— Publié le 5 avril 2022

Pour les Jeux d’hiver 2030, l’Espagne laisse une chaise vide

Candidatures Focus

Les Japonais de Sapporo peuvent dormir d’un sommeil paisible : leurs rivaux dans la course aux Jeux d’hiver en 2030 avancent à reculons. L’Espagne, surtout.

La candidature de Barcelone et des Pyrénées pour le rendez-vous olympique et paralympique en 2030 multiplie les annonces. Mais elles ont surtout pour effet d’entretenir le doute quant aux chances du projet.

La dernière en date était attendue. Elle concerne l’organisation prochaine d’un référendum sur le projet olympique. La ministre de la présidence de la Generalitat (gouvernement régional catalan), Laura Vilagrà, a annoncé lundi 4 avril en conférence de presse la tenue d’une consultation locale le 24 juillet, veille du trentième anniversaire de l’ouverture des Jeux de Barcelone 1992.

Elle se déroulera en deux temps. Et sera, selon l’expression de la dirigeante politique catalane, “politiquement contraignante“. En clair, son résultat décidera du sort de la candidature.

La première phase du référendum appellera les habitants des communes pyrénéennes concernées par le projet à donner leur avis. Il sera demandé s’ils souhaitent que le gouvernement catalan maintienne ou non sa candidature. Au total, environ 55 000 personnes pourraient être amenées à s’exprimer. “Nous sommes à l’écoute directe des citoyens“, a assuré Laura Vilagrà en conférence de presse.

Les habitants des autres communes seront, de leur côté, interrogés sur le fait de savoir s’ils souhaitent participer à l’organisation de l’événement. En cas de réponse favorable, ils pourraient accueillir des sites d’entraînement et/ou des activités indirectement liées aux Jeux d’hiver.

A la différence des Japonais de Sapporo, les Espagnols en passeront donc par les urnes dans leur marche vers le rendez-vous olympique. Démocratique, certes, mais extrêmement risqué.

Autre sujet susceptible de plomber la candidature espagnole : les tensions politiques entre la Catalogne et l’Aragon. Les deux régions se déchirent sur la répartition des sites et des rôles. Leur querelle est même encore montée d’un cran au cours des derniers jours.

Vendredi dernier, une réunion dédiée au projet olympique a été organisée au siège du Comité olympique espagnol (COE). A l’ordre du jour, l’adoption de la carte théorique des sites de compétition. Elle prévoit que la Catalogne accueille le ski alpin, le snowboard, le ski artistique et le ski-alpinisme dans les Pyrénées, plus le hockey sur glace à Barcelone. L’Aragon hériterait du biathlon, du ski de fond, du patinage (artistique, vitesse et short-track) et du curling.

Un point d’interrogation concerne le saut à ski et le combiné nordique côté neige, le bobsleigh, la luge et le skeleton côté glace, l’Espagne ne disposant pas à ce jour d’un tremplin et d’une piste aux standards olympiques. Le projet espagnol pourrait se tourner vers un pays voisin.

Seul ennui, mais de taille : la réunion organisée par le COE pour valider le dossier technique a été marquée par l’absence des représentants de l’Aragon. Trois personnes étaient assises autour de la table : Alejandro Blanco, le président du COE, José Manuel Franco, le chef du Conseil supérieur des sports, venu représenter le gouvernement espagnol, et la Catalane Laura Vilagrà (photo ci-dessus). Une chaise est restée vide. Elle aurait dû être occupée par un envoyé de l’Aragon.

Curieusement, les porteurs du projet ne cherchent pas à masquer leurs divisions. Ils les affichent même au grand jour, comme s’ils espéraient faire ainsi pression sur l’Aragon. Au terme de la réunion, le comité olympique espagnol a annoncé dans un communiqué que la proposition technique avait été débattue puis validée. Mais son communique poursuit : “Nous espérons et avons confiance que le gouvernement d’Aragon se joindra à cette proposition“.