— Publié le 6 septembre 2022

Sapporo 2030, un favori ralenti en pleine course

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Prévisible. Le feuilleton désormais quotidien de la corruption aux Jeux de Tokyo 2020 ne jette pas seulement une ombre sur le dernier rendez-vous olympique et paralympique d’été. Il affecte également la candidature de Sapporo pour les Jeux d’hiver 2030.

La ville japonaise, capitale de la préfecture d’Hokkaido, a fait savoir lundi 5 septembre que la visite d’une délégation d’élus au siège du CIO à Lausanne, prévue à la mi-septembre, était annulée. Elle devait être conduite par le maire, Katsuhiro Akimoto, et se dérouler avant une étape à Munich, organisée du 14 au 17 septembre dans le cadre du 50ème anniversaire du jumelage de Sapporo avec la ville allemande.

Officiellement, la décision de Sapporo de tirer un trait sur sa visite à Lausanne n’est évidemment pas liée aux récentes révélations sur un scandale de corruption impliquant plusieurs partenaires des Jeux de Tokyo et un ex membre du conseil d’administration du comité d’organisation, Haruyuki Takahashi. “Cela n’a rien à voir avec l’affaire de corruption entourant les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo“, a assuré le maire de Sapporo. L’annulation serait le résultat d’un “conflit de calendriers” entre Sapporo et l’instance olympique.

Yasuhiro Yamashita, le président du Comité olympique japonais (JOC), l’a expliqué aux médias : “J’ai parlé avec le CIO au cours du week-end. La programmation n’est pas idéale, nous avons mutuellement proposé d’annuler la visite pour cette fois“. L’ancien judoka était censé accompagner la délégation de Sapporo à Lausanne.

Toujours selon Yasuhiro Yamashita, cité par les médias japonais, le CIO aurait insisté pendant la conversation du weekend dernier sur le fait que l’affaire des Jeux de Tokyo “était distincte de la candidature de Sapporo“.

Mais la concordance des faits ne trompe personne. La visite de la délégation de Sapporo au siège du CIO était prévue depuis des mois. Elle aurait dû renforcer encore la position de la ville japonaise comme favorite pour l’attribution des Jeux d’hiver 2030, face à une concurrence nord-américaine (Salt Lake City aux Etats-Unis et Vancouver au Canada) encore hésitante.

Mais le scandale de corruption aux Jeux de Tokyo 2020 arrive au plus mauvais moment pour Sapporo 2030. Selon une source proche de la candidature, “le problème était le moment de la réunion. Rendre visite au CIO maintenant n’aurait fait qu’attirer les critiques. Il n’y avait pas d’autre choix que de prendre cette décision“.

Au-delà d’un calendrier désormais peu favorable à une visite de groupe à Lausanne, l’affaire des Jeux de Tokyo 2020 porte un sacré coup à la popularité du projet olympique et paralympique de Sapporo. Au printemps dernier, le taux de soutien de la population locale à candidature naviguait, d’un sondage à l’autre, entre 57 et 65 %. Mais les révélations sur les pots-de-vin versés par des partenaires officiels à l’ancien patron du groupe Dentsu seraient en train de faire basculer dangereusement l’opinion.

Pour Sapporo 2030, le timing est d’autant plus défavorable que le feuilleton Tokyo 2020 se fait désormais quotidien, avec des acteurs nouveaux à chaque épisode. En fin de semaine passée, la presse japonaise a révélé que l’ancien président du comité d’organisation (et ex Premier ministre), Yoshiro Mori, aurait lui aussi touché son enveloppe.

Lundi 5 septembre, l’enquête a sorti du chapeau un deuxième partenaire, après la société Aoki Holdings, impliqué lui aussi dans l’affaire. La maison d’édition Kadokawa Corp, devenue supporteur officiel des Jeux en avril 2019, aurait elle aussi rétribué Haruyuki Takahashi pour services rendus pendant la phase de sélection des sponsors.

Plus tard dans la journée, l’agence Kyodo News a mis en lumière un troisième volet de l’affaire. Cette fois, il ne concerne pas directement un partenaire des Jeux de Tokyo, mais une agence de publicité basée à Osaka, Daiko Advertising. Elle aurait versé à Haruyuki Takahashi la somme de 26 millions de yens (185 000 dollars), en trois versements. En échange, l’ex membre du conseil d’administration de Tokyo 2020 aurait usé de son influence pour que Daiko Advertising soit choisie comme intermédiaire dans le processus de sélection des partenaires nationaux.

Au rythme où avance l’enquête, les prochains jours pourraient apporter un nouveau lot de révélations. Et plomber encore un peu plus la candidature de Sapporo pour les Jeux d’hiver en 2030.