
La cérémonie d’ouverture de 1956 (CIO).
Dès mercredi, à 19h05, deux jours avant la cérémonie d’ouverture, Cortina d’Ampezzo accueillera les premières épreuves des Jeux olympiques d’hiver 2026 avec le double mixte de curling. La station des Dolomites est déjà familière de cette fièvre puisqu’elle a eu l’honneur des projecteurs olympiques en 1956. Un moment historique puisque l’Italie accueillait alors les Jeux pour la toute première fois. Retour sur cette édition, qui a marqué un tournant dans son développement.
Un héritage sportif en demi-teinte
Désignée hôte des Jeux olympiques d’hiver 1944, Cortina d’Ampezzo a dû patienter jusqu’en 1956 pour vivre ces JO, Seconde Guerre mondiale oblige. « Cortina était déjà une station alpine prestigieuse, prisée par la haute société et appréciée pour son élégance et sa beauté. Cependant, avec des services et des infrastructures adaptés à un nombre relativement limité de visiteurs, elle n’était pas encore une destination touristique pleinement développée. Les Jeux olympiques 1956 ont fait de Cortina une destination alpine internationale reconnue », nous explique Josep Ejarque, directeur de Cortina Marketing, l’organisme de promotion de Cortina d’Ampezzo.
La station dispose alors d’une piste de bobsleigh, construite en 1906, d’un stade de hockey sur glace, de tremplins de saut à ski (finalement refaits juste avant les Jeux) et de pistes de ski. Elle fait construire le Stadio Olimpico del Ghiaccio pour accueillir les cérémonies, une partie du hockey sur glace et le patinage artistique. Deux sites temporaires complètent le dispositif : le stade de neige (ski de fond) et la patinoire du Lac Misurina (patinage de vitesse). L’héritage des Jeux est évidemment sportif : depuis, Cortina d’Ampezzo a accueilli les Championnats du monde de curling en 2010 dans ce même Stadio Olimpico del Ghiaccio, trait d’union entre 1956 et 2026.
Les Championnats du monde de ski alpin (2021) et bon nombre de manches de Coupe du monde ont aussi eu lieu sur place. La piste de glisse Eugenio Monti a accueilli cinq Championnats du monde de bobsleigh entre depuis 1960 et 1999, avant d’être abandonnée (puis reconstruite pour les Jeux de 2026). Ses tremplins de saut à ski, les plus modernes à l’époque, ont aussi accueilli la toute première Coupe du monde de la discipline, en 1979, mais prennent la poussière depuis plus de trente aux maintenant. Un bilan en demi-teinte donc, qui aurait pu être différent si Cortina d’Ampezzo avait réussi à obtenir l’organisation des Jeux en 1988 (éliminée au premier tour face à Falun et Calgary) ou en 1992 (éliminée au troisième tour).
La télévision et le cinéma comme alliés
L’empreinte de 1956 reste encore très forte à Cortina d’Ampezzo. Pour la première fois à l’époque, les Jeux olympiques d’hiver sont diffusés en direct dans huit pays d’Europe. Un énorme coup de projecteur pour le village et ses paysages à couper le souffle. La télévision est alors de plus en plus présente dans les foyers, et Cortina se retrouve ainsi mise en valeur de façon inédite. Ce qui participera pleinement à en faire une destination hivernale touristique, dont la population est presque multiplié par dix en haute saison aujourd’hui. Une partie des infrastructures de 1956, notamment les tremplins de saut à ski et le stade de glace, figurent d’ailleurs dans le film James Bond Rien que pour vos yeux de 1981, qui a offert une nouvelle publicité internationale à Cortina.
When James Bond took centre stage at this former and future Olympic venue. 🏟️
— The Olympic Games (@Olympics) November 7, 2024
Learn more about the fascinating history of the Olympic Ice Stadium in Cortina d'Ampezzo, where the world's best curlers will compete in 2026.#MilanoCortina2026 @milanocortina26 #Curling… pic.twitter.com/CyVjtzrxRt
« Les Jeux ont rendu Cortina visible, accessible et bien équipée en termes d’infrastructures, mais surtout, ils ont diffusé une image conforme à l’esthétique du cinéma : modernité alpine, paysages époustouflants, style de vie chic. Sans l’héritage olympique, Cortina ne serait certainement pas devenue l’un des lieux de montagne les plus emblématiques de l’industrie cinématographique internationale. Les Jeux olympiques de 1956 ont donné à Cortina une légitimité internationale, l’industrie cinématographique a amplifié son image, souligne Josep Ejarque, en citant Le Grand Silence, Cliffhanger, Point Break ou encore La Panthère rose. Le sport et le cinéma ont contribué ensemble à construire l’image de Cortina comme un lieu spectaculaire, élégant et reconnaissable dans le monde entier. »
Des Jeux historiques pour la représentation féminine
L’organisation des Jeux 1956 a permis d’accélérer les investissements en matière d’accessibilité : le gouvernement de l’époque a dépensé 1,9 milliard de lires (environ 50 millions d’euros) pour améliorer la desserte routière de la station. Une nouvelle route a notamment été construite entre Cortina d’Ampezzo et le village de Zuel, site du saut à ski. Côté sport, l’édition 1956 a marqué plusieurs avancées majeures, dont celle du système de chronométrage : les résultats du ski de fond ont en effet été pris au centième de seconde. Pour la première fois, les skieurs alpins s’élançaient par ailleurs dans un portillon, avec un signal visuel et un buzzer indiquant le départ.
De manière symbolique, Cortina d’Ampezzo en 1956 a aussi vu une athlète féminine prêter le serment olympique pour la toute première fois lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux d’hiver, en l’occurrence la skieuse Giuliana Chenal-Minuzzo. Soixante-dix ans plus tard, les femmes seront encore à l’honneur : au programme, puisqu’elles n’auront jamais été autant représentées, mais aussi sur l’affiche officielle de ces Jeux, œuvre de l’artiste Olimpia Zagnoli.

