INTERVIEW - 05/07/2016

Olivier BIME

Ils sont dirigeants, experts, entraîneurs, journalistes ou athlètes. Ils ont en commun non seulement une fonction ou un engagement dans le mouvement sportif international, mais également une langue, le français. A leur manière, ces hommes et femmes font vivre et grandir la francophonie sportive. FrancsJeux vous les présente, chaque semaine, jusqu'aux Jeux olympiques de Rio en 2016. Une série proposée en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie.

Trente-quatrième épisode: le Français Olivier Bime, chargé des relations internationales de la Fédération française de badminton.

FrancsJeux: Quel a été votre parcours dans le mouvement sportif?

Olivier Bime: J’ai découvert le badminton sur le tard, à Bordeaux, à 19 ans. Très vite, je suis devenu dirigeant bénévole et entraîneur. Après mon professorat de Sport, en 1990, j’ai été affecté à la Fédération française de badminton (FFBaD). À l’époque, elle comptait moins de dix mille licenciés et nous étions trois cadres d’état, DTN compris. J’ai donc été amené à travailler dans tous les secteurs : entraînement, formation, développement à divers niveaux de responsabilité. J’ai vécu de l’intérieur le formidable développement de la FFBaD, discipline olympique depuis 1992, forte actuellement de près de 200 000 licenciés et qui compte désormais sur l’échiquier international.

Quel est aujourd’hui votre rôle?

L’arrivée de Richard Rémaud comme président de la FFBaD en 2013, avec sa volonté de faire du badminton un sport majeur en France et de la France une nation majeure du badminton mondial, a donné naissance à de nouvelles missions. Le DTN, Philippe Limouzin, m’a ainsi confié deux missions : la prospective, qui consiste à alimenter la réflexion des élus et des collègues sur la place du badminton dans le mouvement sportif et à penser son développement à vingt ans, et les relations internationales, dans le cadre d’un plan stratégique mis en place par la FFBaD. L’un des axes de cette stratégie internationale est dédié au développement de ce sport au sein de la francophonie via l’Association francophone de badminton. Cette organisation est présidée par Etienne Thobois, sélectionné aux Jeux d’Atlanta en 1996, actuellement directeur général de Paris 2024.

Que représente à vos yeux la francophonie sportive?

L’espace francophone badiste regroupe 64 pays, soit un tiers des nations affiliées à la Fédération internationale (BWF). Il peut donc contribuer, à son niveau, à développer le badminton et nous le faisons toujours en relation avec la BWF et les confédérations continentales. Lorsque je débute une action pour le badminton francophone, j’insiste toujours sur ce qui nous réunit : la discipline que nous aimons et la langue que nous avons en commun. Cette langue, le français, nous permet de communiquer et de développer des échanges culturels qui vont bien au-delà de la pure pratique sportive. Travailler dans l’espace francophone, c’est d’abord s’enrichir culturellement. Je considère que j’ai réussi une partie de ma mission si, à la fin d’une action, des jeunes ont changé de façon positive le regard qu’ils portaient sur les autres.

Qu’attendez-vous des Jeux de Rio 2016?

J’aimerais que ces Jeux nous fassent vivre de vraies émotions sportives. J’aimerais que le sport et les émotions qu’il procure puissent revenir au premier plan et que les exploits et performances des athlètes ne soient pas occultés par des affaires de dopage, de corruption, de violence.

Les valeurs et la pratique du sport peuvent-elles, selon vous, favoriser le « vivre ensemble »?

Evidemment. Quelle est la probabilité dans la vie de tous les jours pour un Sénégalais de croiser un Chilien ? Le sport peut permettre à un Kazakh ou un Centrafricain de croiser un Fidjien ou un Guatémaltèque. Il peut ouvrir également de nouveaux horizons à tous ceux qui suivent ces sportifs, dont les téléspectateurs. Et au-delà de la confrontation du pur moment de compétition, le sport peut permettre à des athlètes de divers horizons et de cultures lointaines de s’entraîner ensemble, à des entraîneurs de se former ensemble, à des dirigeants de travailler sur des projets communs, à des supporteurs de se rencontrer. Le sport doit être un espace de consensus, de partage de valeurs communes. Il développe des systèmes de valeurs qui vont au-delà des frontières politiques. En sociologie, la culture est définie comme ce qui est commun à un groupe d’individus et comme ce qui le soude. La culture, c’est ce qui permet aux hommes de vivre ensemble. Le sport est pour moi une expression culturelle et je m’oppose à l’idée courante de séparer le sport et la culture. Pour cela, évidemment, le sport permet de favoriser le « vivre ensemble ».

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