop tôt pour mesurer l’impact de l’événement sur la ville et le pays. Le pourcentage de la population ayant accès à un réseau de transports publics de qualité est passé de 18 % en 2009 à 63 % fin 2016. Le site du slalom en canoë a été transformé en piscine publique. Six installations du parc olympique formeront le noyau du premier centre d’entraînement olympique du Brésil. Le site du handball sera transformé en quatre écoles. Selon une étude menée par le ministère brésilien du Tourisme, 87 % des visiteurs étrangers ont l’intention de revenir au Brésil et 94 % à Rio de Janeiro.

Reste une inconnue: le budget définitif des Jeux. Il n’est pas encore bouclé. Il le sera prochainement. Parions qu’il sera parfait dans son imperfection.