Gianni Infantino ne manque pas d’idées. Sa dernière ? Créer une société commerciale, FIFA Forward Enterprise (FFE), pour gérer l’ensemble de ses droits de diffusion, de sponsoring, de billetterie, de licences, etc. Avec l’objectif de vendre une partie des parts à des investisseurs privés, afin de remplir encore davantage les caisses. L’initiative a reçu un accueil glacial, en Europe, mais pas que, et Gianni Infantino a dû rétropédaler. Récit d’une semaine qui pourrait coûter cher au président de la FIFA.
« Aucun d’entre nous n’est le propriétaire du football »
Tout s’est passé en cinq jours. The Times a d’abord révélé le projet, sur lequel Infantino comptait pour lever 4,2 milliards de dollars dès cette année – et beaucoup plus dans les années suivantes. Un gâteau plus gros, donc de plus grosses parts à distribuer et des millions d’euros redistribués aux fédérations nationales. « Tous les bénéfices nets seront réinvestis dans le football », affirme la FIFA en essayant de mettre l’eau à la bouche de ses membres : l’objectif serait de « porter le financement accordé à chaque association membre de la FIFA de 8 millions de dollars à 20 millions de dollars pour le cycle 2027-2030, avant une augmentation progressive à chaque cycle suivant ».
Elle assure également qu’elle ne céderait pas plus de 20% des parts, et à des investisseurs soigneusement sélectionnés qui plus est. Des arguments pas vraiment convaincants au regard des réactions. « L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, cingle immédiatement l’UEFA, l’instance européenne. Aucun d’entre nous n’est le propriétaire du football. Ce n’est pas à la FIFA de le vendre. » La Confédération d’Amérique du nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF), « mise au courant par les médias » se dit « préoccupée par ce procédé ». Son homologue asiatique, l’AFC, rappelle quant à elle que « des initiatives d’une telle ampleur et aux conséquences aussi importantes doivent reposer sur les principes de bonne gouvernance, de transparence et de consultation véritable ». Même l’Union européenne et le Premier ministre britannique Andy Burnham ont haussé le ton.
https://x.com/UEFA/status/2082854732020760880
Infantino pourra-t-il rester en poste ?
Infantino a tenté de calmer le jeu mercredi dans une vidéo, assurant que rien ne se ferait sans consultation. Sans succès. L’UEFA a convoqué une réunion en urgence jeudi et ses 55 fédérations membres ont décidé de boycotter les compétitions de la FIFA si ce projet n’était pas envoyé aux oubliettes. Une Coupe du monde sans nations européennes ? Inenvisageable. Réunion au sommet, aussi, du côté de la CONCACAF. Ses 41 membres ont fermement rejeté le projet, exprimant « leur profonde inquiétude face à l’absence de procédure régulière concernant cette proposition, au délai artificiellement court imposé et à l’absence de tout examen ou validation par les instances dirigeantes compétentes de la FIFA ». Dans la foulée, l’AFC s’y est elle aussi opposée de manière officielle.
Même le numéro 3 de la FIFA, Kevin Lamour, et le conseiller principal d’Infantino, Carlos Cordeiro, l’ont publiquement lâché, en dénonçant « le projet d’un seul homme » et une méthode loin des standards de bonne gouvernance. Sous pression, Gianni Infantino a enterré son plan samedi matin. « Force est de constater que ce projet a suscité des clivages qui, indépendamment du niveau de soutien, ne servent plus l’objectif initialement fixé. Notre objectif a toujours été – et sera toujours – d’unir et de progresser. En conséquence, cette proposition n’ira pas de l’avant », lit-on dans son communiqué.
Il y a quelques semaines encore, Gianni Infantino paraissait tout puissant et impossible à déloger au prochain Congrès. La farce du Prix de la paix remis à Donald Trump, les polémiques politico-sportives de la Coupe du monde et la levée de bouclier des jours écoulés ont indéniablement fragilisé sa stature et rompu la confiance d’une grande partie de la planète football. De là à ce qu’un adversaire sérieux émerge pour lui contester la présidence en mars 2027 ? Pour le moment, aucune alternative crédible n’est apparue, mais les candidatures peuvent être déposés jusqu’au 18 novembre.

