Nous sommes en septembre, et Gianni Infantino attendait sans doute avec impatience de laisser le mois d’août derrière lui. Alors que cet été devait être celui de son apogée, il pourrait être celui qui précipitera sa chute. A minima, il sera celui qui entachera de manière indélébile son mandat. Le président de la FIFA est sérieusement chahuté depuis l’annonce surprise de son projet de société commerciale. Il a essayé de se rattraper comme il pouvait, mais sa défense n’a pas vraiment convaincu et de profondes divisions sont apparues au grand jour.
La confiance est rompue
L’abandon du projet FFE n’a pas calmé la gronde. Le 10 août, l’AFC, la CONCACAF et l’UEFA ont partagé une lettre commune. « Le football n’appartient à aucun individu ni aucune institution », rappellent les trois confédérations. « Lorsque la confiance est rompue, lorsqu’un individu se place au-dessus du collectif qui lui a confié son autorité, ce devoir de service envers la famille du football est abandonné. (…) Une proposition avancée dans des délais très courts, sans consultation significative, n’est pas le fruit d’une simple négligence – c’est le résultat d’une stratégie visant à limiter tout examen minutieux. Il n’y a toujours aucune reconnaissance du fait que tenter de vendre des parts de la Coupe du monde de la FIFA constituait un grave manque de jugement – non seulement une erreur de procédure, mais une violation fondamentale de la confiance des institutions mêmes que la FIFA est censée servir. »
La FIFA a promis de présenter un rapport complet sur ces événements, mais les trois confédérations regrettent là encore qu’un tel examen ne soit pas confié à un organe indépendant. Elles soulignent aussi que la réunion de crise convoquée par Gianni Infantino début août au Maroc s’est déroulée sans aucun membre du Conseil de la FIFA ni aucune fédération membre. « Il y a du silence là où il devrait y avoir de la responsabilité, de la distance là où il devrait y avoir de l’ouverture. Ce ne sont pas là les qualités que le football mérite de la part de ses dirigeants. » Une lettre qui a du poids puisque les trois confédérations représentent un total de 137 fédérations sur les 211 membres de la FIFA.
« Trop c’est trop »
Le conseiller principal de Gianni Infantino, Carlos Cordeiro, a démissionné fin juillet. Le numéro 3 de la FIFA, Kevin Lamour, a quant à lui été licencié après avoir ouvertement critiqué la démarche du président. Ces derniers jours, d’anciens joueurs ont à leur tour pris position en publiant une lettre commune : « Il faut accorder aux joueurs et aux supporters un droit de regard réel et direct sur la gestion du football. (…) Nous avons vu le sport que nous aimons s’éloigner de ses valeurs fondamentales sous la direction actuelle de la FIFA. Le changement est nécessaire. L’exercice du pouvoir a altéré la capacité des dirigeants actuels à distinguer leurs intérêts personnels de l’intérêt supérieur du football. Les événements récents ont rendu le silence impossible. Trop, c’est trop. »
Parmi les signataires, des champions du monde comme Robert Pirès, ainsi que des grands noms comme David James, Sol Campbell ou Lucy Bronze. Autre champion du monde 1998, Emmanuel Petit a assorti sa publication de hashtags sans équivoque comme « le football n’est pas un business », « protéger le football » ou encore « contre Infantino ». Le président de la FIFA était en République dominicaine fin août pour rencontrer des représentants d’Associations membres de l’Union de football des Caraïbes (CFU). « Il est important d’échanger, de dialoguer et d’exprimer ses points de vue et ses opinions. Beaucoup de choses se sont passées ces dernières semaines et il est essentiel de pouvoir entendre et écouter les autres, mais aussi d’exprimer ce que l’on ressent », a-t-il glissé, désirant visiblement montrer qu’il n’était pas seul dans sa tour d’ivoire. La semaine passée, il était au Vietnam, où il a confirmé le projet d’ouvrir une Académie de la FIFA. La colère gronde toujours, mais à cette heure, aucun adversaire n’est sorti du bois en vue de l’élection prévue en mars, même si le nom du Canadien Victor Montagliani est évoqué.

