— Publié le 6 août 2014

“Le CIO fait passer Tony Soprano pour un saint”

Institutions Focus

Un seul grain de sable peut-il enrayer une belle mécanique ? La spectaculaire, et surtout dramatique, blessure de Paul George, joueur vedette des Indiana Pacers, lors d’un match de préparation de l’équipe américaine à la Coupe du Monde de basket 2014 en Espagne, n’en finit pas de faire des remous aux Etats-Unis. Au point de remettre en question la participation des stars de la NBA dans les grandes compétitions internationales, Jeux olympiques en tête.

Vendredi dernier, Paul George a été victime d’une terrible blessure lors d’une rencontre préparatoire de la sélection américaine, disputée à Las Vegas. Evacué sur une civière, il a été conduit à l’hôpital, pour y subir une opération dans la nuit. Résultat: une double fracture tibia-péroné de la jambe droite. Le joueur des Indiana Pacers devrait manquer la totalité de la prochaine saison.Précision: blessé ou pas, il recevra de son club le salaire annuel de 15,8 millions de dollars.

L’affaire n’a pas laissé insensible les propriétaires des franchises de NBA, jamais très enclins à laisser leurs meilleurs joueurs leur échapper pour aller enfiler le maillot d’une sélection nationale, américaine ou pas. Mark Cuban, le patron des Dallas Mavericks, a été le plus virulent. Connu pour son franc-parler, il s’en est pris au CIO, sans craindre l’incident diplomatique ou le procès en diffamation: “Le Comité International olympique joue pour la NBA. C’est une organisation qui a été en proie à de la corruption. Le CIO brasse des milliards de dollars. Ils commettent des meurtres et font passer Tony Soprano pour un saint.”

Le propriétaires des Dallas Mavericks va plus loin. Il en appelle très directement à une réforme du système, avec l’ambition avouée de sortir les joueurs de NBA du calendrier international de la FIBA. “Les sportifs professionnels sont assez malins pour ne pas jouer avec leur équipe nationale quand ils sont free-agent, suggère Mark Cuban. Mais les équipes prennent un énorme risque financier pour que les membres du CIO puissent se remplir les poches. Le grand tour de magie du CIO est de convaincre les gens que les Jeux olympiques sont une question de patriotisme avant une question d’argent. Les joueurs devraient se lier avec les propriétaires et créer leur propre Coupe du monde de basket. »

Aux Etats-Unis, les propos de Mark Cuban n’ont, officiellement, pas reçu un écho très favorable. Larry Bird, le président des Indiana Pacers, a assuré dans un communiqué “soutenir pleinement USA Basketball (la fédération américaine de basket) et croire dans l’objectif de la NBA d’offrir au jeu, aux joueurs et aux équipes une exposition internationale.”

Adam Silver, le commissioner de la NBA, lui a emboîté le pas. “Une blessure peut arriver n’importe quand, a-t-il expliqué. Elle ne doit pas remettre en question les expériences uniques vécues par nos joueurs avec leurs sélections nationales. Il ne fait aucun doute que la NBA a grandi et gagné en notoriété depuis 1992 et la première participation de ses meilleurs joueurs aux Jeux olympiques. J’imagine mal, à ce stade, un changement radical dans la participation de la NBA aux compétitions internationales.”

Mais Adam Silver n’en fait pas mystère: l’accident survenu à Paul George pose problème. Surtout, ses conséquences ne pourront pas être éludées par un simple communiqué. Le commissioner l’a assuré: “Nous l’évoquerons à notre prochaine réunion de la commission des compétitions, en septembre. Et le sujet sera discuté le mois suivant, à l’occasion du conseil d’administration de la NBA”. Pas sûr, alors, que Mark Cuban soit le seul autour de la table à suggérer un brusque changement de direction.