— Publié le 12 octobre 2026

Jean-Christophe Rolland : « À l'heure actuelle, le Fitzroy n'est pas approuvé pour les JO 2032 »

Interview Focus

Photo : Rowing Australia.

Voilà douze ans que Jean-Christophe Rolland occupe la présidence de World Rowing. Réélu en 2025 pour un quatrième et dernier mandat, le Français compte mettre l’aviron sur les bons rails pour l’avenir. Le deuxième volet de son entretien avec Francs Jeux est consacré au processus Fit for the Future et aux Jeux de Brisbane 2032, qui ont fait couler beaucoup d’encre avec le choix du Fitzroy comme site de compétition.


Le CIO s’est dit prêt à bouleverser pas mal de choses avec le processus Fit for the Future, notamment le programme olympique. Ça vous inquiète ?

Le CIO est entré dans une nouvelle ère, avec la volonté affichée de rendre le programme un peu plus flexible. On va, avec toutes nos forces, se soumettre à cette évaluation. On ne peut pas se contenter du passé pour assurer notre avenir, cet exercice incarne cela. L’aviron n’est peut-être pas en danger, mais il y a un risque si on ne prend pas conscience qu’il faut progresser dans un certain nombre de domaines, qu’il faut rester attractif. On est évalué sur l’attractivité, sur la complexité, les coûts, les athlètes, etc. Il est essentiel d’avoir une vision qui s’adapte à cette évolution des exigences du Mouvement olympique. C’est pour ça que j’ai lancé en 2023 un projet de révision du calendrier de l’aviron classique, pour être plus attractif auprès de toutes les parties prenantes.

Qu’est-ce que vous espérez en termes d’épreuves au programme à Brisbane ?

On se bat pour qu’il y ait l’aviron classique. Sans être en danger en tant que tel, on est à risque parce qu’on doit s’adapter, démonter qu’on est toujours pertinent pour le programme olympique. J’espère aussi qu’on pourra concrétiser l’inclusion du beach sprint pour enchaîner après Los Angeles 2028.

Vous espérez aussi une inclusion du huit mixte ?

C’est une évidence pour moi. Je pensais même qu’on pourrait l’avoir à Los Angeles, il s’en est fallu de très peu, c’était pratiquement fait. J’espère bien qu’on sera à Brisbane 2032, dans la mesure où ça ne demande pas un quota d’athlètes supplémentaire. Le huit mixte sera composé d’athlètes qui participent déjà à d’autres épreuves. On a vu l’intérêt sportif de la discipline, aux Championnats du monde 2025 à Shanghai, et cette année à Amsterdam. Cette épreuve est accessible à beaucoup plus de pays. On a des nations qui ont des équipes un peu mois fournies qui peuvent participer au huit mixte.

Le fleuve choisi pour les épreuves de Brisbane 2032 fait toujours parler, malgré l’évaluation technique récemment réalisée. Votre fédération est allée sur place, vous certifiez que toutes les conditions sont réunies à vos yeux pour qu’une compétition olympique y ait lieu ?

On est toujours en cours d’évaluation, contrairement à ce qui a été annoncé. On n’a pas finalisé toute l’approche pour le site retenu. La première partie de l’évaluation technique est assez positive : dans les conditions normales de la période des Jeux, le site est tout à fait apte à recevoir des épreuves. On n’a pas encore tous les détails d’ingénierie technique, il reste du travail avant que ce soit finalisé.

Le principal sujet, c’est de déterminer si les conditions sont équitables pour tous les athlètes, s’assurer que certains ne sont pas pénalisés par les courants selon leur position sur le fleuve ?

Bien sûr, il faut que toutes les lignes d’eau soient absolument équitables. C’est un point sur lequel on est très attentif. Ce rapport technique nous a confirmé qu’au moment des Jeux, les conditions sont à même d’être équitables. Néanmoins, on sait que c’est un rivière et que les épisodes de pluie peuvent amener des courants très forts. C’est arrivé deux fois cette année. Si cela se produisait l’année des Jeux olympiques, cela remettrait fortement en cause ce site. On attend du comité d’organisation qu’il nous assure que le site est conforme et qu’il a toutes les réponses aux inquiétudes que l’on a encore en cas d’épisodes de crues comme on a eu ces derniers temps. Si la rivière est en crue dans les mois qui précèdent les JO, on aura un gros problème pour livrer les Jeux. Ces questions sont toujours en suspens, tant qu’on n’a pas les réponses, on ne peut pas garantir que ce site est approuvé. À l’heure actuelle, il n’est pas approuvé.

Sous combien de temps aurez vous ces réponses ?

C’est en cours d’analyse. Au-delà du plan d’eau, il y a des sujets sur le balisage, la tour de départ, le ponton de départ, la tour d’arrivée, les tribunes, l’accès des athlètes et des spectateurs, etc. Tout ça est en cours d’analyse. Aujourd’hui, on n’a aucun élément sur tous ces points qui sont fondamentaux. On se doit d’avoir les réponses à toutes les questions. Normalement, on devrait recevoir l’analyse technique de la totalité du projet d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine.