— Publié le 26 novembre 2021

Pour Pékin 2022, l’Australie se range dans le camp américain

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La menace se précise. Elle gagne aussi du terrain. Après les Etats-Unis, une deuxième grande puissance du mouvement olympique évoque sans langue de bois le scénario d’un boycott diplomatique des Jeux d’hiver de Pékin 2022. L’Australie pourrait, à son tour, annoncer dans les jours à venir sa décision de ne pas envoyer la moindre délégation officielle en Chine pour le prochain rendez-vous olympique.

L’information est révélée par le Sydney Morning Herald. Le quotidien assure que “l’Australie envisage de ne pas envoyer de représentants du gouvernement aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin l’année prochaine, en réponse à une série d’appels à un boycott diplomatique de la part d’un nombre grandissant de députés.”

Toujours selon le Sydney Morning Herald, l’option du boycott diplomatique ferait l’objet d’un consensus entre les deux principales forces politiques du pays, le Parti travailliste et le Parti libéral. Elle aurait été renforcée par la récente affaire de la joueuse de tennis Peng Shuai.

L’Australie suivrait donc les traces des Etats-Unis. Le gouvernement de Canberra attendrait même la décision de l’administration américaine avant d’avancer un pion supplémentaire. Pour rappel, Joe Biden a confié la semaine passée “envisager” un boycott diplomatique des Jeux d’hiver de Pékin, en réponse aux violations des droits de l’homme perpétrées par le régime de Pékin au Tibet, à Hong Kong et envers la communauté des Ouïgours.

Le quotidien de Sydney laisse entendre que les Australiens hésiteraient à utiliser seuls l’arme diplomatique, mais seraient prêts à le faire dans la foulée des Américains. Dans une telle hypothèse, le Canada et le Royaume-Uni pourraient eux aussi se joindre au mouvement.

Les relations entre l’Australie et la Chine se sont tendues jusqu’à être proches de la rupture au cours des dernières années. Sur le plan commercial, les autorités australiennes ont banni le groupe chinois Huawei Technologies de son réseau Internet en 5G. En guise de riposte, Pékin a imposé des droits de douane sur un grand nombre de produits australiens.

Plus récemment, l’Australie a demandé une enquête indépendante en Chine sur l’origine de la pandémie de COVID-19. Enfin, l’accord entre Canberra, Washington et Londres pour la construction de sous-marins nucléaires, en plus de provoquer une crise avec la France, a fortement crispé la Chine. Un boycott diplomatique des Jeux de Pékin renforcerait encore les tensions entre les deux pays.

La réaction chinoise ? Elle a pris jeudi 25 novembre la forme assez inattendue d’un article de l’agence de presse officielle Xinhua. Présenté comme un “commentaire“, il évoque très directement la menace d’un boycott des Jeux d’hiver de Pékin 2022. Mais avec un prisme résolument chinois.

Une petite minorité de politiciens et de groupes menace de boycotter Pékin 2022 en raison de prétendus problèmes de droits de l’homme en Chine, écrit Xinhua. Mais ne vous y trompez pas : le boycott, qu’il s’agisse de l’ensemble des Jeux ou de la cérémonie d’ouverture, est une façon d’utiliser le rendez-vous tant attendu des sports d’hiver comme outil politique. Et une chose est claire : il ne fait que nuire aux athlètes de leur propre pays.”

L’agence officielle chinoise rappelle que les Jeux d’hiver de Pékin se dérouleront sans spectateurs étrangers, en raison de la crise sanitaire. “Ce sont donc les athlètes qui seraient les plus déçus si leurs dirigeants politiques décidaient de boycotter la cérémonie d’ouverture”, écrit-elle.

L’article de Xinhua énumère ensuite une litanie de futurs compétiteurs déterminés à vivre en février prochain à Pékin une expérience olympique unique et inoubliable. Parmi eux, le patineur de vitesse polonais Zbigniew Brodka, champion olympique aux Jeux de Sotchi en 2014, revenu à la compétition pour les Jeux de Pékin. Avec ces mots, prononcés le mois dernier et repris par Xinhua : “Pour moi, le retour en Chine serait sentimental.

A 70 jours de la cérémonie d’ouverture, ce vendredi 26 novembre, le boycott diplomatique des Jeux de Pékin n’a pas dépassé le stade de la menace. Mais un seul dignitaire en vue a déjà annoncé sa présence à la cérémonie d’ouverture : Vladimir Poutine, invité personnel du président chinois Xi Jinping.