— Publié le 1 août 2022

La Catalogne veut les Jeux d’hiver pour elle toute seule

Candidatures Focus

Le projet avait été rayé de la carte. Il semblait enfoui dans les oubliettes de l’histoire. Mais il refait surface, avec un nouveau visage et une allure affinée. Dans la course aux Jeux d’hiver 2030, l’Espagne respire encore. Elle n’a pas rendu les armes.

Contre toute attente, le gouvernement de la Catalogne a sorti de son chapeau la semaine passée un projet de candidature aux Jeux d’hiver. En 2030 dans le scénario le plus optimiste, mais aussi le moins réaliste. Pour l’édition 2034 dans la version la plus crédible.

Moins de deux mois après la décision du Comité olympique espagnol (COE) de renoncer au projet Pyrénées-Barcelone 2030, où les deux régions de la Catalogne et de l’Aragon étaient censées faire cause commune (mais n’ont jamais réussi à s’entendre sur la répartition des sites), les Catalans lèvent à nouveau le doigt. Cette fois, ils le font seul. Au diable, l’idée que l’union fait la force.

Laura Vilagrà, la ministre de la Présidence, a profité d’une réunion de représentants régionaux pour présenter les détails du projet. Preuve que les choses vont vite, et ne tiennent pas seulement du fantasme, le dispositif imaginé par les autorités catalanes a déjà été mis en ligne sur le site du gouvernement régional.

Sans la moindre surprise, le nouveau concept affiche un air de famille avec le projet Pyrénées-Barcelone 2030. La Catalogne conserve les sites et les sports qui lui avaient été attribués. Elle en ajoute d’autres, initialement prévus en Aragon. Le nouveau plan olympique et paralympique propose la construction à Gavà d’un centre des sports de glace, où serait disputé le curling. Le saut à ski serait délocalisé à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, ville-hôte des Jeux d’hiver en 1984.

A en croire Laura Vilagrà, la candidature serait un projet national, bénéficiant déjà d’un large consensus social et territorial.

Avec cette nouvelle carte, l’Espagne revient-elle dans la course ? Pas si vite. Les règles du CIO laissent peu de place au doute : une candidature aux Jeux, hiver comme été, doit être présentée par un comité national olympique. Pour se joindre à la campagne actuelle, la Catalogne devra donc obtenir l’aval du COE et de son président, Alejandro Blanco.

A ce stade du processus, le feu vert du dirigeant espagnol n’a rien d’une formalité. Alejandro Blanco avait multiplié les efforts, et les tentatives de conciliation entre les deux régions, pour faire aboutir le projet Pyrénées-Barcelone 2030. Après son échec, il avait laissé entendre qu’il serait partant pour une nouvelle aventure, mais pas avant les Jeux d’hiver en 2034. Il n’est pas acquis que le président du COE revienne sur sa position et roule pour la Catalogne pour l’édition 2030.

Autre obstacle : le temps. Le CIO a répété à plusieurs reprises, au cours des derniers mois, sa volonté de désigner un candidat privilégié, voire deux, lors de la réunion du mois de décembre de sa commission exécutive. La session de l’instance en mai et juin 2023, prévue à Mumbai, serait ensuite invitée à désigner officiellement la ville-hôte de l’événement.

A quatre mois de la première des deux échéances, l’Espagne accuse un retard qui semble très difficile à rattraper, voire quasiment impossible. Dans l’éventualité où le Comité olympique espagnol valide le projet catalan, il faudra renouer le dialogue avec la commission des futurs hôtes des Jeux du CIO, puis lui présenter un dossier solide, sur les plans technique et budgétaire. Et cela, au plus tard au mois de novembre.

Les trois autres candidats aux Jeux d’hiver 2030 – Sapporo au Japon, Salt Lake City aux Etats-Unis et Vancouver au Canada – ont déjà reçu la visite d’une équipe d’experts du CIO. Ils ont également tranché la question du référendum. L’Espagne n’en est pas là.

Il n’empêche, la cause espagnole n’est pas perdue. Elle pourrait même bénéficier d’un éventuel appauvrissement de la concurrence. Les Américains de Salt Lake City n’ont pas encore choisi entre 2030 et 2034. Les Canadiens de Vancouver, de leur côté, n’ont pas formellement annoncé leur décision de se lancer dans la bataille.

S’il arrivait que les deux dossiers nord-américains se retirent, le CIO verrait alors dans la candidature catalane la seule option pour éviter le scénario catastrophe d’une candidature unique, portée par Sapporo.