INTERVIEW - 20/06/2016

Philippe VANDE WEYER

Ils sont dirigeants, experts, entraîneurs, journalistes ou athlètes. Ils ont en commun non seulement une fonction ou un engagement dans le mouvement sportif international, mais également une langue, le français. A leur manière, ces hommes et femmes font vivre et grandir la francophonie sportive. FrancsJeux vous les présente, chaque semaine, jusqu'aux Jeux olympiques de Rio en 2016. Une série proposée en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie.

Trente-deuxième épisode: le Belge Philippe Vande Weyer, journaliste olympique au quotidien Le Soir.

FrancsJeux: Quel a été votre parcours dans le mouvement sportif ?

Philippe Vande Weyer: Il a plus été celui d’un « suiveur » que d’un acteur, même si j’ai pratiqué la course à pied et le tennis de table de manière assez assidue, mais à très modeste niveau. Mes premières émotions olympiques remontent aux JO de Munich en 1972, avec le pari de Mark Spitz de remporter sept titres. Des émotions qui allaient encore plus saisir le gamin que j’étais à l’époque, quelques jours plus tard, avec la prise d’otages d’athlètes israéliens et sa fin tragique. Je me souviens aussi de ma frustration de n’avoir pas pu voir la moindre image des JO de Moscou, en 1980, parce que je vivais aux Etats-Unis où, en raison du boycott, les télés ne relayaient rien. Dès l’instant où j’ai pu doubler ma passion du sport avec l’écriture, grâce à une collaboration puis un engagement comme journaliste au Soir, il y a plus de trente ans, je suis devenu le plus heureux des hommes.

Quel est aujourd’hui votre rôle?

Je suis toujours journaliste au Soir de Bruxelles, où je couvre essentiellement la matière olympique et les principaux sports du programme, surtout l’athlétisme, mais aussi la politique sportive et le dopage. J’essaie de rester le plus éclectique possible, un privilège que m’offre mon employeur. J’ai suivi de près le parcours de Jacques Rogge, quand il était président du CIO. J’ai toujours considéré qu’avoir un compatriote à la tête du monde sportif était un privilège, car cela permet de plus s’y intéresser et mieux comprendre les arcanes du milieu. La politique et de l’administration du sport, domaines souvent sous-estimés, sont des rouages essentiels pour son fonctionnement, parfois pour le meilleur mais aussi, hélas, pour le pire.

Que représente à vos yeux la francophonie sportive ?

En Belgique, pays fédéral, le sport est géré par les trois communautés – française, flamande et germanophone – qui ont, en l’espèce, une autonomie totale. Les moyens et les politiques pour l’aide aux sportifs et aux fédérations ne sont pas toujours équivalentes entre ces différentes entités, ce qui crée parfois des tensions. Le concept de « francophonie sportive » existe en Belgique, mais il n’est pas d’actualité au niveau international, où on parle toujours d’athlètes « belges », plutôt que « francophones » ou « flamands ». Les sportifs eux-mêmes sont toujours restés très clairs sur la question. Le sport, selon moi, n’a pas de frontières. Quand je couvre une compétition, je suis plus attentif à la qualité d’une performance qu’à l’origine de l’athlète qui la réalise. Depuis le début de cette année, comme lors de chaque année olympique depuis 1988, je réalise pour Le Soir une série de portraits hebdomadaires des sélectionnés olympiques. J’y parle autant des sportifs du nord que du sud de mon pays.

Qu’attendez-vous des Jeux de Rio 2016 ?

Rien de plus ni rien de moins que des Jeux précédents, qui m’ont tous passionnés. Ces Jeux seront mes huitièmes pour Le Soir, mais l’événement reste fabuleux. Les nouvelles du Brésil sont inquiétantes, mais mon expérience me force à penser que, une fois que les Jeux débuteront, tout fonctionnera comme il se doit. J’espère seulement que l’après-Jeux ne sera pas cauchemardesque pour le peuple brésilien. Il n’a pas besoin de cela. La Belgique nourrit des ambitions pour ces Jeux, où elle espère faire mieux qu’à Londres (une médaille d’argent, deux de bronze). Elle peut y arriver grâce aux solides espoirs en voile, judo, taekwondo, cyclisme et athlétisme.

Les valeurs et la pratique du sport peuvent-elles, selon vous, favoriser le « vivre ensemble » ?

Plus que jamais, pour autant que ces valeurs soient respectées, ce qui n’a pas toujours été le cas ces derniers temps. J’ose croire dans les vertus fédératrices du sport. J’ai récemment eu l’occasion de m’en rendre compte lors d’un reportage sur le nageur syrien Rami Anis, l’un des athlètes de l’équipe des réfugiés du CIO. Il vit et s’entraîne en Belgique. Il a été pris en charge par l’ancienne championne belge de natation Carine Verbauwen, double finaliste olympique aux Jeux de Moscou 80, qui m’a avoué qu’elle avait trouvé tout à fait normal de s’occuper de lui. « Je pourrai dire que j’aurai au moins fait une bonne chose dans ma vie », a-t-elle ajouté. Magnifique.

InterviewsVoir toutes les interviews