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« Le nombre de candidatures a augmenté de 250 % »

— Publié le 16 décembre 2022

Les temps changent dans le mouvement olympique. L’attribution des grands événements internationaux se joue de moins en moins dans les urnes. CIO en tête, les instances abandonnent le vote pour lui préférer le dialogue. La méthode est présumée plus transparente. A en croire une récente enquête de l’agence BCW Sports, elle séduirait de plus en plus les villes postulantes.

World Athletics a suivi le mouvement. Ses sept championnats du monde, dont les Mondiaux d’athlétisme en plein air, passent par la moulinette d’un processus de candidature nouvelle formule. Mark Hurst, en charge du dossier à la fédération internationale, en a expliqué à FrancsJeux la philosophie et les atouts.

FrancsJeux : Quelle est la philosophie du processus de sélection de World Athletics des villes-hôtes de ses événements majeurs ?

Mark Hurst : Notre approche obéit à trois principes : la clarté, la cohérence et la transparence. Quand nous recevons des candidatures, nous les évaluons en fonction de notre stratégie et notre méthodologie. La philosophie est la même pour tous nos événements. Mais l’objectif et la méthodologie changent d’une compétition à l’autre, selon ce que nous cherchons à mettre en avant pour un événement en particulier. Il ne s’agit plus d’un processus à sens unique, mais d’une sorte de partenariat avec les candidatures.

En passez-vous toujours par un vote ?

Nous publions les règles du processus de candidature, telle qu’elles ont été approuvées par le Conseil de World Athletics. Nous avons ensuite un panel d’évaluation, composé de trois membres du Conseil et deux salariés de World Athletics, dont Jakob Larsen, le directeur des compétitions et des événements. J’en suis le secrétaire. Les candidats sont invités à faire une présentation devant le Conseil. Une fois notre évaluation finalisée, nous émettons une recommandation au Conseil. Ses membres peuvent alors l’accepter et attribuer l’événement, ou nous demander de revoir notre évaluation.

Depuis la mise en place de ce nouveau processus, avez-vous enregistré une hausse du nombre de candidatures ?

Depuis que le Conseil a approuvé ce nouveau processus, en janvier 2021, le nombre de candidatures pour nos sept événements mondiaux a augmenté de plus de 250 %. Et cela, malgré la crise sanitaire, l’inflation et l’incertitude géopolitique.

Cette hausse concerne-t-elle tous vos événements mondiaux ?

Le plus populaire reste les Mondiaux en plein air. Nous avions quatre candidatures pour l’édition 2025, qui a été attribuée à Tokyo. En termes de visibilité mondiale, l’événement figure dans le top 5 du calendrier sportif international. Aux Mondiaux 2022 à Eugene, dans l’Oregon, 45 pays ont remporté des médailles et 81 avaient au moins un athlète en finale. Ces chiffres en disent long sur la valeur de l’événement et son intérêt pour la ville-hôte. Un autre rendez-vous très populaire est la nouvelle version des Mondiaux sur route. Pour la première édition, l’an prochain à Riga, en Lettonie, nous avions cinq candidatures. Nous lançons en ce moment l’appel à candidatures pour les éditions 2025 et 2026. Dans sa nouvelle formule, il s’agit d’un véritable festival de la course sur route, avec les Mondiaux de semi-marathon, de 5 km et du mile. Avec en plus une course de masse, pour laquelle Riga 2023 espère entre 35.000 et 50.000 partants, l’événement peut s’avérer non seulement très engageant sur le plan social, mais aussi très rentable d’un point de vue économique.

L’Asie avait deux candidatures pour les Mondiaux 2025, Tokyo et Singapour. Le continent asiatique est-il le plus actif pour les candidatures ?

L’athlétisme est un sport universel, World Athletics a la responsabilité d’assurer une présence des événements majeurs un peu partout dans le monde. Pour l’année 2022, nous avons eu les Mondiaux de marche par équipes à Oman, au Moyen-Orient, les Mondiaux en salle à Belgrade, en Serbie, puis nous sommes allés aux Etats-Unis pour les championnats du monde en plein air à Eugene, et nous aurions dû nous rendre en Chine pour les Mondiaux de semi-marathon si la situation sanitaire l’avait permis.

Réduisez-vous les exigences imposées aux organisateurs des rendez-vous mondiaux d’athlétisme, comme le CIO le fait actuellement avec le COJO Paris 2024 pour réduire les coûts ?

Je ne dirais pas que nous allégeons le cahier des charges, car le risque serait alors de diminuer par la même occasion les standards et la cohérence de l’événement. Mais nous collaborons de plus en plus avec les villes-hôtes, notamment sur les questions de technologie, de sécurité des athlètes et de lutte contre le dopage. Nous sommes des partenaires des organisateurs.

Vous avez organisé le mois dernier les Mondiaux de trail et course en montagne à Chiang Mai, en Thaïlande. Est-la preuve que des villes de toutes les tailles peuvent recevoir un championnat du monde d’athlétisme ?

La vraie question n’est pas la taille de la ville. Nous essayons de trouver la bonne ville, au bon moment, pour le bon événement. Nous avons attribué les Mondiaux de cross-country à Bathurst, en Australie, et les Mondiaux en plein air à Tokyo, deux villes sont difficilement comparables en termes de taille et de population. Mais chaque ville-hôte d’un rendez-vous mondial poursuit un objectif différent.

World Rugby a attribué cette année en une seule fois quatre éditions de la Coupe du Monde. Etes-vous favorable à des attributions multiples ?

Nous l’avons fait pour la première fois l’été dernier en attribuant d’un coup les Mondiaux de cross-country en 2024 et 2026. Et nous venons de lancer l’appel à candidatures pour les Mondiaux de course sur route en 2025 et 2026, avec l’objectif d’attribuer en une seule fois les deux éditions. Les candidats peuvent se positionner pour l’une des deux éditions, ou pour les deux à la fois.