— Publié le 6 décembre 2021

Comment la France prépare déjà l’après Paris 2024

Institutions Focus

Le timing ne doit rien au hasard. Alors que le COJO Paris 2024 a passé la barre des 1 000 jours avant le début des Jeux, olympiques comme paralympiques, la France remet en ordre de marche sa stratégie sportive internationale. Avec un objectif : ne pas souffrir après Paris 2024 d’une dépression post-olympique.

Le lancement de la fusée est prévue mardi 7 décembre à Dubaï,  dans le cadre de l’Exposition universelle. Une délégation issue du mouvement sportif, de l’Etat et du monde économique, se rend aux Emirats arabes unis dans le cadre d’un voyage de la Team France Export. Elle dévoilera la vision française en terme de “sport power” et lancera son offre de service du savoir-faire français à l’international.

Pourquoi ? Comment ? Où ? Avec qui ? FrancsJeux lève le voile sur la nouvelle stratégie d’attractivité et d’influence de la France à l’international.

Le calendrier. Les apparences ont pu suggérer le contraire, mais la France n’a pas cessé de penser en grand après l’attribution à Paris des Jeux en 2024, décidée à Lima en septembre 2017. Certes, l’objectif était atteint. Le CFSI (Comité français du sport international), une structure créée avant même le début de la phase de candidature pour préparer le terrain à une victoire du projet parisien, a été mis en sommeil. Mais la réflexion a toujours continué. Une note de synthèse, préparée par le CNOSF et la DIGES (Délégation interministérielle aux grands événements sportifs), a été rédigée en 2019. Elle traçait les grandes lignes de la stratégie à suivre à échéance 2030. La suite du calendrier a été chamboulée par la pandémie de COVID-19. La crise sanitaire a ralenti un temps la marche en avant. Mais en novembre 2020, la DIGES a relancé la mécanique. Un rapport signé Michel Cadot, le délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques, a été remis le 26 juillet dernier à Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education, de la Jeunesse et des Sports, et Roxana Maracineanu, la ministre déléguée chargée des Sports. Il détaillait les axes à suivre et les pistes à explorer pour renforcer la présence et l’influence françaises dans le sport international jusqu’aux Jeux de Paris 2024, et plus encore après.

Le contexte. Il n’a sans doute jamais été aussi porteur. Depuis la victoire de Paris dans la course aux Jeux de 2024, la France a gagné deux nouveaux présidents d’une fédération internationale d’un sport olympique : David Lappartient, élu à la tête de l’Union cycliste internationale (UCI), et Luc Tardif, le nouveau président de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF). Avec Jean-Christophe Rolland, récemment réélu pour un troisième mandat à la présidence de World Rowing, ils sont désormais trois. Au dernier pointage, plus de 80 Français occupent des fonctions officielles (élus ou salariés) dans les instances sportives internationales. Leur nombre pourrait doubler après les Jeux de Paris 2024. En 2022, la France accueillera une trentaine d’événements majeurs du calendrier européen ou mondial. Elle en organisera au moins autant l’année suivante, dont la Coupe du Monde masculine de rugby et les Mondiaux de ski alpin à Courchevel et Méribel. Les entreprises françaises très actives se mobilisent pour accompagner tous ces grands événements. “Le monde a les yeux tournés vers la France“, suggère un proche du dossier. Un héritage des Jeux de Paris 2024, avant même les premières épreuves olympiques.

Le fonctionnement. En son temps, le CFSI était une structure, hébergée par le CNOSF, présidée par Bernard Lapasset, le président du comité de candidature de Paris 2024. Le nouveau bras armé de la stratégie française, dont le nom sera dévoilé mardi 7 décembre à Dubaï, fonctionnera plutôt comme un “hub d’échanges et de partage“. Il ne devrait pas être dirigé par une personnalité identifiée, au moins dans un premier temps. Il aura pour mission de rassembler et coordonner tous les acteurs du jeu : le mouvement sportif, l’Etat, la diplomatie et le monde économique. Animé par la DIGES, il obéira à un fonctionnement très souple et fédérateur, autour d’une feuille de route commune.

Les objectifs. Le rapport remis en juillet dernier à Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu contenait 16 recommandations. La nouvelle stratégie française dans le sport international en reprend l’essentiel. Citons, un renforcement de l’accompagnement des dirigeants français affichant l’ambition de s’investir à l’international, via un dispositif HPI (Hauts potentiels à l’international) ; l’accueil dès l’an prochain d’assemblées générales et de bureaux exécutifs d’instances sportives européennes et mondiales ; la création d’un lieu à Paris pour l’accueil de bureaux délocalisés des instances sportives internationales ; l’ouverture d’une représentation française à Lausanne ; l’organisation dans le cadre de la Coupe du Monde de rugby 2023 et des Jeux de Paris 2024 d’un programme d’attractivité et de rencontres économiques de la France ; l’accompagnement des fédérations et des collectivités candidates à l’accueil de délégations étrangères avant les Jeux de Paris 2024. Autre dossier, pas le moindre : renforcer le calendrier des grands évènements du sport après 2024 et identifier le grand événement de niveau mondial dans lequel la France pourrait engager une candidature susceptible de réunir tous les acteurs autour du projet, à échéance 2030. La réflexion est lancée, mais pas encore aboutie.