— Publié le 24 septembre 2014

“Aujourd’hui, mes idées font leur chemin”

Institutions Focus

Sepp Blatter n’a pas encore gagné. Pour décrocher l’an prochain un cinquième mandat à la tête de la FIFA, il devra battre un autre candidat à la présidence. Jérôme Champagne, 56 ans, ancien diplomate, ex secrétaire général adjoint puis directeur des relations internationales de la FIFA, se dresse en rival du dirigeant suisse. Il est le seul à ce jour à s’être officiellement déclaré. Installé en Suisse, le Français prône la transparence, la solidarité et le débat public dans un football mondial qu’il juge à “la croisée des chemins”. Il l’a expliqué à FrancsJeux.

FrancsJeux: Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence de la FIFA?

Jérôme Champagne: Je mène campagne depuis l’année 2012, avec un premier courrier aux membres de la FIFA que j’avais intitulé “Quel football au 21ème siècle?” Le football et la FIFA se trouvent actuellement à la croisée des chemins. La globalisation a été réussie, la preuve en a encore été donnée l’été dernier avec les audiences de la Coupe du Monde, aux Etats-Unis notamment. Mais cette globalisation a entraîné des problèmes: l’impression que les choses ne sont plus contrôlées, les critiques récurrentes sur la gouvernance du football, les inégalités financières accrues entre l’Afrique et l’Europe… Aujourd’hui, un rideau de fer économique a remplacé le rideau de fer politique des années de la guerre froide. Une douzaine de clubs européens, les plus riches du monde, est désormais isolée du reste de la planète.

L’écart peut-il encore être comblé?

Si on le décide, oui. Nous sommes aujourd’hui placés face à un défi: soit on continue à s’enrichir au mépris de toute égalité, et dans ce cas personne n’a besoin d’une FIFA forte, soit on veut changer les choses et rétablir une forme d’équilibre. Pour cela, il faut réformer la FIFA.

Comment?

En réformant ses statuts, pour commencer. Il est anormal que les confédérations continentales, UEFA en tête, ne soient pas membres de la FIFA, alors qu’elles contrôlent tout. La FIFA est aujourd’hui accusée de tout ce qui se passe dans le football, alors que bien des problèmes viennent des confédérations.

Que proposez-vous?

Il est urgent de travailler dans trois directions: placer la lutte contre les inégalités financières au centre de la FIFA, mener des réformes du fonctionnement de la FIFA, et enfin s’adapter aux demandes des opinions publiques.

Une candidature de Michel Platini aurait-elle entraîné le retrait de la vôtre, comme vous l’avez dit?

Je n’ai jamais dit que je me retirerais si Michel Platini était candidat. Jamais. Je l’ai entendu, mais ce sont des mensonges.

Comment menez-vous campagne?

Je rencontre ceux qui votent. Je voyage, je profite de ma présence en Suisse, où j’habite, pour être en contact avec les membres de la FIFA en visite à Zurich. Je mène une campagne de proximité. Mais je ne suis pas un inconnu dans la maison. J’ai été directeur des relations internationales de la FIFA pendant 4 ans.

Comment êtes-vous perçu, aujourd’hui, dans cette campagne pour la présidence?

Au début, quand je me suis lancé, je suis passé pour un type honnête et connaisseur. Mais il y avait autour de ma candidature un certain scepticisme. Aujourd’hui, mes idées font leur chemin. La presse mondiale en fait largement l’écho. Le New York Times a publié un portrait de moi. J’ai été interviewé par CNN et la BBC.

L’affaire du Mondial 2022 au Qatar 2022 agite beaucoup le monde du football. Etes-vous favorable à une Coupe du Monde dans ce pays?

Je suis diplomate de carrière. J’ai notamment été en poste au Sultanat d’Oman. A mon sens, il est très bon pour le football d’aller dans ces régions du monde. Mais les conditions des travailleurs au Qatar ne sont pas acceptables. Quant au changement de date de la Coupe du Monde 2022, il pose un problème moral et sportif. Enfin, les conditions du vote pour l’attribution du Mondial 2022 sont l’objet de soupçons d’achat des voix et de connivence. La commission d’enquête de la FIFA a rédigé un rapport de 400 pages. Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, mais s’il révèle des choses anormales, le Mondial ne pourra pas avoir lieu au Qatar.

Il est question que ce rapport ne soit jamais rendu public…

Cela ne me paraît pas concevable. Il doit être rendu public car le Mondial appartient à tout le monde.

Etes-vous favorable à une limite d’âge pour un mandat de président de la FIFA?

Limiter l’âge d’un président de la FIFA n’est pas la garantie d’avoir une institution en bon état de marche. La question de l’âge n’est pas essentielle. Il est plus important de se pencher sur la gouvernance de la FIFA.

Vous avez émis l’idée d’organiser un débat public entre les candidats à la présidence de la FIFA…

C’est exact. Le football est un sport universel. Il appartient à tout le monde. J’ai proposé qu’on fasse des débats devant les présidents des fédérations nationales. Et même devant le public. Il est important que les fans du monde entier sachent ce qui se passe.

On vous prête également la volonté de rendre publics les salaires des dirigeants de la FIFA…

En effet. Cela participe de la même démarche de transparence. Aujourd’hui, le salaire de Barack Obama est connu, pourquoi ceux des dirigeants de la FIFA ne le seraient-ils pas?