— Publié le 17 septembre 2020

Lamine Diack, jugé coupable mais épargné du pire

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Reverra-t-on un jour Lamine Diack ? Peu probable. Il restera alors de l’ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme (1999 à 2015), ex maire de Dakar et grand manitou du sport africain pendant près de deux décennies, une dernière image aux allures de mauvaise fin. L’image d’un homme de 87 ans habillé d’un boubou blanc, quittant sans un mot le palais de justice de Paris.

Le dirigeant sénégalais a sans doute effectué mercredi 16 septembre 2020 sa dernière sortie publique. Masqué, il s’est approché au plus près de la barre pour entendre la présidente de la 32ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris, Rose-Marie Hunault, énoncer son verdict. Il sonne la fin d’une carrière de dirigeant sportif pour laquelle on peut se demander quels autres secrets sont restés cachés.

Lamine Diack a été condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et 500.000 euros d’amende pour corruption active et passive et abus de confiance. Les juges l’ont reconnu coupable pour le versement de pots-de-vin par des athlètes russes et le financement par la Russie des campagnes politiques au Sénégal.

Ses deux avocats l’ont résumé à leur façon : le jugement de la justice français ne révèle aucune clémence. Ils l’estiment “injuste” et “inhumain.” La présidente de la chambre correctionnelle, Rose-Marie Hunault, le justifie par la “gravité exceptionnelle des faits”.

A 87 ans, il semble pourtant peu probable que Lamine Diack soit contraint de vivre l’ambiance de la prison. Ses avocats ont déjà prévenu qu’ils allaient faire appel. La procédure n’est donc pas terminée, elle pourrait même en reprendre pour une bonne année. Par ailleurs, son âge avancé rend le Sénégalais éligible à une liberté conditionnelle sans limitation de durée.

Les cinq autres prévenus du procès ne pousseront pas non plus la porte d’une cellule. Papa Massata Diack, le fils, a pris le plus cher. Reconnu coupable de complicité de corruption passive au temps où il conseillait son paternel dans les affaires de marketing de l’IAAF, il est condamné à cinq ans de prison et une amende d’un million d’euros.

Mais Papa Massata Diack est réfugié au Sénégal, à l’abri de la justice française. Il ne se risquera pas à quitter sa terre natale. Son avocat a prévenu qu’il ferait lui aussi appel.

Gabriel Dollé, l’ancien responsable de la lutte antidopage à l’IAAF, est condamné à deux ans de prison avec sursis et 140 000 euros d’amende.

L’avocat Habib Cissé, ancien conseiller de Lamine Diack à l’IAAF, a écopé de trois ans de prison, dont une année ferme, mais aménagée avec port d’un bracelet électronique. Il devra également payer une amende de 100 000 euros.

Quant aux deux prévenus russes, Valentin Balakhnichev, ex président de la Fédération russe d’athlétisme, et l’ancien entraîneur Alexeï Melnikov, ils ont été condamnés respectivement à trois et deux ans de prison ferme. Mais ils ont toujours refusé de coopérer avec la justice française. Ils n’étaient pas présents au procès, en juin dernier, malgré un mandat d’arrêt international émis à leur endroit.

Lamine Diack et son fils Papa Massata ont également été condamnés à verser plus de cinq millions d’euros de dommages et intérêts à World Athletics pour abus de confiance.

Les six prévenus ont par ailleurs été condamnés à verser collectivement 9,5 millions d’euros de dommages et intérêts à World Athletics pour le détournement de contrats de sponsoring.

Au total, l’instance internationale de l’athlétisme, qui s’était portée partie civile, pourrait récupérer un petit pactole de 16 millions d’euros en dommages et intérêts, soit à quelques billets près le montant de son déficit au terme de l’exercice 2019. Une aubaine. Mais la situation respective des six condamnés rend très improbable le paiement de cette somme.

A l’annonce du verdict, World Athletics s’est fendue d’un communiqué, où elle se dit “reconnaissante pour les décisions fortes et claires qui ont été prises contre les personnes impliquées.”

World Athletics poursuit : “Nous sommes reconnaissants des dommages et intérêts accordés par le Tribunal pénal de Paris, d’un montant total de 16 millions d’euros, pour les fonds détournés et l’atteinte à la réputation subie comme conséquence directe de ces crimes et de la couverture médiatique qui en a résulté. Comme l’a reconnu la Cour, ces dommages ont eu un impact sur les finances de l’athlétisme mondial et ont eu un impact négatif sur l’image et la réputation de l’athlétisme mondial de manière profonde et durable. Nous ferons tout notre possible pour récupérer les sommes allouées et les restituer à l’organisation pour le développement de l’athlétisme au niveau mondial.” Pas gagné d’avance.