— Publié le 13 décembre 2016

“Le moment est venu pour moi de me lancer”

Institutions Focus

La bataille est ouverte pour la présidence de la Fédération internationale de tennis de table (ITTF). A cinq mois du scrutin, prévu en marge des championnats du monde individuels à Düsseldorf (29 mai au 5 juin 2017), un candidat s’est déjà déclaré: le président sortant, l’Allemand Thomas Weikert. Un deuxième postulant se fera bientôt officiellement connaître: le Belge Jean-Michel Saive, vice-champion du monde en simple en 1993. Il a expliqué à FrancsJeux le pourquoi et le comment de sa candidature.

FrancsJeux: Etes-vous officiellement candidat à la présidence de l’ITTF?

Jean-Michel Saive: Je ne le suis pas encore officiellement, mais il y a de très bonnes chances que je le devienne bientôt. Pour l’instant, j’ai informé de mon intention le président actuel de l’ITTF, le vice-président et la directrice générale. Mais dans l’univers du tennis de table, tout le monde le sait. Mon objectif est d’annoncer ma candidature en janvier, mais je pourrais l’avancer.

Est-ce le bon moment pour un ancien pongiste de très haut niveau de postuler à une telle fonction? 

Je crois, oui. Un président de l’ITTF, le Canadien Adham Sharara, est resté très longtemps en fonction. Il s’est retiré en 2014. Thomas Weikert lui a succédé. Mais cela fait maintenant presque 20 ans que nous n’avons pas eu un grand champion président de la Fédération internationale. Une génération de grands anciens pongistes a la volonté de s’intégrer dans le mouvement sportif, à l’image de Jean-Philippe Gatien avec la candidature de Paris 2024, ou de Jörgen Persson qui vient d’être élu au Conseil des directeurs de l’ITTF, où il va représenter l’Europe au cours de la nouvelle olympiade. Aux Jeux de Rio, le Sud-Coréen Ryu Seung-min a été élu à la commission des athlètes du CIO. Ils sont tous plus ou moins de ma génération. Avec l’expérience que nous avons acquise, sur le terrain et à côté, il est temps d’aller plus loin.

Votre expérience dans le mouvement sportif, quelle est-elle?

J’ai siégé pendant huit ans au comité national olympique belge. Et j’ai occupé des fonctions pendant la même durée à l’Association des comités olympiques européens (EOC).

Mais vous n’avez jamais occupé de fonctions au sein de l’ITTF. Est-ce un handicap face au président sortant?

Je suis membre de la commission des athlètes de l’ITTF. Je sais qu’on va me sortir l’argument pendant la campagne. Mais j’ai passé huit ans dans mon comité national olympique et à l’EOC. Et je pense que je connais assez bien le tennis de table. J’aurais plein de choses à apprendre. Il me faudra m’entourer d’une équipe forte, mais l’ITTF possède aujourd’hui un management assez solide. Et puis, à un moment donné, il faut se décider à y aller.

A vos yeux, comment se porte aujourd’hui l’ITTF?

Elle n’est pas à la place où elle devrait être aujourd’hui compte tenu de la popularité de la discipline dans le monde. Tout le monde a déjà joué au ping, mais notre discipline n’est pas respectée à sa juste valeur. Je veux mettre mon énergie à sa disposition pour la faire encore grandir.

Comment?

Il faut travailler sur le marketing et la communication. Nous sommes très forts en communication interne, mais nous avons du mal à  faire venir les gens de l’extérieur. La difficulté est d’amener le grand public vers le tennis de table et lui montrer ce qu’est la discipline, lui faire découvrir sa réalité en compétition, sa vitesse et son exigence, pour que les gens dépassent la notion de ping pong loisir. Il  faut aussi continuer à développer le tennis de table dans le monde. Il est dominé par l’Asie et très fort en Europe, mais il faut continuer sur les autres continents.

Aujourd’hui, la Chine truste tous les titres et les médailles, sans laisser la moindre chance aux autres pays. Comment pourrait-on rendre le tennis de table moins prévisible?

Il faut reconnaître tout son mérite à la Chine. Ce qu’elle a accompli pour avoir de tels joueurs est fabuleux. Mais sa domination constitue une faiblesse pour le tennis de table. Aux Jeux de Rio 20016, le tournoi comptait 44 joueurs originaires de Chine, évoluant pour leur pays ou pour un pays d’adoption.

Quelle pourrait être la solution?

Il faut intégrer la Chine dans la réflexion. Les Chinois en sont là grâce au travail qu’ils ont accompli. On ne peut pas mettre cela de côté. La démarche doit passer par une collaboration avec le ping chinois, afin qu’ils aident au développement des autres nations, notamment par un transfert de compétence et d’entraîneurs.

Une campagne pour la présidence d’une fédération internationale coûte cher. Avez-vous les moyens de vos ambitions?

Pour le moment, ça va. Je voyage un peu, j’ai mis de l’argent de côté quand j’étais joueur. Nous verrons plus tard si j’ai besoin d’être aidé.

L’élection à la présidence de l’ITTF se déroulera à Düsseldorf, en Allemagne, le pays du président sortant. Vous évoluerez en terrain adverse…

En première lecture, cette situation ne rend pas les choses évidentes. Mais l’expérience du sport démontre que ce n’est pas toujours un avantage. Même si les choses ne sont pas forcément transposables dans une élection, je préfère les voir ainsi. J’en tire une plus grande motivation.