— Publié le 28 septembre 2026

Sergei Aschwanden : « On est en bon chemin pour installer Lausanne sur la carte mondiale du judo »

Interview Focus

Lausanne vient d’accueillir son premier Grand Slam de judo. Un événement novateur où athlètes et para athlètes se côtoyaient. Ce n’était pas un one shot puisque le Grand Slam reviendra au calendrier en 2027 et que la capitale olympique organisera les Championnats du monde en 2028. Sergei Aschwanden, président de la Fédération suisse de judo et de jiu-jitsu, mais aussi l’un des trois médaillés olympiques de l’histoire du judo suisse, se confie sur ces perspectives enthousiasmantes auprès de Francs Jeux.


Quel bilan tirez-vous de ce premier Grand Slam à Lausanne ?

Pour une première édition, tout en sachant qu’il y a des choses à améliorer, le bilan est très positif. À ce stade, on est le Grand Slam avec le plus de nations représentées, avec le plus d’athlètes représentés sur la partie para. On a des taux d’audience assez remarquable. Du côté des athlètes, on a une satisfaction élevée. Pour une première, avec six mois de temps de préparation pour récolter les montants nécessaires pour être à l’équilibre budgétaire, on peut dire que c’est une réussite. Mais on est aussi conscient qu’il va falloir améliorer certains éléments.

 

Qu’est-ce qu’il faudra améliorer ?

Tout ce qui est lié au transport et à l’hôtellerie. On a été dépassés par le nombre conséquent d’athlètes, il a fallu réserver des établissements supplémentaires. Aujourd’hui, on le sait donc on pourra prendre des réservations en amont. On va aussi travailler sur trois hubs spécifiques de sorte à fluidifier les déplacements. Ces éléments nous permettront d’être à un niveau supérieur. Dans un pays comme le nôtre où il faut toujours planifier les choses à l’avance, il faut peut-être envisager des ressources supplémentaires dans certains secteurs pour avoir cette marge de manœuvre nécessaire en cas d’imprévus. Ce sont des éléments sur lesquels on travaille déjà maintenant pour l’année prochaine.

 

Vous avez choisi de faire ce de Grand Slam un événement à part dans le calendrier en intégrant le para judo et en proposant des conférences sur l’inclusion ou la maternité. Pourquoi ?

On a toujours voulu aller au-delà du sport de performance destiné à une élite. La performance, les athlètes de haut niveau, c’est un élément fondamental, mais le sport va au-delà de l’aspect pur de la performance. Mandela disait que le sport a le pouvoir de changer le monde. On est convaincu qu’en intégrant des athlètes en situation de handicap, on crée des ponts, des liens. On a vu que les Anglais étaient venus tous ensemble pour former une seule équipe. C’est le message qu’on veut faire passer.

 

Pour vous, ces éléments doivent faire partie des grands événements sportifs aujourd’hui ?

Je crois que c’est important. Les para athlètes vivent avec nous, je ne vois pas la raison de les exclure. Aujourd’hui, il y a une sensibilité par rapport aux minorités, aux discriminations raciales, au genre, etc. On est plutôt dans l’intégration de tout un chacun aujourd’hui, qu’on puisse tous vivre ensemble. La tendance est plutôt positive et elle va continuer dans ce sens. En tout cas, nous, en tant qu’organisateurs, on aimerait continuer et pérenniser ce côté-là.

 

À quoi peut-on s’attendre pour la deuxième édition en 2027 ? Est-ce qu’il y aura des nouveautés, des ajustements ?

On accueillera à nouveau des para athlètes, le Grand Slam restera inclusif. Il nous tient à cœur d’avoir les catégories des judokas atteints d’un handicap visuel, qui n’étaient pas présents cette année. On garde la porte ouverte, tout dépendra du nombre d’athlètes, pour ajouter un jour de compétition sur la partie para. Ces éléments sont sur la table pour pouvoir les discuter, les planifier, les budgéter in fine. On doit encore se pencher sur d’autres sujets, on est encore en phase d’analyse, mais il y aura sûrement d’autres nouveautés.

 

Lausanne a aussi été officiellement désignée hôte des Mondiaux 2028. Ça représente quoi pour vous ?

C’est une chance inouïe, un privilège. La dernière fois qu’il y a eu des Championnats du monde de judo à Lausanne, c’était en 1973, ça fera 55 ans. Ce sera le dernier événement avant les Jeux, qualificatif pour les Jeux, donc beaucoup d’enjeux. Je pense qu’on aura un plateau extrêmement élevé, tout le monde voudra récolter un maximum de points pour être bien positionné au niveau des têtes de série. Les enjeux seront à la hauteur de l’événement. On devra nous aussi être à la hauteur d’un point de vue organisationnel. Il nous reste un peu moins de deux ans, on va travailler d’arrache-pied pour pouvoir offrir les meilleures dispositions aux athlètes afin qu’ils puissent performer au maximum de leurs capacités.

 

À quel moment est venue l’idée d’organiser ces Championnats du monde ?

Entre les délires de potes assis au bar jusqu’à ce que ça se concrétise, on parle de pratiquement sept ans de travail, à plusieurs étages. Tant au niveau de la fédération suisse de judo et de jiu-jitsu qu’au niveau de l’échiquier politique cantonal, de la commune de Lausanne, pour amener le sujet, discuter, analyser, avoir la confiance, être challengé – à juste titre, parce qu’on parle d’un montant conséquent. Tous ces éléments ont pris un peu de temps. C’est la qualité comme le défaut de la Suisse, on prend le temps pour faire les choses. Mais une fois qu’on les valide, on est certain de pouvoir aller de l’avant.

 

Qu’est-ce qui a permis à Lausanne de se démarquer selon vous ?

Ce n’est pas très original : c’est la capitale olympique, pratiquement 60 fédérations internationales y ont leur siège. Quand on a un tel cluster sportif, de telles synergies, un tel impact sur le sport international… Je pense que toute fédération internationale est ravie de pouvoir montrer sa discipline sportive au monde du sport et à l’administration sportive mondiale. Je crois que ces éléments ont été suffisants pour convaincre, même s’il a aussi fallu montrer qu’on était capables d’organiser un Grand Slam qui tienne la route.

 

Aujourd’hui, on peut dire que Lausanne est sur la carte internationale du judo ?

Je ne suis pas neutre mais oui, je pense qu’on est en bon chemin pour pouvoir s’installer sur la carte mondiale du judo. J’espère qu’on y restera encore un moment.

 

La Suisse n’est pas un grand pays de judo. L’objectif avec cette séquence 2026-2028, c’est aussi d’être plus visible dans votre pays, d’attirer plus de licenciés et, dans quelque temps, de performer encore plus ?

C’est sûr, c’est un objectif à moyen ou long terme. Il y a une stratégie visant à faire connaître le sport et accueillir de nouveaux adhérents. On a eu la chance d’avoir 5.300 élèves au Grand Slam le vendredi, j’espère que ça fera des émules et qu’on aura plusieurs jeunes garçons et jeunes filles qui auront l’envie d’essayer. Je reste persuadé, surtout avec les jeunes champions que nous avons, que ça peut inspirer d’autres à vouloir faire la même chose et développer la discipline en Suisse.

 

Vous avez échangé avec les athlètes au sujet de cette séquence, qui doit être très excitante pour eux ?

On les entend en parler entre eux et j’ai eu quelques retours : c’est une chance inouïe de pouvoir combattre lors d’un Grand Slam devant leur porte, en tout cas pour les Vaudoises et les Vaudois, et les Romands. Avoir cette opportunité de le faire lors de Championnats du monde qualificatifs pour les Jeux, c’est une belle cerise sur le gâteau. Ils vont essayer de croquer dedans à pleines dents. À eux maintenant de travailler, de mériter leur qualification. On a rajouté un certain montant pour avoir un projet de développement à deux ans. Maintenant c’est à eux de donner le maximum.