Deux heures sur le gril. Mercredi, la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat a auditionné Edgar Grospiron, président du COJOP des Alpes françaises 2030, et Pierre-Antoine Molina, délégué interministériel aux Jeux. Au menu : la crise de la gouvernance du COJOP et les questions sur sa capacité à tenir les délais et les coûts. « Il paraît plus que temps de dépasser les problèmes d’organisation interne pour entrer dans la phase opérationnelle de conception et de livraison des Jeux, et de rendre enfin les arbitrages nécessaires à la poursuite du projet », a déclaré le président de la commission, Laurent Lafon, en préambule. Que faut-il en retenir ?
« Un moment charnière »
Présent en visioconférence, Edgar Grospiron s’est dit « très conscient des attentes et des interrogations légitimes ». Il reconnaît que l’organisation « a traversé des crises » et a donné des éléments de justification des récents départs au sein du COJOP. « Ce sont des problèmes qui sont, au départ, organisationnels », explique-t-il en parlant la difficulté à manager les 12 directions du comité. « C’était assez compliqué (…) et quand on n’a pas le temps, on ne va pas forcément au fond des sujets. L’organisation manquait de robustesse. Les gens avaient tendance à rester dans leur couloir, sans travailler de manière collective, et donc ça peut expliquer certaines démissions. » D’autres « n’étaient pas au rendez-vous des exigences demandées par le directeur général ».
« Dès qu’on a identifié les difficultés, on a cherché à les résoudre. (…) Désormais, ma priorité est de garantir la solidité, la robustesse de l’organisation et la bonne conduite du projet, dans le respect du calendrier et des engagements qui ont été pris », ajoute-t-il. « On est à un moment charnière. À l’issue des Jeux paralympiques de Milan-Cortina, le COJOP aura eu une bonne année d’existence. C’est un point de passage en termes d’organisation, de ressources humaines, de structuration de notre gouvernance. » Dans ce sens, « la mission d’Etienne Thobois doit nous permettre de nous mettre en ordre de bataille pour assurer cette phase de planification stratégique », qui durera jusqu’aux Jeux de Los Angeles 2028.
Les citoyens consultés en avril
Edgar Grospiron estime que le COJOP a pris environ deux mois de retard sur la partie organisation à cause de ces turbulence. « Aujourd’hui, les décisions ont été prises et les process pour restructurer notre organisation sont en route », insiste-t-il. Le retard est un peu plus conséquent sur la carte des sites. « On a pris à peu près quatre mois de retard, mais quatre mois de retard sur 15% de notre carte des sites. On connaît 85% de notre carte et on travaille dessus. Les 15% qui nous restent concernent la répartition du ski alpin entre Courchevel et Val d’Isère, l’ovale de vitesse, les épreuves paralympiques que l’on cherche à réunir sur un seul site en Savoie, et enfin les sports additionnels. »
Pour ces sujets, rendez-vous en juin. D’ici là, la vision, l’emblème et l’identité visuelle des Jeux d’hiver 2030 auront été présentés. « Le CIO les a validés », précise Grospiron, et « des validations juridiques sont en cours ». La révélation interviendra dans « les prochaines semaines, les prochains mois ». Une autre case sera bientôt cochée du côté de la consultation des citoyens, un sujet sur lequel le COJOP est sous pression. « Les premières consultations ont été menées plutôt au niveau institutionnel et à partir de la fin avril, on va démarrer des consultations auprès des citoyens. On va commencer à entrer un peu plus en contact avec les citoyens, c’est important pour nous de le faire parce que ce projet nécessite d’être expliqué. »
Des discussions « très positives » avec les partenaires potentiels
Edgar Grospiron a aussi été interrogé sur le financement des Jeux et sur l’objectif d’obtenir 591 millions d’euros de partenariats privés. Un objectif « réaliste », assure-t-il. « C’est un sujet sur lequel je suis très mobilisé. On était avec Cyrille Groll, le directeur des revenus, à Milan-Cortina pour ouvrir de nouvelles opportunités de revenus. On a ouvert six catégories de partenariats et dans les six catégories, nous avons des échanges nourris avec plusieurs sociétés françaises. La semaine dernière, nous avons signé le contrat de marketing joint avec le CIO, ce qui va nous permettre de signer les partenaires. On est dans une dynamique aujourd’hui très positive concernant les discussions et l’avancée de ces partenariats. »
Il reconnaît que les récentes turbulences « ne permettent pas de créer les conditions pour signer maintenant », mais se montre optimiste : le nouvel organigramme permettra de « faire en sorte que l’organisation soit robuste » et de mettre fin à ce qu’il appelle « le feuilletonnage médiatique », afin de « pouvoir mettre en lumière ce qui fonctionne ». Il a d’ailleurs affirmé qu’il n’avait jamais été question qu’il quitte son poste, malgré les rumeurs. Une phrase pour résumer cette audition : « Tous les sujets avancent, en dépit des difficultés de gouvernance qu’on a connues. »

