Deux ans après les Jeux olympiques de Paris 2024, l’escrime française s’apprête à accueillir un nouvel événement majeur : les Championnats d’Europe, du 16 au 21 juin, à Antony, au complexe sportif Éric Tabarly. Rémy Delhomme, président de la Fédération française d’escrime, en présente les enjeux pour Francs Jeux.
La France avait déjà les Championnats d’Europe 2028, à Bourges, en ligne de mire. Pourquoi était-ce important de récupérer aussi l’édition 2026, suite au retrait de Tallinn (Estonie) ?
C’est un choix stratégique pour nous. On a une communauté qui aimerait avoir plus d’escrime. En janvier, à Paris, les fleurettistes français n’ont pas été performants. Pas de médaille. Au même moment, sur d’autres armes, ailleurs, on a fait des podiums et des victoires, mais de quoi on a parlé dans la presse ? De la Coupe du monde en France. On a beau être hyper performant aux quatre coins du monde, on parlera très peu d’escrime. Tout n’est pas simple, on a passé plusieurs mauvaises nuits, les sponsors sont difficiles à trouver en six mois, mais être exposé médiatiquement est fondamental.
Saint-Maur vient d’accueillir une Coupe du monde d’épée en mai. Vous avez encore constaté cette exposition renforcée à domicile ?
Oui, tout à fait. On touche la communauté de l’escrime, mais on va bien au-delà. Je suis passé sur France 3 Île-de-France pour en parler. On a la chance de sortir des Jeux olympiques en France, où la France a brillé avec sept médailles. On n’a jamais eu un impact médiatique comme aux Jeux, c’est historique. On a fait plus 20% de licenciés. On a même dû en refuser dans certaines communes. C’est pour dire l’importance d’avoir des événements en France. Ça ne se dément pas sur les manches de Coupe du monde, c’est toujours plein. On remplit un zénith de 5.000 personnes à Orléans, et Coubertin est toujours rempli au moment du challenge international de Paris en janvier.
L’élan de Paris 2024 se fait toujours sentir ?
Ça s’est un peu estompé. On est presque revenu au niveau d’avant Paris 2024 en nombre de licenciés, même si on reste encore un petit peu au-dessus. Nos axes, ce sont la fidélisation, la formation – former plus d’enseignants et de maîtres d’armes- et la féminisation. On a eu un step exceptionnel après les Jeux. On a de belles ambassadrices, qui ont des choses à raconter : Auriane Mallo-Breton, Manon Apithy-Brunet, Sara Balzer, Ysaora Thibus… On a des équipes très fortes et des têtes d’affiches qui vont au-delà de la communauté de l’escrime. On est à 35% de féminines, c’est assez haut parmi les sports de combat. Notre objectif, c’est qu’en 2032, on soit à la parité.
En organisant les Championnats d’Europe en 2026 et en 2028, on se dit que la suite logique serait de postuler pour des Championnats du monde. Vous y pensez ?
Oui, mais pour l’instant, je ne vais pas plus loin que mon mandat. On est en train de faire des choix, et des bons choix je pense. Aller postuler sur des Championnats du monde, la fédération internationale voudrait bien, mais il faut avoir les reins solides et se préparer trois ou quatre ans ans à l’avance. On y réfléchira un peu plus en 2027.
Parmi les choix que vous évoquez, il y a le para, dont la FFE a récupéré la délégation en janvier ?
Oui, c’est un axe hyper prioritaire. Il faut gérer la transition, assurer qui n’y ait pas de coupure préjudiciable aux athlètes dans la préparation des Jeux paralympiques. Aujourd’hui, c’est aussi des moyens, une structuration. Avec les Championnats d’Europe, c’est le gros sujet de notre année 2026. Tout n’est pas complètement fait, on est en train de refondre les règlements, de faire un calendrier 2027-2028 beaucoup plus conforme à nos standards après une saison de transition. On va aussi s’équiper de matériel. C’est tout un travail supplémentaire, passionnant mais nécessaire, pour que la para escrime soit complètement incluse dans nos standards. Nous avons fait le choix fort de conserver le pôle para à l’INSEP. Certains athlètes valides pourront aussi passer sur fauteuil : ceux qui ont des blessures des membres inférieurs peuvent très bien aller sur fauteuil pour s’entraîner et s’ouvrir l’esprit sur l’escrime fauteuil. C’est important en matière d’inclusion.

