Institutions - 30/01/2020

Pour l’athlétisme russe, le pire reste à venir

On le croyait au plus bas. Assommé par les coups. Mais l’athlétisme russe pourrait bien continuer encore sa lente dégringolade. L’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU) a recommandé, mercredi 29 janvier, l’expulsion pure et simple de la Fédération russe d’athlétisme (RusAF).

En cause, l’immobilisme des dirigeants. Un vieux refrain. En novembre dernier, l’AIU a accusé le président de la RusAF, Dmitry Shlyakhtin, et six autres officiels, dont le directeur exécutif Alexander Parkin, de faire obstruction à enquête sur des faits de dopage visant le sauteur en hauteur Danil Lysenko.

Depuis, les semaines ont passé. Mais l’AIU attend toujours un changement d’attitude la RusAF et de ses dirigeants. Elle a expliqué dans un communiqué, publié mercredi, avoir donné plus de temps que nécessaire à la Russie pour répondre à ces accusations. Elle précise même avoir repoussé le délai à trois reprises. Sans résultat.

A bout d’arguments, l’AIU exhorte aujourd’hui le Conseil de World Athletics à frapper fort. Elle lui recommande « d’imposer les conséquences les plus sévères » à la RusAF. Plus grave : elle suggère de maintenir la suspension du programme d’éligibilité des athlètes russes à concourir dans les compétitions internationales avec un statut de neutralité. Un coup très rude.

Selon l’Unité d’intégrité de l’athlétisme, la RusAF s’est contentée de nier les faits et de tenter d’en faire porter la responsabilité à d’autres. « Le conseil d’administration de l’AIU juge regrettable que, face à des preuves claires et convaincantes, la RusAF ait choisi de ne pas admettre les actes et omissions de ses employés, directeurs et représentants », explique l’AIU.

La suite ? Elle se jouera à Monaco, au siège de World Athletics. L’organisation internationale a déclaré mercredi que les accusations portées contre la RusAF étaient « extrêmement graves. » Elle a annoncé qu’elle les examinerait dans les prochains jours.

World Athletics suivra-t-elle la recommandation de l’AIU ? Possible. Prudente, elle a expliqué que la RusAF pourrait éviter une exclusion de l’athlétisme mondial si ses dirigeants passaient aux aveux et reconnaissaient enfin leur implication dans le scandale de dopage.

Mais la procédure pourrait s’éterniser. World Athletics veut mettre les formes, et surtout se protéger dans l’éventualité d’un appel de la Russie devant le TAS. Elle a annoncé vouloir d’abord adresser un courrier très officiel au président par intérim de la RusAF et au nouveau ministre des Sports, Oleg Matytsin.

La lettre de World Athletics précisera une nouvelle fois que la menace d’une exclusion serait levée si la RusAF admettait la responsabilité de ses dirigeants. La Fédération russe d’athlétisme n’a pas souhaité, à ce stade, réagir aux communiqués.

Reste une inconnue : les athlètes. A moins de six mois des Jeux de Tokyo, ils sont toujours dans l’attente d’une décision de World Athletics en réponse à leurs dossiers de demande d’éligibilité aux compétitions internationales. Elle n’interviendra pas dans un proche avenir. Il leur faudra donc renoncer à disputer la saison en salle.

Trois d’entre eux, les champions du monde Mariya Lasitskene, Sergey Shubenkov et Anzhelika Sidorova, mènent la révolte. Ils multiplient les initiatives, notamment via les réseaux sociaux, pour bousculer l’édifice et pousser les dirigeants actuels vers la sortie. Mais les épisodes récents démontrent que leur pouvoir reste encore trop limité.

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