— Publié le 17 juin 2026

Alim Latrèche : « J'espère qu'avec les Jeux, on pourra rendre la montagne plus accessible »

Interview Focus

Quadruple médaillé paralympique en escrime fauteuil, Alim Latrèche est aujourd’hui député de l’Isère. Il a officiellement pris ses fonctions le 27 mars à l’Assemblée nationale. Il se confie à Francs Jeux sur son engagement et sur les défis du Mouvement paralympique.


Qu’est-ce que les Jeux paralympiques représentent pour vous ?

Sportivement parlant, c’est le summum de la compétition. Participer aux Jeux paralympiques, ça représente un top qu’il fallait atteindre. C’est la dernière étape, après ça, il n’y a rien d’autre au-dessus ! J’ai eu la chance d’en faire trois et ce sont des moments uniques.

Comment avez-vous vécu les Jeux paralympiques de Paris 2024 ?

À la télé, et j’ai trouvé ça formidable ! On a beaucoup critiqué l’organisation mais ils ont super bien bossé pour proposer des Jeux magnifiques. J’ai trouvé ça vraiment original, notamment la cérémonie d’ouverture. Une cérémonie unique, qui nous fait découvrir l’histoire de France. Autant pour les participants que les spectateurs, c’était de super Jeux. J’ai trouvé ça magnifique.

La France et le Mouvement paralympique attendaient beaucoup de ces Jeux. Quel regard portez-vous sur leur héritage ?

De mon point de vue, j’ai l’impression qu’on a franchi une nouvelle étape en matière de visibilité. Sur l’accessibilité, je ne vois pas trop d’améliorations, pas de changement marquant. Au niveau des sensibilités et des regards, c’est peut-être un peu différent, mais on a toujours des véhicules garés sur les trottoirs, des aménagements qui pourraient être mieux pensés… Ça reste assez difficile dans les transports en commun.

Vous utilisez les transports en commun quand vous êtes à Paris ?

Soit je prends un taxi, soit je prends le bus. Les difficultés qu’on peut rencontrer, c’est de monter quand il y a trop de monde dans le bus, d’avoir des travaux ou des complications sur l’arrêt… Récemment, je n’ai pas eu de difficultés où les chauffeurs n’ont pas souhaité me prendre. Ça m’était arrivé il y a plusieurs années, ils disaient qu’ils n’étaient pas formés, etc.

La France se prépare à accueillir de nouveaux Jeux paralympiques en 2030. C’est une vraie opportunité selon vous ?

Il y a à faire, notamment en termes d’accessibilité. On ne pourra pas rendre la montagne 100% accessible, mais déjà, la rendre plus accessible pour pouvoir la partager avec tout le monde. J’espère qu’avec ces Jeux, on pourra faire autant d’efforts qu’à Paris, voire même plus. Habitant en Isère, je peux pratiquer des activités sportives d’hiver. Je vois que des choses ont été faites. Il y a des endroits qui facilitent l’accueil des personnes en situation de handicap, qui essaient d’y penser, mais il faut toujours anticiper.

Il y a quelques semaines, vous étiez au salon Mountain Planet à Grenoble, aux côtés d’Edgar Grospiron. Vous avez pu échanger sur le projet avec lui ?

On a surtout échangé sur l’ouverture des Jeux à d’autres handicaps. Aujourd’hui, les Jeux paralympiques ne concernent pas le sport adapté. Je pense que l’on peut ouvrir encore les Jeux paralympiques. L’idée a été bien accueillie par le comité d’organisation, tout autant que par la région.

Comment avez-vous basculé vers un engagement politique ?

Je me suis impliqué dans mon club en tant que bénévole, puis je suis devenu président. Être président d’un club, ce n’est pas que l’aspect compétition, c’est aussi ouvrir le sport à tous, l’émancipation par le sport, le côté citoyen… On a mis en place du sport santé pour les femmes atteintes d’un cancer du sein, afin de leur permettre de faire leur rééducation par l’escrime, de reprendre confiance en elles. J’ai travaillé avec quelques élus. Ensuite, mon amie Camille Galliard-Minier a voulu se lancer dans la politique en étant députée, et elle m’a sollicité pour être son suppléant. Ce n’était pas prévu. Faire de la politique avec un député proche du Parlement, ce n’était pas dans ma vision ni mes ambitions, mais après avoir échangé avec elle, je me suis dit que ça pouvait être une opportunité d’en apprendre plus et d’agir à plus grande échelle sur les actions que je menais déjà autour du sport et de l’éducation.

Vous pouvez aussi apporter un regard différent.

Tout à fait. Je ne vais pas révolutionner la politique, mais peut-être donner un autre regard, une vue un peu plus « terrain ».

L’émotion la plus forte, vous l’avez ressentie en arrivant à l’Assemblée nationale ou aux Jeux paralympiques ?

Je vais dire aux Jeux, parce que c’est quelque chose que j’avais vraiment préparé, travaillé. L’Assemblée nationale, c’est différent, mais c’est un honneur. Je suis fier d’être présent ici, de savoir que des personnes comptent sur moi.

Comment se passent vos premières semaines dans l’Hémicycle ?

Bien ! Je rencontre certaines difficultés pour se mettre en place, c’est toute une organisation, mais les services de l’Assemblée sont très prévenants et nous aident énormément. Je prends mes marques, j’essaie d’être autant à Paris que dans ma circonscription. Il y a beaucoup à faire. Il y a des discussions et des décisions qui sont parfois difficiles à prendre, et pour lesquelles je n’ai pas l’expérience ou le recul nécessaire, donc je m’appuie sur mon groupe parlementaire, tout en respectant mes valeurs et mes opinions.

Il y a des sujets particuliers que vous aimeriez faire avancer ?

Je fais partie de la commission des affaires sociales. J’ai pu prendre un sujet autour des collectivités et des installations sportives, ce n’est pas un gros dossier mais ça a aussi son importance. Dans la politique, je suis novice, mais avec le recul, cela fait sens compte tenu de mon engagement dans le sport, dans la vie associative et comme citoyen. J’ai l’impression que tout est relié, il y a des connexions qui pour moi font sens. J’essaie d’appliquer ce que j’ai appliqué dans le sport et dans mes différents engagements. Je ne sais pas où je serai demain, mais je vais me donner à fond pour cette fonction. Je vais donner le maximum.