— Publié le 7 février 2020

« La France peut beaucoup nous apporter »

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Andrew Parsons est à Paris. Il n’est pas le seul. Le président du Comité international paralympique (IPC) compte parmi la cinquantaine d’intervenants présents à la première édition de la Global Sports Week, organisée cette semaine (5 au 7 février) au Carrousel du Louvre.

A moins de 170 jours des Jeux de Tokyo 2020, il ne cache pas sa confiance dans le succès et l’impact des prochains Jeux paralympiques. Il évoque aussi l’enjeu des JO de Paris 2024 en termes d’accessibilité et de pratique sportive. Et ébauche une future version paralympique des Jeux de la Jeunesse. Interview.

FrancsJeux : Comment s’annoncent les Jeux de Tokyo pour le mouvement paralympique ?

Andrew Parsons : Ils s’annoncent comme une très grande réussite. Les Japonais sont en avance sur la préparation. Nous pouvons maintenant nous concentrer sur la promotion des Jeux, sur la diffusion télé, la vente des places… J’ai une très grande confiance en eux. Ces Jeux de Tokyo 2020 seront fantastiques. Ils laisseront un héritage, non seulement au Japon, mais aussi dans le monde entier.

Quel genre d’héritage en attendez-vous ?

A Tokyo, l’accessibilité dans les transports ou les lieux publics est d’un très bon niveau. Pour une ville de cette taille, la situation actuelle est satisfaisante. Le problème se situe plus au niveau des mentalités. La place et la perception des personnes en situation de handicap au Japon doivent être améliorées. Nous voulons faire sauter les barrières et changer l’état d’esprit. Les Jeux paralympiques de Tokyo 2020 peuvent modifier la façon dont la société japonaise appréhende le handicap.

L’épidémie de coronavirus fait-elle peser une menace sur ces Jeux paralympiques ?

Nous sommes évidemment très concernés, nous suivons de près l’évolution de l’épidémie, avec les organisations internationales, comme l’OMS, mais aussi avec le comité d’organisation et les autorités japonaises. S’il faut s’adapter et opérer des changements, nous serons prêts à le faire. Mais cette crise dépasse largement le cadre du sport et des Jeux. Nous avons affaire à un problème global. Les Jeux n’en sont pas le sujet prioritaire.

A moins de 5 ans des Jeux de Paris, comment jugez-vous la capitale française en termes d’accessibilité dans le métro ?

Aujourd’hui, il n’est pas possible pour une personne en fauteuil de prendre le métro dans un grand nombre de stations. L’accessibilité ne se fera pas d’un seul coup, tout le réseau en même temps. Ça serait impossible. Mais nous voulons utiliser les Jeux de Paris 2024 pour lancer une mécanique. Les Jeux doivent servir de catalyseur. Le processus d’intégration et d’accessibilité ne doit pas s’arrêter au lendemain de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques. L’événement doit permettre d’enclencher un processus.

Avez-vous établi un objectif pour Paris sur la question de l’accessibilité ? 

J’ai rencontré très récemment la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées (Sophie Cluzel) pour évoquer la situation. Les autorités françaises ont une vision très claire de l’état des choses aujourd’hui et de l’objectif à atteindre. Ils veulent aller de l’avant. Nous serons à leurs côtés pour les accompagner.

Que peut-apporter la France au mouvement paralympique ?

Elle peut apporter beaucoup. Nous avons commencé à travailler avec le comité d’organisation. Ils ont déjà donné un signe fort avec leur décision d’avoir un logo unique pour les Jeux olympiques et paralympiques. Ils veulent aussi inciter les gens, les jeunes notamment, à bouger plus. Toutes les grandes organisations sportives ont aujourd’hui la même préoccupation : comment pousser les gens à plus pratiquer un sport, et non pas seulement à le consommer ou en être fan. L’obésité et le manque d’activité physique se payent au prix fort, en termes de santé, par la nouvelle génération.

Verra-t-on un jour des Jeux paralympiques de la Jeunesse ?

Nous y pensons et en discutons depuis un moment. Quand j’ai été élu à la présidence de l’IPC, en septembre 2017, j’ai promis d’amener le sujet sur la table. Nous l’avons fait. Mais nous avons décidé de nous concentrer dans un premier temps sur les opportunités de compétitions pour les jeunes au niveau continental. Nous avons aujourd’hui des Jeux de la Jeunesse handisport en Europe, en Amérique et en Asie. Nous allons essayer de développer le concept en Afrique et en Océanie. Il sera ensuite temps de discuter de la possibilité d’avoir des Jeux paralympiques de la Jeunesse. La question m’a beaucoup été posée, aux JOJ d’hiver de Lausanne 2020, d’ajouter des épreuves handisport. Nous n’en sommes pas là. La discussion avance, mais rien n’est encore concret.

Avez-vous une échéance en tête ? Dix ans, 20 ans ?

Non. Avançons étape par étape, au niveau continental, puis sur un plan mondial. Nous devons aussi déterminer quel serait le meilleur modèle pour un tel événement : travailler avec le CIO, où avancer sur notre propre voie.