Marie Bochet, la huitième merveille

Une rubrique réalisée avec l’Organisation internationale de la Francophonie.

Au dernier soir des Jeux paralympiques de PyeongChang, dimanche 18 mars, son nom a été affiché sur le site officiel de la compétition à la deuxième place des abonnés au podium. Quatre médailles d’or en ski alpin. Une seule athlète la devance, la Slovaque Henrieta Farkasova, avec un même nombre de titres, mais une médaille d’argent supplémentaire. Elle avoue 31 ans. Marie Bochet, elle, vient de fêter son 24ème anniversaire.

La jeune Savoyarde, née avec une agénésie de l’avant-bras gauche, a illuminé les Jeux de PyeongChang de son talent et de sa domination. Quatre ans plus tôt, aux Jeux de Sotchi, elle avait réalisé la même moisson. Un quadruplé paralympique, jusque-là inédit pour une athlète française. Une chute en slalom, sa discipline de prédilection, l’avait privée d’un saisissant grand chelem.

En Corée du Sud, l’échec l’a attendu au tournant de l’avant-dernière porte de la première portion du super-combiné. Elle n’en a tiré aucune déception. « Seulement de la frustration, dit-elle, car je skiais vraiment bien. Mais je ne suis peut-être pas destinée à réussir le grand chelem. »

Avec elle, le ski alpin se réduit à une équation à une seule inconnue: la victoire ou la chute. Mais pour le plus grand malheur de ses rivales, la Française tombe peu. Christian Fémy, le directeur technique du ski handisport français, a fait ses comptes: « Avant les Jeux de PyeongChang, elle était tombée une seule fois, sur une course d’avant-saison. L’année des Jeux de Sotchi, elle avait enchaîné 12 succès en slalom avant de connaître sa première chute dans l’épreuve paralympique. Marie sait adapter son ski aux conditions et aux circonstances. Elle ne laisse rien au hasard. Elle est la pilote de son propre projet. »

A Beaufort, non loin d’Albertville, où ses parents exploitent un élevage de génisses et produisent du fromage, Marie Bochet a découvert le ski à l’âge de 5 ans. Très tôt, son potentiel lui permet d’intégrer un club local, où elle partage l’entraînement des athlètes valides. Son père Yvon raconte: « Elle s’est lancée dans le ski handisport à reculons, car pour la première fois de sa vie elle réalisait qu’elle avait un handicap. A la maison, nous ne l’avons jamais traitée comme une personne handicapée. »

A 16 ans, elle participe à ses premiers Jeux paralympiques, à Vancouver en 2010. Elle s’approche de très près du podium, mais sans pouvoir y grimper. Depuis, toute sa vie est organisée autour de son ambition sportive. Recrutée par l’Armée de terre, où elle est détachée pour s’entraîner à temps plein, elle est par ailleurs inscrite à Sciences-Po Paris, au sein d’une filière dédiée aux athlètes de haut niveau. « Elle est extrêmement méticuleuse et méthodique, raconte sa kiné et amie, Clara Noël. Dans son quotidien, tout est organisé en fonction de son ambition: skier le mieux possible. La victoire est seulement la conséquence de cette quête de l’excellence. »

Dimanche 18 mars, elle a décidé elle-même de la stratégie à adopter pour aborder un slalom truffé de pièges. Puis, sa quatrième médaille d’or en poche, elle a couru dans les tribunes rejoindre son clan, un groupe de 24 personnes, famille et amis, venues la soutenir aux Jeux. « Le sport de haut niveau exige une part d’égoïsme, analyse son père. Pour maintenir l’équilibre, Marie s’occupe beaucoup des autres. En pleine préparation de sa première course, elle s’inquiétait de savoir si nous avions bien voyagé. »

 

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