— Publié le 29 septembre 2020

“Je ne serai pas complice d’une gouvernance vérolée”

Institutions Focus

La natation européenne changera-t-elle de porte-drapeau ? L’Italien Paolo Barelli, président de la Ligue européenne (LEN) depuis huit ans, lorgne sur un nouveau mandat. Il a été réélu au début du mois de septembre, sans la moindre opposition, pour la cinquième fois à la tête de la fédération italienne de natation.

Seul ennui, mais de taille : Paolo Barelli est soupçonné de corruption. Le dirigeant italien, âgé de 66 ans, est accusé de malversations financières, pour avoir notamment conclu des accords commerciaux douteux avec des prestataires privés au cours des cinq dernières années.

Un homme se dresse sur sa route. Gilles Sezionale (photo ci-dessus), le président de la Fédération française de natation (FFN),  a annoncé le mois dernier sa décision de se porter candidat à la présidence de la LEN, dont l’élection doit se tenir au début du mois de novembre. Il a répondu aux questions de FrancsJeux.

FrancsJeux : Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à vous porter candidat à la présidence de la LEN ?

Gilles Sezionale : Tout au long de mon parcours, j’ai été animé par deux valeurs très simples : la probité et l’éthique. En ces temps difficiles, il est primordial d’avoir des dirigeants fiables et intègres, qui œuvrent dans le sens de l’intérêt général. Aujourd’hui, l’actuel président de la LEN fait face à des accusations de détournement de fonds. Il fait également l’objet de deux enquêtes judiciaires. Si je défends avec la plus grande vigueur la présomption d’innocence, les réponses données par Paolo Barelli sont loin d’être convaincantes et sa démarche manque de transparence. J’ai demandé à moult reprises les éléments tangibles qui auraient permis d’ôter les doutes. Les réponses fournies m’ont contraint à agir. En tant que membre du Bureau de la LEN, je considère que l’institution est en danger. Je veux protéger la natation européenne d’un possible scandale. Je ne serai pas complice d’une gouvernance vérolée. Ma candidature est celle de la défense d’une natation propre.

Vous semble-t-il légitime que Paolo Barelli puisse postuler à un nouveau mandat ?

Il est clair que les accusations portées et les réponses apportées face à ces mêmes accusations ne sont aujourd’hui pas satisfaisantes. Je ne demande qu’une seule chose : que l’actuel président balaie les doutes et rende ces accusations obsolètes. Si tel était le cas, je retirerais ma candidature. J’ai demandé la création d’une commission d’enquête indépendante. On n’a même pas pris la peine de me répondre. Ce n’est là qu’un exemple, mais la gouvernance actuelle m’en a malheureusement trop fournis. La LEN mérite mieux que ces pratiques dignes d’un autre temps.

A vos yeux, dans quel état se trouve aujourd’hui la LEN ?

L’Europe est le leader mondial de la natation. C’est le résultat d’un intense travail de chacun des présidents des fédérations nationales. Aujourd’hui, toutes les compétitions continentales sont reportées. La LEN est en danger. Nous traversons une crise sans précédent. C’est l’agrégation de toutes les bonnes volonté qui a permis à l’Europe d’être forte. Avec les menaces qui pèsent sur l’actuel président, l’union est menacée. Je représente aujourd’hui une alternative plus que crédible pour permettre à l’Europe de rester unie.

En cas de victoire lors de l’élection, quelles seraient vos priorités ?

Ma priorité sera de rassembler et de partager les responsabilités. Je n’ai aucune soif de pouvoir. Je souhaite impulser une politique nouvelle beaucoup plus participative et transparente. Mon projet est de ramener la confiance et développer mon sport. Je prépare actuellement 12 engagements avec les grandes fédérations qui m’ont déjà rejoint. Je les annoncerai très prochainement.

La natation mondiale a été secouée l’an passé par un bras de fer entre la FINA et l’ISL. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Toutes mes forces sont mobilisées pour le développement de notre sport. Toutes les initiatives qui vont dans ce sens sont intéressantes. ISL n’existe aujourd’hui que par la volonté d’un seul homme (Konstantin Grigorishin, un milliardaire russe d’origine ukrainienne, ndlr). Il aime vraiment la natation. Cependant, je ne suis pas convaincu par le modèle économique de son circuit. Et le format peut poser des difficultés dans la préparation des échéances internationales. Si le projet s’inscrit de manière pérenne et permet aux nageurs de se diriger vers plus de professionnalisme, alors j’en serais ravi. ISL n’est à ce stade qu’un show commercial, il lui reste à grandir et devenir une institution. Le chemin est encore très long.