— Publié le 6 mars 2015

Profession, annonceur olympique

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A Rio de Janeiro, la question des langues est désormais d’actualité. Le comité d’organisation des Jeux de 2016 a lancé un appel d’offres pour le recrutement des annonceurs qui seront amenés, en août et septembre 2016, à prononcer les annonces officielles et les commentaires sur les sites de compétition des Jeux olympiques et paralympiques. Le Français Christophe Sevessand avait officié aux Jeux de Vancouver en 2010, puis à ceux de Londres en 2012, et plus récemment à Sotchi en 2014. Il a expliqué à FrancsJeux les contours de la fonction, et ses enjeux pour la place de la langue française dans le sport international.

FrancsJeux: Le comité d’organisation des Jeux de Rio vient de lancer une procédure de recrutement d’annonceurs pour les Jeux de 2016. De quoi s’agit-il?

Christophe Sevessand: Depuis les Jeux d’été de Sydney en 2000, puis ceux d’hiver deux ans plus tard à Salt Lake City, il n’existe plus un seul comité d’organisation qui n’ait pas eu un département dédié à la présentation du sport et des cérémonies des vainqueurs, incluant les annonceurs officiels. Celui de Rio n’y fera pas exception. Un appel d’offres vient d’être lancé, via une agence de recrutement brésilienne, Vagas. A Londres, en 2012, les annonceurs officiels étaient une trentaine de francophones sur l’ensemble des sites. A Rio de Janeiro, le département “Sport presentation” devrait se monter à environ 170 personnes.

En quoi consiste cette fonction sur des Jeux olympiques?

Elle est double. D’une part, un annonceur doit lire les annonces écrites destinées au public sur les sites de Jeux. D’autre part, il est amené à assurer un commentaire des épreuves dans sa langue de travail. Sur certains sports, comme l’athlétisme, le cyclisme, le triathlon, ces commentaires se font dans l’instant. Pour d’autres, les sports collectifs ou les disciplines de jugement, comme la gymnastique, l’annonceur doit attendre les temps morts, la fin de la rencontre ou de la session. Mais il peut aussi, grâce à la technologie, s’adresser au public via une oreillette.

Aux Jeux de Rio de Janeiro, quelles seront les langues utilisées pour les annonces?

A Sotchi, où j’étais producteur des épreuves de biathlon, j’ai reçu la visite surprise de deux personnes du CIO. Elles voulaient savoir quelles langues seraient utilisées sur le site. J’ai répondu que la règle serait respectée: le français, puis l’anglais, et en troisième position la langue du pays, donc le russe. Dans cet ordre. Il en sera normalement de même l’an prochain aux Jeux de Rio: français, anglais puis portugais.

A qui s’adresse l’appel d’offres lancé par le comité d’organisation des Jeux de Rio?

Sur le papier, au plus grand nombre. Mais un réseau de spécialistes des annonces en français a été constitué, à partir de l’automne 2013, à l’initiative d’Audrey Delacroix à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Son objectif était de constituer un groupe de gens identifiés et formés à cette fonction. Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts. En proposant aux organisateurs une équipe de francophones qualifiés, nous pouvons non seulement garantir une bonne présence de la langue française aux Jeux, mais aussi entretenir un savoir-faire.

Est-ce une fonction rémunérée?

Oui. Aux Jeux, les annonceures officiels ne sont pas bénévoles. Un contrat est signé avec le comité d’organisation. Il débute une semaine avant la cérémonie d’ouverture, se termine à la fin de l’événement, mais il peut se prolonger aux Jeux paralympiques.

Les Brésiliens sont-ils en retard dans le recrutement des annonceurs, comme ils le sont dans la construction de certains sites?

Je ne dirais pas qu’il sont en retard. Leur appel d’offres intervient à peu près à la même époque pour pour les Jeux de Vancouver ou de Sotchi. Mais les Britanniques avaient travaillé beaucoup plus en amont pour les Jeux de Londres en 2012. J’avais répondu à l’appel à candidatures dès le mois de novembre 2010. Ils avaient prévu une zone de confort pour pouvoir soigneusement choisir les gens et les former sur les épreuves tests. A Rio, cette zone de confort n’existera pas.