Institutions - 27/11/2019

Face à la Russie, le CIO condamne mais protège

Elle était attendue, elle est arrivée sans retard. Au lendemain de la tempête provoquée par la menace d’une suspension du sport russe pour une période de 4 ans, le CIO s’est invité dans le débat. Il pouvait difficilement l’éviter. Mais, subtil, il a choisi de condamner les uns pour mieux protéger les autres.

La réaction du CIO à la recommandation du Comité de révision de la conformité de l’AMA est tombée mardi 26 novembre en début d’après-midi. Elle a pris la forme d’un communiqué de presse.

Habile dans sa communication, l’organisation olympique se montre d’abord d’une grande dureté. Elle annonce qu’elle « condamne avec la plus grande fermeté les actes des responsables de la manipulation des données du laboratoire de Moscou ». Cette manipulation est, pour le CIO, « une atteinte à la crédibilité du sport lui-même et une insulte au mouvement sportif mondial. » Voilà pour la fermeté.

Un même ton résolument déterminé est employé par l’institution pour suggérer sa position en cas de sanction de l’AMA, lors de sa réunion du 9 décembre à Paris. « Le CIO soutiendra les sanctions les plus sévères qui seront prises à l’encontre de tous les responsables de cette manipulation. » En clair, il se rangera derrière la possible exclusion des grands événements sportifs de tous les fonctionnaires russes impliqués dans l’affaire.

Au passage, le CIO en profite pour demander une nouvelle fois « aux autorités russes de fournir les données brutes en lien avec cette affaire. Cela reste d’une importance capitale, car la transmission de données brutes parfaitement authentifiées garantira qu’enfin justice soit faite et permettra que les coupables soient dûment punis et les innocents pleinement protégés. »

Mais, prudent, le CIO prend grand soin d’opérer déjà un tri entre les vrais fautifs et les faux coupables. Il pointe du doigt le régime de Moscou, mais en veillant à éloigner le mouvement olympique russe de son angle de visée.

Dans sa deuxième partie, le communiqué précise : « Nous relevons que le rapport prouve la seule responsabilité des autorités russes dans la manipulation des données (…). Nous notons par ailleurs que selon le rapport, le mouvement sportif n’a aucunement été impliqué dans cette manipulation, et il n’y est indiqué aucune faute du mouvement sportif à cet égard, en particulier de la part du Comité olympique russe ou de ses membres. Dans ce contexte, le CIO accueille avec satisfaction l’opportunité qu’offre l’AMA aux athlètes russes de concourir, « s’ils sont en mesure de démontrer qu’ils ne sont impliqués en aucune façon dans ces irrégularités ».

Pas question, donc, de tirer à vue sur les athlètes russes. Fidèle à sa ligne de conduite, le CIO se place en garant de la protection des sportifs russes. Il précise : « Toute sanction doit suivre les règles de justice naturelle et respecter les droits de l’homme. »

Le message est clair. Thomas Bach en tête, le CIO ne veut pas entendre parler d’une exclusion en bloc de la Russie des Jeux olympiques. Il soutiendra une nouvelle suspension du pays, comme aux Jeux d’hiver de PyeongChang, mais se refuse à envisager une sanction contre ses athlètes, victimes souvent innocentes des dérapages et des manipulations de leurs dirigeants, sportifs ou politiques.

Depuis les Etats-Unis, le directeur de l’agence américaine antidopage (USADA), Travis Tygart, se pose une nouvelle fois en militant de la méthode forte. Il a répété, mardi 26 novembre, que la Russie continuait « à se moquer des règles antidopage mondiales, à humilier les athlètes propres, à narguer l’AMA et à s’en tirer encore et encore. Il est désormais temps de prononcer les sanctions les plus dures possibles. » Mais l’Américain s’agite en vain. Le CIO ne l’écoutera pas. Les athlètes russes seront présents aux Jeux de Tokyo 2020. La seule inconnue concerne leur nombre.

Autre certitude : la Russie ne se laissera pas sanctionner sans réagir. A Moscou, le ministre des Sports, Pavel Kolobkov, a prévenu : le pays se défendra par tous les moyens. A commencer par le plus immédiat, la saisie du Tribunal arbitral du sport.

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