Mathilde-Amivi Petitjean, seule contre tous

Une rubrique réalisée avec l’Organisation internationale de la Francophonie.

Aux Jeux de PyeongChang, Mathilde-Amivi Petitjean promène sur le décor olympique un regard où se devinent le plaisir de l’instant et une pointe de convoitise. La jeune femme, qui a fêté ses 24 ans au 10ème jour des JO d’hiver, vit à fond son deuxième rêve olympique, quatre ans après ses débuts à Sotchi 2014. Mais elle observe les autres délégations avec l’impression ne pas appartenir tout à fait au même monde.

Mathilde-Amivi Petitjean est skieuse de fond. Vendredi 9 février, elle a défilé en tête de la délégation du Togo, son pays de naissance. Seule représentante de son comité olympique, elle a porté le drapeau à la cérémonie d’ouverture. « C’était vraiment particulier, raconte-t-elle. On se sent un peu spéciale, vraiment fière, remplie de plein d’émotions. Et on se dit qu’on va tout donner pour que ce pays soit fier de nous! »

Son parcours personnel la destine à rejoindre les belles histoires de l’olympisme. Il débute au Togo, le pays de sa mère. A l’âge de 3 ans, elle quitte l’Afrique pour s’installer en Savoie, la région de son père. Elle y découvre le ski de fond à l’école. « Dans ma classe, tout le monde en faisait, j’ai suivi le mouvement », raconte-t-elle. Douée, elle intègre une sélection régionale, puis l’équipe de France.

Bientôt écartée du collectif national chez les juniors, elle est contactée via Facebook par un représentant du comité olympique togolais. « Il m’a expliqué que je pourrais aller aux Jeux de Sotchi en 2014 si j’acceptais de skier pour le Togo. » Elle hésite. Puis elle se lance. « Depuis, je suis seule, reconnaît-elle. Mais je ne me plains pas. J’étais aux Jeux de Sotchi. Je suis aujourd’hui à PyeongChang. »

A la différence de ses rivales des grandes nations du ski nordique, Mathilde-Amivi Petitjean ne peut pas se concentrer sur sa seule préparation. Elle doit s’occuper de tous les aspects de sa carrière de fondeuse, dont la logistique d’une saison sur le circuit international. « J’achète mes billets d’avion, je réserve mes hôtels, je dois même m’inscrire pour les compétitions, détaille-t-elle. Et je dois acheter mon matériel, j’en ai pour 4 à 5 000 dollars par an. »

Une saison lui coûte 35 000 dollars. Une bourse de la Solidarité olympique en finance l’essentiel. Le reste était assuré par ses parents, jusqu’à l’arrivée en fin d’année passée d’un premier partenaire, Procter & Gamble, l’un des sponsors du CIO au sein du programme TOP. « Je parviens plus ou moins à joindre les deux bouts, mais la poursuite de mon rêve olympique est faite de sacrifices et de souffrance », confie la jeune femme.

Elle s’entraîne 9 mois de l’année au Québec, dans un centre national canadien, où les techniciens préparent gracieusement ses skis. Le reste du temps, elle poursuit ses études en France, avec l’ambition de faire carrière dans le commerce international.

Aux Jeux de PyeongChang, Mathilde-Amivi Petitjean a échoué au porte de la finale du sprint en style classique. Puis elle a bataillé avec courage sur l’épreuve du 10 km libre, bouclée à la 83ème place. Elle ne regrette rien. Mais elle connaît le prix d’un rêve olympique.

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