Thomas Bach a passé le flambeau de président du CIO à Kirsty Coventry il y a un an, mais sa voix porte toujours. En témoigne l’accueil qu’il reçoit à chaque déplacement, dernièrement à Sanya, pour les Jeux asiatiques de plage. Il s’est longuement confié sur son parcours, et notamment sur son rôle dans la fondation de la Confédération allemande des sports olympiques (DOSB), à l’occasion des vingt ans de ce moment historique pour le sport allemand.
« J’ai perçu une formidable opportunité dans l’unification du sport allemand, lui permettant de parler d’une seule voix et d’être perçu comme une entité unique. À l’époque, il était évident que la Fédération allemande des sports (DSB) et le Comité olympique allemand (NOK) travaillaient, au mieux, de concert, mais souvent en désaccord. Cette situation engendrait des efforts parallèles et des malentendus, une surcharge de travail et une bureaucratie inutile. De ce fait, le sport allemand était devenu quasiment insignifiant dans la société », contextualise-t-il sur le site de la DOSB. Le pari s’est révélé payant, et un très beau fruit pourrait être récolté dans les années à venir alors que le pays prépare une candidature pour l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques.
« L’Allemagne retrouve une voix forte »
« Ma défaite la plus amère», confie le président honoraire du CIO, reste « le rejet de la candidature de Munich pour les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2018 lors de la session du CIO de 2011 à Durban. Ce fut un coup dur, car il s’agissait d’un projet que la DOSB, alors encore jeune, soutenait pleinement. » Président du DOSB jusqu’en 2013, Thomas Bach avait personnellement mené la campagne, mais Pyeongchang avait écrasé le dossier bavarois au moment du vote (63 à 25). L’Allemagne n’a plus accueilli les Jeux depuis Munich en 1972. Plus de cinquante ans d’attente pour l’une des principales forces du continent européen… qui espère bientôt rectifier le tir, en 2036, 2040 ou 2044.
« Je suis ravi que la DOSB poursuive cette candidature avec autant de vigueur, commente Thomas Bach alors qu’un candidat sera choisi au mois de septembre. Je suis d’autant plus heureux de constater le large soutien dont bénéficient ces projets auprès du public, des milieux politiques et économiques. Nous observons un engouement croissant pour les Jeux à travers le monde suite à nos réformes du programme olympique. Plusieurs dizaines de pays sont candidats pour accueillir les Jeux entre 2036 et 2044. Le fait que cet engouement semble également s’être emparé de l’Allemagne est pour moi un signe très positif. La concurrence est féroce, mais à mon avis, le DOSB a su s’adapter à l’évolution des temps. Avec Michael Mronz comme membre à titre personnel, l’Allemagne retrouve une voix forte au sein du CIO, ce qui est également un atout. »
Une réflexion « encore en cours » sur son engagement futur
Un an après avoir transmis le flambeau à Kirsty Coventry, Thomas Bach a eu le temps de réfléchir à la suite. « Occuper une fonction officielle dans le sport n’est plus envisageable pour moi, assure-t-il. J’ai toujours été clair sur mon refus d’accepter un poste officiel dans le sport ou la politique. Lors de mon pèlerinage sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, j’ai également compris que je ne voulais pas reprendre mon ancien métier, c’est-à-dire que je ne souhaite plus siéger à des conseils d’administration internationaux. Je réfléchis actuellement à la manière dont je pourrai continuer à défendre les valeurs olympiques à l’avenir. Mais cette réflexion est encore en cours. »
L’Allemand met toujours en pratique, à 72 ans, le discours qu’il a tenu pendant ses mandats à la tête du CIO en faisant de la randonnée en montagne ou du vélo. Les sollicitations perdurent malgré tout. « J’ai commis l’erreur, pendant ma présidence du CIO, de répondre à de nombreuses invitations en disant que je ne pourrais les accepter qu’après la fin de mon mandat. Aujourd’hui, je suis heureux de constater que beaucoup n’ont pas oublié cette promesse, sourit-il. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est de pouvoir désormais assister à des événements sportifs sans aucune responsabilité ni obligation de chercher à en tirer des leçons. Je peux apprécier le sport simplement comme un spectateur, et c’est une expérience formidable. »

