— Publié le 9 janvier 2023

“Les voisins de l’Ukraine pourraient bien recourir au boycott”

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L’échéance reste lointaine, mais la menace se veut sérieuse. A moins de 600 jours de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 (J – 564 ce lundi 9 janvier), l’idée d’un boycott de l’événement a été suggérée par un dirigeant sportif international, ancien membre de la commission exécutive du CIO.

Le Norvégien Gerhard Heiberg (photo ci-dessus) l’a expliqué en fin de semaine passée : la réflexion entamée par l’instance olympique pour un éventuel retour des athlètes russes dans les compétitions internationales, dont les qualifications pour les prochains Jeux d’été, est encore très prématurée. En cas d’issue favorable, elle pourrait entraîner certains pays alliés de l’Ukraine à renoncer aux Jeux de Paris 2024.

Le plan visant à réfléchir à des conditions acceptables pour la réintégration des athlètes russes arrive beaucoup trop tôt, estime Gerhard Heiberg. Les alliés de l’Ukraine, voire toute l’Europe, ont toutes les raisons de s’inquiéter. Nous avons besoin de plus d’informations sur les intentions de Poutine et ses chefs militaires, qui se montrent toujours extrêmement agressifs.”

Le dirigeant norvégien poursuit, en référence à la proposition de l’Association des comités olympiques asiatiques (OCA) de servir de poisson-pilote pour un retour des athlètes russes : “Il est beaucoup trop tôt pour que les dirigeants de l’OCA examinent un éventuel retour des athlètes russes. Les voisins de l’Ukraine pourraient bien recourir au boycott. L’Occident devrait faire profil bas pour le moment et ne pas s’aventurer dans cette fausse direction.”

Gerhard Heiberg n’est pas le premier dirigeant olympique venu. Ancien industriel, il a été membre du CIO pendant près d’un quart de siècle, entre 1994 et 2017. Il a siégé huit ans à la commission exécutive (2003-2011), et présidé entre 2001 et 2014 la puissante commission du marketing. Il était également président et directeur général du comité d’organisation des Jeux d’hiver de Lillehammer en 1994.

Atteint par la limite d’âge – il avoue 83 ans -, le Norvégien a rejoint en 2017 les rangs seulement honorifiques des membres honoraires de l’instance olympique. Mais sa voix continue à se faire parfois entendre.

Un boycott. Dans l’univers olympique, le mot rappelle des souvenirs douloureux. Montréal 1976, Moscou 1980, Los Angeles 1984. L’une des périodes les plus sombres de l’histoire des Jeux. Alors escrimeur, Thomas Bach en a vécu personnellement certains épisodes. Il n’a pas oublié.

La menace est-elle sérieuse ? A ce stade, sans doute pas. Le CIO se contente pour l’instant de réfléchir à un éventuel retour des athlètes russes et biélorusses. Il n’a pris aucune décision. Aucun calendrier n’a été établi. Et la proposition de l’OCA d’ouvrir une première porte, formulée en décembre dernier, n’a pas encore été concrétisée.

Il n’empêche, les déclarations de Gerhard Heiberg n’ont rien d’anecdotique. En s’exprimant ainsi publiquement, le dirigeant norvégien prévient le CIO que la levée des sanctions imposées depuis le mois de février dernier pourrait créer autour de l’Ukraine un front du refus prêt à brandir l’arme du boycott.

En octobre dernier, l’assemblée générale à Séoul de l’Association des comités nationaux olympiques (ACNO) avait déjà affiché les divisions du mouvement olympique sur la question russe. Avant son ouverture, onze comités nationaux olympiques avaient écrit un courrier commun au président de l’instance, le Fidjien Robin Mitchell, pour lui exprimer leur désaccord face à la présence des officiels russes et biélorusses. La Norvège en faisait partie, comme le Danemark, la Finlande, la Lituanie, la Lettonie, l’Islande, la Suède et la Nouvelle-Zélande.

Au premier jour de l’assemblée générale, le président du comité olympique danois, Hans Natorp, a demandé la parole dès la fin du discours d’introduction de Thomas Bach. Le dirigeant scandinave a expliqué : “Nous avons ici la présence des comités nationaux olympiques russe et biélorusse, mais nous sommes sans la présence de l’Ukraine. Cela devrait être le contraire. Nous avons besoin d’unité. Cela repose sur les principes de l’ONU et de la Charte olympique.

Visiblement agacé, Thomas Bach lui a répondu très sèchement. “Nous ne mettons pas tout le monde dans le même sac à cause des actions de leur gouvernement. S’il vous plaît, gardez à l’esprit que vous êtes un membre de ce mouvement olympique“.

Le lendemain, la délégation danoise a quitté la salle de l’assemblée générale pendant la présentation à la tribune du programme Culture et Education de l’ACNO par Stanislav Pozdniakov, le président du comité olympique russe.

Le Danemark hier, la Norvège aujourd’hui. La résistance est scandinave. Mais elle pourrait s’étendre.