— Publié le 16 juillet 2015

A Tokyo, le stade fait sauter la banque

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Thomas Bach doit s’en étrangler de colère. A l’heure où les candidatures olympiques s’évertuent à coller de près à l’Agenda 2020, en imaginant des projets les moins coûteux possible, l’équipe de Tokyo 2020 se prépare à construire le stade le plus cher de l’histoire. Curieux timing.

L’équipement en question n’a pas encore raisonné du moindre coup de pioche, mais il est déjà l’objet d’une sérieuse polémique. Normal. Selon les dernières estimations, le futur stade olympique des Jeux de Tokyo en 2020 devrait coûter 252 milliards de yens, soit environ 2 milliards de dollars et plus ou moins 1,8 milliard d’euros. Cher, très cher. Surtout, une addition qui représente à quelques liasses de billets près le double du budget initial.

Le stade japonais s’offre même au passage un record dont il se serait bien passé, celui d’équipement sportif le plus cher au monde. Il surpasse la marque de 1,6 milliard de dollars établie en 2010 par le stade MetLife, domicile des Jets et des Giants de New York en NFL. A ce jour, pas moins de cinq stades ont franchi la ligne du milliard de dollars en coûts de construction. Quatre d’entre eux servent au football américain et au baseball. Le cinquième, Wembley, se dresse dans les faubourgs de Londres.

A l’échelle olympique, le projet japonais écrase la concurrence. En 2008, le stade principal des Jeux de Pékin, le célèbre Nid d’oiseau, avait coûté 455 millions de dollars. Une peccadille. Quatre plus tard, celui des Jeux Londres avait été estimé à 680 millions.

Comment en est-on arrivé là? Au Japon, tous les acteurs du feuilleton se renvoient la question comme une patate chaude. Tadoa Ando, l’architecte désigné par les autorités pour superviser l’appel d’offres international pour la réalisation de l’enceinte, a tenu une conférence de presse ce jeudi 16 juillet à Tokyo. Interrogé sur les raisons d’un tel dépassement budgétaire, il a avoué n’avoir pas de réponses très concrètes à donner. “Moi-même, je m’interroge”, a-t-il suggéré, assurant ne pas comprendre comment le budget de construction, estimé à 130 milliards de yens, avait pu presque doubler.

L’affaire est d’autant plus étrange que, sous la pression de l’opinion et des pouvoirs publics, le projet du stade olympique a été récemment revu à la baisse. Il a été décidé de ne plus le couvrir d’un toit rétractable, contrairement au design orignal. Et il est désormais prévu que 15 000 des 80 000 places de l’enceinte seront amovibles. Ces deux options étaient censées réduire drastiquement la facture. Mais la note reste dangereusement élevée.

Au Japon, l’affaire fait grand bruit. Un récent sondage réalisé par la chaîne de télévision NHK révèle que 81% des Japonais se disent interpellés, voire choqués, par le coût de la construction du stade. Les autorités politiques se renvoient la balle. La presse compte les points.

Selon l’agence Kyodo News, le gouvernement japonais étudierait actuellement deux options pour revenir à des coûts plus raisonnables. La première consisterait à relancer une nouvelle compétition auprès des cabinets d’architectes internationaux, avec l’ambition de privilégier un projet low-cost. La seconde viserait à allonger le temps de construction de l’équipement olympique pour diminuer les factures des prestataires.

Seul ennui, mais de taille: les deux options auraient pour effet quasi assuré de repousser la fin des travaux aux derniers mois de l’année 2019, voire le milieu de l’année 2020. Il serait alors impossible d’utiliser le stade olympique pour la Coupe du Monde de rugby en 2019, attribuée au Japon. Et l’équipe de Tokyo 2020 vivrait dans la crainte de voir l’équipement prendre du retard et ne pas pouvoir être prêt à temps pour les Jeux.

A Tokyo, on se creuse la tête. A Lausanne, on observe la scène avec un mélange d’agacement et d’incrédulité. Comment dit-on, déjà, Agenda 2020 en japonais?