— Publié le 5 octobre 2026

« Il faut parler des athlètes, mais aussi parler avec les athlètes », souligne la conférence Gender Equality and Sport+

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Mardi 29 septembre, Lausanne n’était plus seulement la capitale olympique : elle était aussi la capitale de l’égalité femmes-hommes dans le sport. 155 participants venus de tous les continents se sont retrouvés au Campus IMD pour la troisième édition de la conférence Gender Equality and Sport+, organisée par l’Observatoire pour l’égalité des genres et du sport (GO). Comment mettre en place des politiques inclusives ? Sur quelles données s’appuyer ? Comment mesurer leur efficacité ? Ces questions ont nourri les débats tout au long de la journée. Y répondre représente un défi, mais chacun est reparti avec l’envie de pousser les curseurs encore plus loin.

« Les filles veulent veulent s’asseoir à la table des décideurs »

« C’est difficile de voir ce qu’on ne mesure pas, c’est pour ça que les données sont importantes », a insisté le maire de Lausanne, Grégoire Junod, en ouverture. Les femmes sont encore sous-représentées dans la recherche, comme chercheuses mais aussi comme objet d’étude. Cela a des conséquences concrètes, à tous les niveaux. Exemple concret : il a fallu attendre 2025 pour que des chaussures de football conçues spécifiquement pour les femmes soient enfin développées, parce que la recherche ne s’était pas intéressée au sujet.

« Les données sont essentielles, appuie Felicite Rwemarika, présidente de l’Observatoire. Elles permettent de mieux comprendre où nous en sommes, d’identifier la direction à suivre, de rendre compte des avancées et de ce qu’il reste à faire. » Et, in fine, de « créer le monde que nous voulons ». Le GO a justement lancé un Knowledge Hub l’an passé pour centraliser et partager des informations et des ressources sur l’égalité des genres, et ainsi aider les décideurs – gouvernements, organisations sportives – à prendre des décisions éclairées.

L’enjeu est clair : inciter davantage de filles et de femmes vers le sport, afin qu’elles puissent saisir toutes les opportunités qui en découlent, en termes d’épanouissement personnel mais aussi de perspectives professionnelles. « Je voudrais, pour la prochaine génération, que les jeunes choisissent un sport sans se sentir en insécurité, avec le sentiment qu’elles sont à leur place, témoigne l’ancienne basketteuse Géraldine Yema Robert, désormais conseillère sportive du Président du Gabon. Ce qui me donne de l’espoir, c’est que les filles ne veulent pas seulement participer. Elles veulent s’asseoir à la table où les décisions sont prises. »

Tous les intervenants – représentants gouvernementaux, fédérations sportives internationales, universitaires – se sont accordés sur la nécessité de faire du sport un espace où les femmes peuvent être elles-mêmes. Une attention particulière doit toutefois être accordée à la production des fameuses données. Sally Hassona, coach de boxe rattachée au ministère des sports de l’Egypte, a rappelé que le profil des chercheurs était déterminant : « Est-ce qu’ils savent ce qu’est la vie d’athlète ? Est-ce qu’ils ont connu une situation socio-économique similaire aux personnes à qui on envoie le questionnaire ? Quelle est leur expérience culturelle ? » Cela compte car certains défis se posant dans des contextes particuliers pourraient être occultés. Exemples : les obstacles religieux ou les mariages précoces dans les milieux ruraux. L’ancienne footballeuse Khalida Popal, qui œuvre pour les femmes afghanes, a elle aussi souligné la nécessité de prendre en compte le profil des chercheurs quand il s’agit notamment de s’adresser aux parcours des personnes réfugiées.

« Mesurer » les sourires

Tiago Guilherme, directeur de la branche Jeunesse de l’organisation des ONG sportives européennes (ENGSO), a levé un point clef : l’importance de combiner données quantitatives et données qualitatives. « La meilleure mesure pour moi, c’est le sourire à la fin de l’entraînement ou à la fin de la journée », image-t-il. En effet, les chiffres ne disent pas tout. « Les données nous montrent les tendances, mais les athlètes expliquent ce qu’il y a derrière, abonde Géraldine Yema Robert. Il faut parler des athlètes, mais aussi parler avec les athlètes : on oublie parfois qu’ils ont leur mot à dire dans l’identification des problèmes et l’évaluation des programmes. Par exemple, écouter les jeunes filles qui découvrent le sport peut permettre de révéler des obstacles à la participation. »

La Fédération internationale de volleyball peut en attester : elle s’est associée à l’Observatoire pour établir un état des lieux. Le rapport récemment reçu par la FIVB met notamment l’accent sur les efforts à faire pour avoir plus de femmes parmi les entraîneurs. La transition entre une carrière de joueuse et une carrière de coach ne se fait pas aussi facilement chez les femmes que chez les hommes. Pourtant, « 80 % des athlètes pensent qu’elles feraient une bonne coach », explique Paulo Barone, responsable Développement et Durabilité de la FIVB. Sa conclusion : « Le rôle de coach au niveau élite n’est pas adapté aux envies des athlètes. En fait, ce qu’il faut que l’on change, c’est le job, pas les athlètes. » Un changement de perspective applaudi par l’assemblée, qui résume toute la pertinence de la Conférence annuelle du GO.