— Publié le 16 avril 2014

“Je ne briguerai jamais la présidence du CIO”

Institutions Focus

Il est l’un des hommes les plus puissants du mouvement olympique. Et, à coup sûr, l’un des plus écoutés. Sheikh Ahmad Al-Fahad Al-Sabah, l’ancien patron de l’OPEP, ne craint pas le cumul des fonctions. Président du Comité olympique du Koweït, de l’Association des comités olympiques asiatiques (OCA) et de celle des comités nationaux olympiques (ACNO), il dirige également la Solidarité olympique et occupe la fonction de vice-président de la Fédération internationale de handball (IHF). Ses interviews sont rares, mais il a répondu longuement aux questions de FrancsJeux.

FrancsJeux: Comment envisagez-vous les relations entre le CIO et l’Association des comités olympiques nationaux?

Sheikh Ahmad Al-Fahad Al-Sabah: Comme une étroite et constructive coopération. A mes yeux, le mouvement olympique est constitué de trois parties: la CIO, qui en est sa tête, l’ACNO et les Fédérations internationales, ses deux bras. L’autorité appartiendra toujours au CIO. Mais l’ACNO peut jouer un rôle important pour coordonner l’ensemble, grâce aux rapports étroits qu’elle entretient avec les comités nationaux olympiques.

L’ACNO n’est-elle pas en train de prendre de plus en plus de place et de pouvoir dans le mouvement?

Elle est de plus en plus organisée. A Koweït, fin mars, elle a réuni pour la première fois en 31 ans ses commissions. Et nous aurons bientôt nos propres événements. L’ACNO regroupe 204 comités nationaux olympiques. Elle a pour vocation de les représenter, mais aussi de leur confier une part du mouvement. Ils doivent pouvoir s’exprimer par notre intermédiaire. Mais tout cela se fait, et se fera, avec la bénédiction du CIO.

Quelles sont vos priorités pour l’année 2014?

L’organisation de nos propres événements, les Jeux Mondiaux, et la création d’un gala annuel où seront remis les trophées de l’ACNO. Dans le même temps, nous travaillons activement à construire les fondations de notre organisation, en mettant en place des commissions qui devront rendre régulièrement compte à notre conseil exécutif.

Le CIO a entamé une réflexion sur les réformes à apporter aux Jeux et au mouvement olympique. Laquelle vous semble-t-elle être la plus importante?

Je veux d’abord dire qu’en ma qualité de président de l’ACNO et de membre du CIO, je suis très fier que notre mouvement ait, sous l’autorité de Thomas Bach, entrepris d’ouvrir au débat les nombreuses questions sur son avenir, mais sans renier ses valeurs. Le monde change, les jeunes apportent de nouvelles idées. Nous devons suivre cette évolution. Pour moi, les sujets les plus importants concernent le programme olympique, le dopage, les calendriers sportifs, les paris illégaux et l’économie. Ces sujets concernent tous les comités nationaux. Nous devons en débattre, ensemble, afin que la session de Monaco en fin d’année puisse décider des changements nécessaires.

Les villes candidates aux Jeux d’hiver en 2022 rencontrent, pour la plupart, des problèmes sérieux pour mener à bien leur candidature. Est-ce une situation qui vous préoccupe?

Bien sûr. Cette situation n’est pas favorable au mouvement olympique. Mais nous avons tout de même un nombre conséquent de villes candidates, en Europe et en Asie. Cela étant dit, nous devons nous poser la question, au CIO, de savoir pourquoi certains pays envisagent une candidature, pour finalement y renoncer. Nous devons sérieusement réfléchir à la façon de rendre les Jeux plus attractifs, non pas pour les villes, mais pour leurs habitants. Les villes, les états et les gouvernements voudront toujours accueillir un événement olympique. Mais, en temps de crise, nous devons faire en sorte que les populations retrouvent une pleine confiance dans les Jeux et souhaitent massivement les recevoir.

Etes-vous favorable à ce que les membres du CIO puissent à nouveau visiter les villes candidates aux Jeux?

Oui. A certaines conditions. Après le scandale de Salt Lake City, des règles très strictes ont été édictées pour résoudre les problèmes. Elles étaient nécessaires. Mais elles ne le sont plus autant. Aujourd’hui, les villes candidates ont perdu tout moyen de communication avec les membres du CIO. Nous devons nous montrer plus souples. Surtout, il nous faut proposer aux villes candidates un processus plus favorable à leur démarche, notamment en termes de marketing. Et puis, on ne met pas toute une ville en prison après avoir mis la main sur un seul voleur…

Que pensez-vous du projet de la France de présenter une candidature aux Jeux d’été en 2024?

Paris a perdu de très peu face à Londres pour les Jeux de 2012. Son potentiel reste très élevé. Et je sais que le CIO serait très heureux de voir les Jeux se dérouler en France. Mais les Français doivent étudier avec attention les erreurs qui ont été commises par son équipe de candidature pour les Jeux de 2012.

Quelles étaient ces erreurs?

Je ne peux pas vous le dire. Mais je crois savoir que deux ou trois membres du CIO, au moins, ont changé leur vote pendant la présentation.

Vous êtes souvent présenté comme l’un des personnages les plus puissants du mouvement olympique, sinon le plus puissant. Que vous inspire cette réputation?

Elle n’est pas très bonne pour moi. Je préférerais largement être perçu comme l’un des hommes les plus anciens et les plus expérimentés du mouvement. Je n’ai jamais roulé pour moi-même, je crois beaucoup plus au travail du groupe. Pour connaître beaucoup de nos membres, je pense être assez efficace dans un rôle de coordinateur.

Briguerez-vous un jour la présidence du CIO?

Non. Je soutiens à fond Thomas Bach, il est notre leader, je le soutiendrai jusqu’à la fin de sa carrière. Je ne suis même pas candidat à une place au sein de la commission exécutive du CIO. Certains de mes collègues y seraient plus légitimes que moi.