
Photo : World Rowing.
Voilà douze ans que Jean-Christophe Rolland occupe la présidence de World Rowing. Réélu en 2025 pour un quatrième et dernier mandat, le Français compte mettre l’aviron sur les bons rails pour l’avenir. Il se confie à Francs Jeux dans un entretien en deux parties.
Vous étiez récemment à Shanghai. Pourquoi était-ce important d’y être ?
On vient d’inaugurer une nouvelle épreuve, un nouveau concept. C’était important, par rapport à nos partenaires, d’être présent pour la première des World Rowing Shanghai Sprints. On est dans un environnement complètement différent, sur une rivière en plein cœur d’une ville iconique, avec un panorama extraordinaire. D’habitude, l’aviron se déroule sur des plans d’eau excentrés et là, on va au plus près de la ville et des gens. C’est un concept qui se veut une promotion de notre sport : en allant au contact des gens en plein centre-ville, c’est une formidable vitrine.
On peut envisager une déclinaison de ce format dans d’autres villes ? Par exemple Paris, sur la Seine ?
Pour l’instant, on s’est engagé avec Shanghai de manière exclusive pour cinq ans. On va progresser avec ce produit. On l’avait déjà testé, on avait fait un match France-Angleterre sur la Seine, sur un concept de sprint, il y a quelques années. Il y a aussi eu ce genre d’épreuves à Saint-Pétersbourg. On est là pour être un peu plus visible et donner une opportunité aux athlètes de pratiquer leur sport dans un contexte totalement différent, avec du public, en cœur de ville. Dans le paysage du monde sportif, il nous faut être un peu plus visible. Notre sport doit trouver des concepts qui permettent cette visibilité, cette attractivité des médias.
Shanghai, c’est aussi là où vous avez été réélu il y a un an. Il vous reste trois ans de mandat. Qu’est-ce que vous espérez accomplir dans ce laps de temps ?
Le contexte est assez difficile. Le monde du sport est ultra compétitif, il y a de plus en plus de sports, les gens ont accès à plein de choses. Comment survivre dans ce monde-là ? C’est un enjeu majeur pour les sports qui ont une histoire. Cette histoire a beau être très belle, elle ne nous garantit pas une survie dans le futur. Les enjeux, c’est de continuer à faire grandir notre sport, à l’adapter, à maintenir une position dans le Mouvement olympique qui nous permette d’être au programme des Jeux et assurer un avenir, pour que l’aviron reste un sport majeur dans le Mouvement olympique. On ne peut pas se contenter d’attendre, il faut se battre tous les jours. Je vais continuer le processus d’évolution qu’on a entrepris, jusqu’à la fin de mon mandat, pour permettre une transition avec le futur et que l’aviron reste bien implanté dans le monde olympique, malgré tous les défis.
Ce mandat sera marqué par les Jeux de Los Angeles 2028, les premiers pour l’aviron de mer. Qu’est-ce que cela va apporter au programme olympique ?
On apporte une discipline qui fait sens dans le monde actuel. Elle va toucher un public plus large, peut-être moins averti. On apportera cette touche de diversité avec un sport physique, technique, un peu plus fun, avec de l’incertitude, de la dynamique. Dans le cadre de Los Angeles 2028, qui se veut tourné vers l’océan et la plage, on entre parfaitement dans ce concept. Le beach sprint est une discipline à part entière de l’aviron, mais avec un format complètement différent. C’est pour nous une façon d’élargir notre audience. On a accès à des pays qui ne sont pas très réceptifs à l’aviron classique. Je pense à toutes les îles des Caraïbes, tous les pays qui ont des côtes. L’aviron de mer est beaucoup plus accessible pour de nombreux pays.
Il y a un côté plus « sauvage » dans l’aviron de mer par rapport à l’aviron traditionnel, plus guindé, où chacun reste à sa ligne d’eau.
C’est ça, c’est un concept totalement différent. On reste dans l’aviron, mais avec un environnement un peu plus adapté aux attentes d’aujourd’hui. Il y a de l’incertitude, on demande des capacités un peu différentes : savoir sentir, lire les vagues, la force de l’eau… Ça nous offre des images fantastiques. Le parcours sur la plage ajoute de l’intensité. On a des courses fantastiques avec l’arrivée en courant sur le sable.
Vos indicateurs montrent une montée en puissance de la discipline ?
La discipline est en pleine croissance. On aura 53 pays aux Championnats du monde en Chine, plus de 220 équipes, ça monte en puissance. L’inclusion au programme olympique a boosté ce développement. On a lancé un nouveau concept, les Beach Series, avec dans un premier temps deux épreuves l’année prochaine, en Turquie et en Chine. On va progresser, le potentiel est énorme. On voit l’engouement, la croissance, les progrès.
Votre mandat a aussi été marqué par l’essor de l’aviron connecté. C’est un levier essentiel pour l’avenir de votre sport ?
Ce qu’on appelle l’aviron en salle, l’aviron indoor ou l’aviron connecté, c’est une formidable opportunité d’élargir la base des gens qui sont connectés à l’aviron. Certains puristes diront que ce n’est pas forcément de l’aviron, ce que je peux comprendre car il n’y a pas l’élément eau. Ceci dit, pour moi, l’objectif est de connecter le plus grand monde à notre sport, de faire en sorte que ces gens qui pratiquent l’aviron sur une machine se sentent connectés à notre sport. Il n’y a pas de cannibalisme interne, nos disciplines sont complémentaires et s’aident les unes des autres. L’audience, la population, est différente.
On a un potentiel énorme si on regarde les défis de la société d’amener les jeunes à avoir une activité physique. L’ergomètre est une formidable réponse pour le bien-être, pour l’activité physique, et potentiellement pour la compétition. C’est là-dessus qu’on insiste. L’aviron est admirablement bien placé dans ce concert. On a une machine qui permet de se connecter à l’autre bout du monde. On a un Championnat du monde purement virtuel, ça ouvre des perspectives gigantesques. Si on reprend mon manifeste lors que je faisais compagne la première fois, on retrouve le développement de l’aviron autour de ces trois disciplines. Chacune a un passé et un potentiel différents, mais chacune est complémentaire. Je suis optimiste pour l’avenir de l’aviron, malgré les difficultés, les défis de la société et la concurrence dans le monde du sport.

